La place de marché de produits frais et d’épicerie fine créée fin 2016 par Wébédia et Chronopost a vu son activité décupler pendant le confinement. Ce qui aurait permis aux 350 producteurs référencés de compenser la baisse de leurs activités traditionnelles réalisées en BtoB dans la restauration ou sur les marchés de plein air. Co-fondateur et directeur général de Pour de Bon (pourdebon.com), Nicolas Machard, qui prévoit un volume d’affaires de 13 M€ en 2020 (+ 225 % par rapport à 2019), détaille les enjeux et conséquences de cette progression pour Agra Alimentation. Le dirigeant annonce une levée de fonds pour le dernier trimestre 2020.
Comment s’est passée l’activité de Pour de Bon durant le confinement ?
L’activité a connu une croissance exceptionnelle qui a parfois frôlé les 1 000 % d’augmentation, avec plus de 3 millions de visiteurs et 500 000 produits vendus. En temps normal, Pour de Bon enregistre entre 200 à 250 commandes par jour et là, dès le 20 mars, nous sommes passés d’un coup à 1 500 commandes par jour avec plusieurs pics à 2 000 et deux pics à 2 200 commandes. À titre de comparaison, durant la période des fêtes de fin d’année, qui représente le temps fort de notre activité, nous réalisons 500 à 600 transactions quotidiennes. Du coup, en 2020, nous réaliserons un volume d’affaires de 13 M€, contre 7,9 M€ initialement prévus, à comparer surtout aux 4 M€ réalisés en 2019.
Comment expliquez-vous cette croissance exceptionnelle ?
Le confinement a bousculé les habitudes de nombreux Français et notamment leur mode de consommation et leur rapport à l’alimentation. À la fois en ce qui concerne la fréquence et le canal d’achat, l’attention portée à la qualité et à l’origine des produits, avec davantage de temps passé à cuisiner, sans oublier une prise de conscience accrue du rôle, de la valeur et de l’importance des paysans, artisans et producteurs locaux et nationaux sans lesquels nous ne pourrions pas nous nourrir de manière qualitative. Parmi nos clients actifs historiques, nous comptons 60 % de consommateurs âgés de plus de 55 ans qui sont fortement impliqués sur ces questions et consacrent du temps à la cuisine. Les 40 % restants représentent les autres tranches d’âge en sachant que notre clientèle est plutôt issue des catégories CSP + et répartie dans toutes les régions de France. Durant le confinement, le nombre de nos clients actifs a presque doublé, passant de 35 000 à 65 000, avec une part plus importante de personnes un peu plus jeunes.
Comment a évolué le panier moyen durant cette période ?
Il n’a pas tellement changé, demeurant aux alentours de 60 €. C’est surtout le rythme de commande qui a nettement progressé, en triplant en moyenne entre le 10 mars et mi juin, mais avec des pics 12 ou 14 fois supérieurs que la normale. L’audience de Pour de Bon a augmenté, en avril nous avons atteint 1,2 million de visiteurs, soit quatre fois plus que d’habitude, de même la conversion (nombre de commandes par visiteur) a été multipliée par cinq. Au final, une audience et une conversion accrues nous ont permis de décupler le nombre total de commandes. Depuis juin, nous sommes revenus à une audience en phase avec les objectifs que nous nous étions fixés avant la Covid-19, soit tout de même une progression de 100 % par rapport à celle de 2019, tout en sachant que la conversion reste encore très forte.
Quel impact a eu cette explosion des ventes chez les producteurs référencés par Pour de Bon ?
En moyenne, comme on l’a vu, le volume des commandes a été multiplié par dix avec pour certains d’entre eux des pics d’activité multipliés par vingt ! Ils ont réussi à s’adapter en travaillant beaucoup plus ou en ayant recours à de l’intérim, en sachant que toute l’équipe de Pour de Bon s’est mobilisée pour les soutenir et les aider. Nous avons ainsi recruté sept collaborateurs supplémentaires du 20 mars au 8 juin, ce qui a permis d’avoir en permanence 17 lignes ouvertes au sein du service client. Face à l’afflux de commandes de farine par exemple (jusqu’à 3 tonnes par jour, soit 15 à 20 fois plus qu’en temps normal) les Moulins de Versailles, notre principal fournisseur, ont décidé de fermer leur boutique d’usine pour se consacrer totalement aux ventes en ligne à la fois sur Pour de Bon et sur son propre site e-commerce qui figure sur notre marketplace. Assez rapidement, un risque de pénurie d’emballages et de cartons a menacé la logistique de certains de nos producteurs, problème que nous avons réussi à régler avec notre fournisseur Raja. Il faut aussi savoir qu’en temps normal, les ventes sur Pour de Bon représentent en moyenne 15 % de l’activité de nos 350 producteurs. Ils ont été heureux de voir cette part du BtoC monter parfois à 100 %, suite à l’arrêt de leurs ventes en BtoB auprès des restaurateurs ou sur les marchés de plein air par exemple. Du coup, le cas échéant, ils ont aussi mobilisé leur personnel sur la préparation et la livraison des commandes. On a aussi fortement enrichi notre offre avec l’arrivée de 50 nouveaux producteurs et plus de 1 000 nouvelles références.
Que pensez-vous du bilan carbone de ce surplus d’activités commerciales et donc logistiques ?
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D’abord nous travaillons exclusivement avec des producteurs et artisans basés dans toutes les régions de France, aucun produit ne provient de l’étranger ce qui est une bonne manière de limiter l’impact. Ensuite, chaque producteur se situe en moyenne à moins de 50 km d’une agence Chronopost et s’inscrit dans les tournées existantes de Chronofresh qui privilégient les itinéraires les plus rectilignes possible. En sachant que Chronopost, comme tout le groupe La Poste, est engagé dans une démarche globale de RSE driving change.
Quelles sont les prochaines grandes étapes de Pour de Bon ?
Nous allons réaliser une levée de fonds en septembre d’un montant, non communiqué pour l’instant, mais qui sera toutefois deux fois moindre que celui envisagé avant la Covid-19, compte tenu des ventes exceptionnelles réalisées depuis. Cette levée de fonds permettra d’augmenter le capital qui, depuis fin 2019, est détenu à 51 % par Wébédia, 45 % par Chronopost et 4 % par Cyril Schwartz et moi-même. Pour la fin de l’année 2020, nous voulons proposer un e-shop hébergé sur pourdebon.com à ceux de nos producteurs, très majoritaires, qui n’ont pas encore de boutique en ligne. Par ailleurs, nous allons progressivement adopter la livraison à J + 2 contre J + 3 actuellement. Enfin, nous prévoyons d’ouvrir la marketplace en BtoB aux professionnels (restaurateurs, épiceries fines et artisans) courant 2021.
Les chiffres clefs de Pour de Bon
• volume d’affaires de la place de marché en 2019 : 4 M€
• volume d’affaires de la place de marché visé en 2020 : 13 M€ (7,9 M€ budgeté avant la crise)
• 350 producteurs (+ 50 par rapport à fin 2019)
• 8 400 références produits (+ 1 000 par rapport à fin 2019)
• 10 salariés