L’interdiction du diméthoate, qui éveille la colère des producteurs de cerises, n’est qu’un aspect d’une menace plus large qui pèse sur la filière fruits et légumes. Le nombre de substances actives autorisées sur ces productions diminue et de nombreuses autres variétés, notamment de légumes, pourraient à terme être dépourvues de traitement efficace.
« Nous sommes dans une situation de plus en plus précaire », affirme Marc Delporte, adjoint à la direction scientifique du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), inquiet de la diminution du nombre de molécules autorisées pour le traitement des fruits et légumes. L’interdiction franco-française du diméthoate, depuis le mois de février, cristallise la colère des producteurs de cerises, dépourvus de moyens de lutte contre la mouche Drosophilia Suzukii. Les asperges et chicons d’endive sont eux aussi interdits de diméthoate depuis lors, mais ces cultures sont moins touchées par cette mouche ravageuse. « C’est grave, mais pas désespéré », estime Gérard Roche, vice-président de Légumes de France, en charge du dossier protection des cultures.
En l’occurrence, pour les asperges et chicons, la profession a demandé une « dérogation 120 jours » sur des molécules autorisées pour d’autres variétés. Une solution d’urgence face à l’interdiction du diméthoate avant d’obtenir – les professionnels l’espèrent – une homologation définitive. S’ils ont trouvé cette solution de repli, les agriculteurs restent critiques vis-à-vis de la décision de la France : le diméthoate ne posait pas de problème sur les chicons d’endive, car il était appliqué bien avant que le légume n’arrive à maturité. Il ne pouvait, de fait, pas être dangereux pour les consommateurs.
Peu de solutions de repli pour les fruits et légumes
« Il y a bon nombre de molécules sur la sellette », s’inquiète Gérard Roche. Leur interdiction pourrait mettre en danger la production de nombreuses variétés. L’interdiction des néonicotinoïdes par exemple pourrait laisser « des dizaines d’usages vides » sur les salades, les tomates, les betteraves ou les cucurbitacées, selon Gérard Roche qui ajoute : « Ce qui est regrettable, c’est de prendre des décisions à l’emporte-pièce sans en voir les conséquences ».
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Car même si la Commission des usages orphelins, qui regroupe l’administration, les instituts techniques et la profession agricole, identifie les situations difficiles et propose des solutions, et que la filière fruits et légumes, à travers le CTIFL, se consacre à la recherche, les maraîchers et arboriculteurs restent les parents pauvres en matière d’innovation sur le sujet. « Les petits marchés ne sont pas du tout pertinents pour les firmes », témoigne Marc Delporte. Celles-ci privilégient les demandes de mise en marché de substances actives pour les grandes cultures, sans prendre la peine de déposer des demandes d’extension d’usage alors que certaines molécules auraient un intérêt certain pour les maraîchers et arboriculteurs.
Dans ce contexte, les agriculteurs demandent de faire de la recherche une priorité. « C’est ce que l’on demande dans le plan ecophyto », rappelle Gérard Roche. Pour lui, les cotisations payées par « tous les professionnels » doivent revenir à l’expérimentation.
« Les petits marchés ne sont pas du tout pertinents pour les firmes » témoigne Marc Delporte