On connaît l’ambivalence des sentiments de l’opinion publique à l’égard de son agriculture, mélange d’attachement historique et de défiance quant au productivisme. Si le divorce fut un temps prononcé entre le citoyen et les paysans, à l’occasion des grandes crises sanitaires des années quatre-vingt-dix, celui-ci n’a rien d’inéluctable, comme l’a souligné un colloque organisé le 15 septembre au Space. « », telle est une des clefs de cette réconciliation, selon l’expression d’un participant.
« Il faut sortir de la posture de victimisation et avoir une attitude plus offensive ». Philippe Vasseur, ancien ministre de l’Agriculture du gouvernement Juppé, n’a pas mâché ses mots lors du colloque organisé par le Syrpa Ouest, sur le thème « Agriculture et opinion publique, je t’aime, moi non plus ». « Il faut se lancer dans la reconquête de l’opinion publique et accepter que de nouveaux rapports de force existent», poursuit-il, rappelant que les agriculteurs ont trop longtemps « négligé» les consommateurs et donné une perception corporatiste de leur activité. La première crise de la vache folle en 1996, explique l’ancien ministre, fut le révélateur brutal des nouvelles attentes et exigences de l’opinion, fruit du fossé grandissant entre le monde rural et la société urbaine. « Aujourd’hui, il faut donner une image (de l’agriculture) fidèle à la réalité», conclut Philippe Vasseur.
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L’image fausse véhiculée par la publicité
Cette idée traversa à plusieurs reprises les débats. « La communication du monde agricole et des industries agroalimentaires est décalée par rapport à la réalité du terrain », réagit, Jérôme Durand, vétérinaire en élevage industriel. « Le Salon de l’agriculture communique avec des vaches et des truies sur la paille, et des jambons emballés dans des carreaux Vichy ; et quand il y a une émission de TV (sur les élevages), il y a un décalage complet entre les deux images. Alors la société civile ne comprend pas ». Daniel Picart, éleveur de porcs et président de l’appellation « Cochon de Bretagne » acquiesce : « Le fossé qui existe est creusé par les médias – qui cherchent la faille – et par la communication qui entretient volontairement une image buccolique et passéiste de l’agriculture», estime-t-il. « C’est un grand danger », poursuit l’éleveur, vantant les mérites des opérations de communication grand public menées – par exemple – sur le Salon de l’agriculture et qui expliquent la réalité du métier. « Il faut donner envie plutôt que de faire pitié», insiste Daniel Picart. L’explication du métier, Pascal L’Hermitte, agriculteur en Côte-d’Armor, en a fait un leitmotiv. Créateur du site internet www.lamoinerie.com, il utilise internet pour raconter tous les mois la vie de son exploitation, photos et vidéos à l’appui. Quelque 21 000 visiteurs ont fréquenté le site. « Ce qui est important c’est d’être sincère, d’expliquer son métier et de créer un lien avec les journalistes », ajoute Pascal L’Hermitte. Il entend d’ailleurs passer à la vitesse supérieure à partir de janvier 2005 en diffusant un compte-rendu quotidien de la vie de son exploitation, un programme intitulé la « Ferme Réalité » ! Certains utilisent internet, d’autres préfèrent recourir aux bons vieux panneaux, à l’image d’Yvon Thomas qui appartient à un groupe d’agriculteurs des Côtes-d’Armor (canton de Plélan) ayant décidé d’utiliser les chemins de randonnée sur le territoire communal pour communiquer leur passion du métier. Lancé en 2001, le projet doit aboutir à l’automne 2004 : il doit permettre de baliser les chemins de randonnées de bornes explicatives présentant les paysages traversés et expliquant le rôle et l’évolution du bocage.