Abonné

Réforme viticole Les vignerons coopérateurs veulent contrecarrer le projet Fischer Boel

- - 4 min

« Les propositions viticoles de Mariann Fischer Boel sont ultra-libérales et inquiétantes », s’est exclamé Denis Verdier, président des vignerons coopérateurs de France (CCVF) le 22 mai à l’occasion d’une conférence de presse. A l’approche du jour fatidique où la commissaire européenne veut révéler son projet de réforme de l’organisation viticole européenne (4 juillet), les caves coopératives entendent tout mettre en œuvre pour le contrecarrer, « même si le temps joue contre nous », comme l’affirme Denis Verdier. Il lance un appel à la nouvelle ministre d’Agriculture Christine Lagarde afin qu’elle « tape du poing sur la table » pour bloquer un projet « contraire aux intérêts français ».

Le projet de réforme viticole élaboré par la commissaire à l’agriculture Mariann Fischer Boel ne trouve aucune grâce aux yeux des coopératives viticoles françaises. Ce sont des propositions ultralibérales inquiétantes, estime Denis Verdier, président des vignerons coopérateurs. En premier lieu, la suppression prévue du régime des droits de plantation comporterait des risques considérables de déséquilibre des marchés. Que se passera-t-il, font remarquer les caves coopératives, lorsqu’il sera facile de planter des vignes à proximité des zones d’AOC, la Champagne par exemple ? « Nous sommes farouchement opposés à la suppression de ces droits de plantation », lance Denis Verdier.

Pour une gestion des crises

Second écueil, l’idée selon laquelle le marché à lui seul permettra de résoudre les crises, idée qui est dans la tête de la commissaire européenne, selon les professionnels. D’où l’absence de véritable outil de gestion de crise dans le projet de réforme alors que le climat peut faire varier de plus ou moins 15 % la production d’une année.

Autre défaut majeur de la proposition de réforme, selon Denis Verdier, le projet d’arrachage des vignes, d’abord évalué à 400 000 hectares puis réduit à 200 00 ha. « 400 000 ha c’était de la provocation, les ramener à 200 000 c’est de l’habileté politicienne », lance Denis Verdier. Pour lui, l’important est surtout de bien répartir ces hectares sur le territoire européen, ce qui ne semble pas être le cas dans le projet de réforme. Enfin, les vignerons coopérateurs se méfient d’une réforme qui mise beaucoup sur l’utilisation de crédits du second pilier de la Pac, crédits qui prévoieraient un cofinancement de la part de chaque État, alors même que les finances publiques françaises sont en difficulté.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Les propositions des Français

Que proposent alors les viticulteurs français ? Si l’on en croit un projet en préparation au sein de l’AGPV, qui regroupe les différentes associations françaises, les demandes vont dans quatre directions : le maintien du système des droits de plantation (les vignerons indépendants seraient favorables à leur suppression pour les vins de table) ; la mise en place d’un système de gestion de crise, avec une distillation à bas prix pouvant devenir obligatoire ; une aide à l’émergence et au développement d’entreprises exportatrices ; un système d’arrachage qui serait réparti en fonction des régions viticoles pour assurer sa bonne répartition sur le territoire européen. L’aide à l’arrachage pourrait être assorti d’encouragements au départ à la retraite.La position de la viticulture française devait être réaffirmée lors d’une réunion de Viniflhor le lendemain.

Le plan d’attaque contre le projet de Mariann Fischer Boel est le suivant : d’abord faire en sorte d’unifier les Français sur une position commune ; rencontrer, début juin, au sein du Copa que préside Jean-Michel Lemétayer, les Espagnols et Italiens afin là aussi de s’unir autant que possible sur une plate-forme commune ; demander entre-temps une rencontre avec la ministre de l’Agriculture Christine Lagarde afin qu’elle fasse blocage contre le projet actuel de la Commission européenne. Denis Verdier ne cache pas que le temps presse et « joue contre nous ». La Commission doit révéler son projet définitif le 4 juillet, soit dans un peu plus d’un mois.