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Nourrir le monde Les USA doublent l’UE dans le développement agricole des pays pauvres

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Au travers d’un séminaire, organisé à l’Agro de Paris le 14 juin, des intervenants, américains et français, invités par l’ambassade des États-Unis en France et par AgroParisTech, ont montré que l’Europe se fait doubler par les États-Unis dans l’aide au développement agricole des pays pauvres.

A quelques jours du G20, qui portera largement sur les questions d’approvisionnement alimentaire mondial, l’ambassade des États-Unis en France et l’école AgroParisTech ont mis en évidence, lors d’un séminaire organisé à l’Agro de Paris le 14 juin, les efforts américains en matière de développement agricole des pays pauvres, principalement au travers de la recherche. Lors de ce séminaire, dont le thème était « l’innovation agricole au service de la sécurité alimentaire », l’ambassade américaine a notamment mis en exergue le programme « Feed the future » (nourrir le futur), lancé par le président Obama.

« Feed the future » : des partenariats avec les pays qui investissent dans leur agriculture

Le programme « Feed the future », de 3,5 milliards de dollars, sera « en grande partie agricole » et comportera un important volet « recherche », a indiqué Roger Beachy, qui a été nommé par le président Obama au poste de premier directeur de l’institut national pour l’agriculture et l’alimentation (Nifa) d’octobre 2009 à mai 2011. Le Nifa est responsable de l’attribution des financements extérieurs pour la recherche et l’éducation à l’USDA, le ministère de l’Agriculture américain.
Le programme « Feed the future » est réservé à des pays qui consacrent 5 à 10% de leur PIB à l’agriculture. Il s’appuie sur des programmes nationaux de ces pays dans le domaine de l’agronomie, l’alimentation, la lutte contre l’obésité, l’hydraulique. Certains pays sont déjà « très en avance, comme le Kenya » dans le domaine de la recherche agronomique. Agnès Ricroch, professeur à l’Agro de Paris, a insisté sur le fait que les pays émergents réalisent de nombreuses publications scientifiques, sur 146 plantes, la Chine venant en tête, suivie de l’Inde puis du Kenya.
Roger Beachy a cité des exemples de collaboration entre la recherche publique et des firmes semencières comme Monsanto sur la tolérance du maïs à la sécheresse et l’adaptation du sorgho à des sols pauvres. Il a cité également des travaux de recherche du Donald Danforth Center, dont il est le fondateur, sur la génétique du manioc, pour lequel les scientifiques cherchent à augmenter la teneur de la plante en vitamines A, ce « qui devrait être fait dans trois ans », a-t-il précisé.

L’Europe aussi pourrait conclure des partenariats

« J’ai appris que la Grande-Bretagne a lancé un programme sur l’alimentation mondiale, malgré les restrictions budgétaires du gouvernement britannique », a par ailleurs fait remarquer Roger Beachy.
« Nous sommes très envieux de ‘Feed the future’ », a déclaré pour sa part Bernard Bachelier, directeur de la fondation française Farm, déplorant que la Commission européenne « reste muette » sur la question du développement agricole. L’Europe « n’occupe pas la place internationale qu’elle devrait tenir », alors qu’elle est le premier donateur pour les pays en développement. Pour le directeur de Farm, l’Europe peut se rattraper, à la condition de mener une politique de partenariats avec les pays en développement, avec l’accent mis sur la recherche agronomique et la génétique.
L’objectif est d’augmenter la production agricole. « La première cause de la volatilité des cours est l’insuffisance de la production agricole mondiale », a souligné Roger Beachy, et celle-ci est due au recul des investissements dans l’agriculture depuis les années 1980, recul qui a conduit à « sacrifier les cultures vivrières », a ajouté Bernard Bachelier.
Malheureusement, « en raison d’un mauvais fonctionnement des marchés » dans les pays qui souffrent de la hausse des prix alimentaires, la hausse des prix « n’est pas transmise aux agriculteurs ». L’effet dopant qu’elle pourrait avoir sur la production se trouve donc neutralisé. 
Représentant le gouvernement français à ce séminaire, Pierre Texier, membre du conseil général de l’alimentation au ministère de l’Agriculture, a souligné que la dépendance alimentaire de l’Afrique « ne cesse d’augmenter », du fait de l’urbanisation, qui fait perdre aux habitants leurs habitudes alimentaires ancestrales, à base de céréales traditionnelles. Ainsi le pain, fabriqué à partir de blé importé, remplace le mil, et la consommation de pizzas progresse rapidement à Madagascar, un des pays le plus pauvres du monde.

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