Les évolutions du monde agricole, crises ponctuelles ou mutations plus profondes, s’observent dans les transactions du foncier rural. Le rapport 2015 de la FNSafer ne trompe pas. Les données qui y figurent reflètent la crise de l’élevage et la tendance qui se confirme à la concentration des exploitations agricoles et l’émergence des investisseurs non agricoles.
La hausse des prix des terres agricoles s’est poursuivie en 2015, à un rythme moins soutenu que les années précédentes, indiquait Robert Levesque, directeur de la FNSafer, le 26 mai, à l’occasion de la présentation des résultats du rapport annuel de l’organisme sur les marchés fonciers ruraux. 75 000 transactions ont été réalisées en 2015, sur 342 000 hectares, pour une valeur de 30,5 milliards d’euros. Pour la première fois, le prix de l’hectare de terre libre, en hausse de 1,6 %, a passé la barre des 6 000 € (+1,4 % et 4 470 €/ha pour les terres louées). Une moyenne qui cache cependant des disparités. Avec la crise de l’élevage, l’écart de prix entre les zones de polyculture-élevage et celles de grandes cultures a augmenté, passant de 21 % en 2014 à 29 % en 2015. Ainsi, sur les terres libres non bâties, un hectare en zone d’élevage coûtait 4 500 €, contre 5 620 € en zone de polyculture élevage et atteignait 7 230 € en grandes cultures. Alors que le prix des terres en polyculture élevage a diminué en 2015 (-0,9 %) et que celui des terres en zone d’élevage bovin a péniblement augmenté de 1,3 %, celui des zones de grandes cultures a enregistré une hausse de 4,9 %.
L’essor des formes sociétaires
L’essor des formes sociétaires développe le marché des parts sociales et les prises de participation dans plusieurs sociétés agricoles
La part des acquéreurs en forme sociétaire continue d’augmenter. Elle progresse en pourcentage des surfaces, sur les marchés des bien libres (14 % en 2015 contre 9 % en 2008) et des biens loués (9 % en 2015 contre 4 % en 1999). « En deux décennies, les parts de marchés des personnes morales agricoles ont été multipliées par 4 en nombre, par 2,5 en surface et par 2,5 en valeur », indique la FNSafer. Elles captent désormais plus de 25 % de la valeur du marché. Cet essor des formes sociétaires renforce la tendance à « la concentration des capitaux au sein d’unités de production de plus en plus importantes » et développe « mécaniquement » le marché des parts sociales qui permet à certaines personnes, physiques ou morales, de prendre des participations dans plusieurs sociétés agricoles. Des holdings plus sophistiquées encore, possèdent diverses sociétés qui entretiennent des relations de loueur-bailleur entre elles. Les montages sociétaires de plus en plus aboutis conduisent à ce que la FNSafer appelle la financiarisation de l’agriculture.
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L’émergence de nouveaux acteurs-investisseurs
En France, les investisseurs en quête de foncier agricole se multiplient. « Des particuliers ou des sociétés chinois détiennent désormais plus de 115 châteaux dans le vignoble bordelais », indique la FNSafer. Sans parler de l’achat fin 2015 de 1 700 ha de terres dans l’Indre par des investisseurs étrangers, chinois eux aussi. Car les investisseurs non exploitants peuvent salarier des agriculteurs (c’est le cas dans l’Indre), ou recourir aux entreprises de travaux agricoles qui voient leur activité exploser « dans les secteurs de grandes cultures et également en viticulture ». Même constat à l’échelle européenne où « des exploitations agricoles multinationales se constituent », à l’instar de la société Spearhead, qui exploite 84 300 ha sur cinq pays européens.
La FNSafer tire la sonnette d’alarme : pour préserver « notre souveraineté alimentaire », il est nécessaire de réguler davantage les marchés fonciers ruraux. Et la première des mesures à prendre selon l’organisme est de lui permettre de contrôler les transactions réalisées par le biais de vente de parts de société. C’est ce qu’Emmanuel Hyest, président de la FNSafer, attend du projet de loi Sapin 2.