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viande/Brésil Les viandes brésiliennes s’éloignent de l’Europe pour un long moment

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Le marché européen perd de l’intérêt aux yeux des exportateurs de viandes produites au Brésil. Leurs principaux débouchés actuels et futurs se trouvent au Moyen Orient et en Asie.

Les volumes de viandes brésiliennes importés par l’Union européenne (UE) baissent constamment depuis 2006. C’est flagrant en bœuf, un peu moins en volaille. En porc, cela ne change rien puisque le Brésil n’y en a jamais exporté que des volumes dérisoires.
Pourtant, le commerce entre l’UE et le Brésil a atteint un pic au premier semestre 2011. Le pays sud-américain est même devenu le neuvième partenaire commercial de l’UE. Selon l’office de statitistiques Eurostat, les importations européennes de biens brésiliens ont sans cesse augmenté de 2002 à 2008 ; leur valeur a chuté en 2009, puis est remontée à 32,4 milliards d’euros en 2010. Les premiers pays importateurs de biens brésiliens sont les Pays-Bas (24% du total), l’Allemagne (19%), l’Italie (11%), l’Espagne et la France (9% chacun). En valeur, les produits de base représentent un gros tiers de ces importations ; les produits alimentaires, un petit tiers. Le minerai de fer, le café, les tourteaux et fèves de soja, la pâte à papier et le pétrole brut sont les principaux produits concernés. Les viandes aussi figurent en bonne place. Mais les volumes importés par l’UE diminuent de façon significative depuis le cycle 2005/2006, et la tendance ne devrait pas s’inverser avant plusieurs années.

Moins de poitrines de poulet, davantage de préparations
Le Brésil exporte de moins en moins de poulet non transformé vers l’UE, tout en restant son premier fournisseur. Ses envois de carcasses et de poitrines chutent régulièrement. Toujours selon Eurostat, les Brésiliens en avaient expédié vers l’Europe, en 2006, 212 000 t ; 185 000 t les deux années suivantes ; 168 000 t en 2009 ; et 138000t en 2010. En revanche, ses exportations de préparations de dinde sont stables, autour de 85 000 t, et celles de préparations de poulet augmentent modestement jusqu’à atteindre 130 000 t l’an denier. L’analyste Pablo Molinare, de l’agence Safras e mercados, y voit « la volonté de modifier le mix de produits destinés aux Européens pour chercher plus de valeur ajoutée. À l’instar des Thaïlandais et des Malaisiens, les exporteurs brésiliens renforcent leur place sur le segment des préparations saumurées, qui intéressent certains industriels et distributeurs basés aux Pays-Bas et en Allemagne », explique-t-il.
En ce sens, l’Europe reste un marché d’exportation rémunérateur, même s’il n’absorbe plus que 12% des exportations de la filière avicole brésilienne, selon l’Union brésilienne des industriels et exportateurs de viandes de volaille (Ubabef). L’Ubabef confirme la diminution des volumes expédiés vers l’UE, qui, selon l’institution privée, aurait importé 471 000 t de poulet brésilien en 2010, un total en baisse de 7,2% par rapport à l’année antérieure. À titre indicatif, le Moyen-Orient en aurait reçu l’an dernier 1,36 millions de tonnes (Mt) ; l’Asie, 1 Mt ; l’Afrique, 495 000 t. L’Europe est donc le quatrième macro-marché d’exportation de poulet brésilien.

Pénurie de bétail
Le Brésil et l’Amérique du Sud en général ne sont plus en mesure de fournir à l’Europe du bœuf à très bas prix, comme ce fut le cas pendant des décennies. L’offre de bétail ne suit pas la demande. Les systèmes d’engraissement s’intensifient, mais il faudra des années pour constituer un cheptel de reproductrices qui satisfasse la demande intérieure et extérieure. Le problème de la filière est la faible rentabilité de l’activité de naissage comparée aux cultures de vente ou destinées à la production de biocarburants, comme l’éthanol de canne à sucre au Brésil.
La pénurie de bétail entraîne le renchérissement de sa valeur locale. Le rapprochement de celle-ci vers les niveaux européens induit une moindre concurrence du bœuf brésilien à l’exportation vers l’UE. Selon Pablo Molinare, le niveau des prix du bétail au Brésil devrait demeurer haut « au moins les cinq prochaines années, et tant que l’élevage continuera d’être beaucoup moins rentable que les cultures ». Un jugement partagé par d’autres experts consultés par Agra Presse.
Dans ce contexte, le Brésil a exporté vers l’UE en 2010 presque deux fois moins de bœuf qu’en 2006. Selon l’association brésilienne des exportateurs de viande bovine (Abiec), le Brésil aurait expédié l’an dernier vers ses cinq plus gros marchés européens, un total de 567 000 t de viandes bovines fraîches, congelées et cuites, contre près d’un million de tonnes en 2006 ! Cette année-là, le Brésil en avait exporté 301 000 t vers les Pays-Bas, qui n’en a commandé que 130 000 t l’an dernier. Même constat au Royaume-Uni, dont la demande de bœuf brésilien est passée de 329 000 t en 2006 à 168 000 t en 2010 ; en Italie, dont les importations ont chuté de 271 000 t à 149 000t ; en Allemagne, de 115 000 à 61 000 t ; et en Espagne, de 12 000 t à 5 000 t. Et cela continue à la baisse en 2011 : de janvier à septembre derniers, les importations européennes de boeuf brésilien ont diminué en volume de 19,88% par rapport à la même période l’an dernier, selon l’Abiec.
« Le futur de notre commerce extérieur est en Asie, pas en Europe », résume Pedro Camargo Neto, le président de l’association brésilienne des producteurs et exportateurs de viande de porc (Abipecs). Le Brésil n’exporte pas de porc vers l’Europe, hormis des envois anecdotiques vers la Bulgarie et l’Irlande jusqu’en 2007. « Les démarches sanitaires pour accéder au marché communautaire sont en cours. Même si elles aboutissaient, l’Europe ne serait pas pour nous un gros marché », reconnaît Pedro de Camargo Neto. Comme ses compatriotes, son regard se porte vers les pays émergents déficitaires en viandes.

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