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Champagne/Cession Les Taittinger gardent les commandes de Taittinger

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Sauf imprévu de dernière minute, le tandem Crédit agricole du Nord-Est/Pierre-Emmanuel Taittinger devrait reprendre Champagne Taittinger, mis en vente par Starwood Capital. Le fonds d’investissement américain, qui a repris l’ensemble du groupe Taittinger en juillet dernier, a choisi parmi huit offres cette candidature champeno-champenoise pour entrer en « négociations avancées ». Le Comité d’entreprise de Taittinger devrait avoir avalisé le 31 mai cette opération pour parvenir à sa conclusion dans les prochains jours.

L’opération aura tenu la Champagne en haleine. Après plusieurs rebondissements, rumeurs et surenchères, le Crédit agricole du Nord-Est, associé à certains membres de la famille fondatrice, devrait remporter la vente de Taittinger. Après avoir reçu huit offres de reprise pour ce champagne de renom, « incluant ou excluant les autres activités », comme il le précise dans un communiqué, le fonds d’investissement américain Starwood Capital a décidé d’accélérer son calendrier. Le financier est entré en « négociations avancées » le 28 mai avec le Crédit agricole du Nord-Est. « Un accord de cession devrait être signé avant la fin de la semaine », indique un porte-parole de Starwood. « …Sauf si une nouvelle offre plus intéressante intervient ! » A Reims, le Comité d’entreprise (CE) devrait avoir d’ores et déjà donné son approbation au projet de reprise de la Banque verte. Si aucun coup de théâtre ne vient faire capoter le deal, la prestigieuse maison de champagne devrait donc rester dirigée par la famille Taittinger.

Trois critères réunis

Emmenée par Pierre-Emmanuel Taittinger, petit-fils du fondateur, l’offre du Crédit agricole du Nord-Est, qui inclut Champagne Taittinger, Domaine Carneros et Bouvet-Ladubay, remplit trois critères de sélection décisifs pour Starwood : « Un prix intéressant, une capacité financière pour tenir l’affaire et une simplicité de réalisation », précise un porte-parole de Starwood. « Le fonds veut tirer un bon prix de la vente, quoi qu’il arrive, explique un analyste. Mais dans chaque cession, une partie du prix de vente est conditionnée par des clauses de réalisation d’objectifs. Starwood a donc tout intérêt à choisir un acteur qui n’entraîne pas de blocages ».

Levée de boucliers en Champagne

Une décision de Starwood Capital n’était pas attendue avant le 5 juin. Mais la parution dans la presse des noms de certains prétendants au rachat a provoqué une poussée de fièvre en Champagne. Dans cette région, la matière première – la terre – est le nerf de la guerre. La candidature de fonds d’investissement a fait craindre un possible démantèlement du groupe, l’acheteur pouvant revendre les 288 hectares présents dans la corbeille pour se rembourser une partie du prix d’achat. Certains ont même agité le fantôme LVMH, craignant que des candidats, comme la maison familiale Thiénot, n’agissent pour le compte du numéro un du secteur. Le puissant groupe indien United Breweries, qui aurait proposé près de 600 millions d’euros pour Taittinger, – alors que les offres se situaient entre 500 et 550 millions selon les estimations – a également été fraîchement accueillie. Le Comité interprofessionnel des vins de champagne et le Syndicat général des vignerons se sont déclarés par la voix de leurs représentants « inquiets » ou « gênés » à l’idée d’un rachat par un groupe dont le pays ne respecte pas le concept d’AOC.

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Une offre clairement soutenue par les syndicats

Du côté de la CGT, largement majoritaire en Champagne, « l’arrivée d’un groupe indien ou autre ne posait pas de problème du moment que la marque, les circuits de distribution, d’approvisionnement et les emplois étaient préservés », explique Bernard Beaulieu, responsable du syndicat dans la région. « Mais depuis plusieurs mois, nous nous sommes clairement prononcés pour une solution familiale, gage de sécurité», précise-t-il. « Notre prise de position n’était pas neutre, renchérit Patrick Wojtowicz, secrétaire général CGT du CE de Taittinger. Toute autre solution était synonyme d’inconnu ». « L’enjeu pour tous les acteurs de la filière est de préserver leur rente de situation », juge un observateur. « Ils sont assis sur un tas d’or, et n’ont aucun intérêt à voir arriver du changement», rappelle-t-il.

Une banque omniprésente en Champagne

Engagé dans une vente très politique, Starwood a donc opté pour la solution champeno-champenoise. La surenchère d’United Breweries a sans nul doute poussé le Crédit agricole du Nord-Est à revoir son offre à la hausse. En grand argentier de la Champagne, la Banque verte a de surcroît pu se prévaloir d’un certain pouvoir de nuisance en cas d’échec de sa proposition. Cette opération réussie lui permet d’asseoir un peu plus sa position dans la région. « Après la vente de Pommery à Vranken et celle de Lanson à BCC, le Crédit agricole joue de nouveau un rôle de premier plan », note Bernard Beaulieu. « Sa présence va aujourd’hui de l’amont à l’aval en Champagne : cela annonce-t-il un mouvement de concentration ? », s’interroge le syndicaliste. La Banque verte tient désormais un rôle prédominant dans ce secteur ô combien sensible. Fébrile, le microcosme de la Champagne pourrait lui réclamer une stratégie claire… à court comme à long terme.