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Semences de ferme Les trieurs à façon gagnent des parts de marché malgré les COV

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Les certificats d’obtention végétale (COV), censés rémunérés la recherche variétale des obtenteurs et orienter les agriculteurs vers des semences certifiées, subiraient un paradoxe. En effet, depuis 2001 et la mise en place des COV sur le blé tendre, les parts de marché des trieurs à façon de semences de ferme ont progressé. Un constat réalisé par le président du Staff (Syndicat des trieurs à façon de France), Sylvain Ducroquet, lors d’une conférence de presse le 13 juin.

«Au sein de l’autoproduction de semences, la part des trieurs progresse », déclare Sylvain Ducroquet, président du Staff. Faisant état d’une professionnalisation du métier de trieur à façon, via notamment l’équipement ou la définition de normes, il souligne aussi que la part des semences de ferme dans les semis en France a gagné des parts de marché ces dernières années. Ainsi, la profession de trieur à façon bénéficierait d’un débouché en croissance, et commence à s’organiser en Europe avec la création d’un syndicat, depuis 2010, des trieurs à façon européens. Aujourd’hui, sur 950 000 tonnes de semences agricoles utilisées en France en 2011, 42% sont issues des semences de ferme, dont 50% sont traitées par des trieurs à façon, a souligné le Staff.

Un modèle anglais dont la France pourrait s’inspirer

L’axe principal du syndicat européen des trieurs à façon est franco-anglais, a indiqué Sylvain Ducroquet en montrant les différences d’application de la loi sur les COV entre les pays. « Si aujourd’hui 50% de la semence de ferme passent par des trieurs à façon en France, ce chiffre monte à 90% au Royaume Uni », explique Sylvain Ducroquet. Rappelant qu’en 1994 un règlement européen visait à instaurer, via les COV, une rétribution de la propriété intellectuelle des obtenteurs variétaux, Sylvain Ducroquet a montré que dès 1995 l’affaire était réglée au Royaume Uni. « En Angleterre, un partenariat avec les semenciers a permis aux trieurs à façon de collecter les royalties sur les semences de ferme afin de leur restituer », a-t-il souligné. En France, ce n’est qu’en 2001 qu’un premier COV sur le blé tendre a été mis en place, avant d’être élargie à d’autres espèces en novembre 2011, sans que les décrets d’application n’aient encore été définis. Selon Sylvain Ducroquet, en France les blocages viennent du fait que la plupart des grands semenciers européens soient implantés dans le pays, mais aussi des oppositions à ce sujet entre les syndicats agricoles.

En France la semence de ferme est assimilée à de la piraterie

Montrant la professionnalisation des trieurs à façon en Europe, Sylvain Ducroquet a aussi souligné un frein à l’utilisation de la semence de ferme en France qui est, selon lui, « assimilée à de la semence pirate ». Si le Staff ne fait pas partie du Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants), il a engagé des discussions avec les semenciers. « Ils s’aperçoivent que la différence de prix avec les semences certifiées, malgré la taxe sur les COV, reste à l’avantage des semences de ferme ce qui devrait nous permettre de gagner des parts de marché », indique au sujet des obtenteurs Sylvain Ducroquet. Ainsi, quand les coopératives ou négoces multipliant des semences certifiées restituent huit euros par quintal (€/q) aux obtenteurs, les trieurs de semences de ferme n’en restituent que deux. Cependant, certains multiplicateurs de semences certifiées souhaiteraient que cette taxe sur les semences fermières passe à 50% de celle qu’ils reversent aux obtenteurs, soit 4 €/q.

Une flexibilité du triage à façon

Selon Sylvain Ducroquet, ce sont les multiplicateurs de semences certifiées qui seraient les plus agressifs envers les trieurs à façon, « ces opérateurs ayant des usines à faire tourner ». Une mentalité « industrielle » dont se démarquent les adhérents du Staff qui expliquent pouvoir mieux s’adapter aux différentes demandes des agriculteurs. Ainsi, lorsque les semences « industrielles » utilisent en moyenne 40% d’insecticides, la semence de ferme n’en utiliserait que 17% car les traitements « sont fait à la carte ». Une façon de répondre localement aux exigences de baisse de l’utilisation de phytosanitaires. Enfin, une étude menée par le Staff auprès de sa quarantaine d’adhérents montre que la moitié d’entre eux a engagé des investissements en 2012, et que les deux tiers comptent embaucher. Un signe, selon le Staff, que l’activité de trieur à façon de semences de ferme est en plein essor.

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