La Commission européenne a donné son feu vert : le n° 1 français de l’huile de table, Lesieur, va, comme prévu, devenir la propriété des professionnels de la filière oléagineuse française. L’opération avait été signée le 27 novembre dernier entre Soprol (un holding détenu par le fonds financier de la filière, Sofiprotéol, aux côtés d’opérateurs industriels) et l’actuel propriétaire, Bunge-Cereol. Lesieur sera filiale à 100% de la société Saipol. Celle-ci sera détenue aux deux-tiers par Soprol et pour un tiers par Bunge-Cereol. Après Grands Moulins de Paris, acheté par des coopératives céréalières en 2001, après Béghin Say acquis par les betteraviers et Union SDA en 2002, l’achat de Lesieur est la troisième grande opération qui voit, en dix-huit mois, le monde agricole prendre en main un « grand » de l’agroalimentaire.
Près de 2 millions de tonnes de graines triturées, 800 000 tonnes d’huiles raffinées, 300 millions de litres d’huiles conditionnées, un chiffre d’affaires de 900 millions d’euros… voilà ce que représentera le nouvel ensemble selon ses futurs propriétaires. Un mastodonte, en somme, de la filière française qui traite un peu plus de 5 millions de tonnes de graines oléagineuses et 1,2 million de tonnes d’huiles issues de ces graines (colza et tournesol principalement).
Deux ensembles déjà associés
De fait, Lesieur rejoint un ensemble déjà très actif sur ces métiers. Saipol est propriétaire de quatre unités de trituration (Dieppe, Rouen, Bordeaux-Bassens et Sète) et de deux unités de raffinage (Coudekerque et Bordeaux-Bacalan). Les deux ensembles étaient déjà associés puisque Lesieur exploite en location-gérance les établissements de Bordeaux (Bassens et Bacalan), de Coudekerque et de Sète.
Une nouvelle organisation sera sans doute annoncée dans les semaines à venir, tirant les conclusions de la prise de contrôle de Lesieur par la filière. Le fait de maîtriser en direct et en toute indépendance - quoique Bunge aura une minorité de blocage chez Saipol - la société Lesieur avec sa puissance marketing changera sans doute les données concurrentielles. Lesieur pèse pas moins de 535 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2002 avec un peu moins de 45% de part de marché des marques d’huile en France.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Lesieur recentrée sur les huiles
Multiproduits il y a quelques années, l’entreprise s’était recentrée sur les huiles avec sa propre marque, mais aussi plusieurs autres selon les segments de marché (notamment Isio 4 sur le segment des huiles combinées). En plus de ses marques d’huile (pour les sauces, la marque Lesieur est gérée par Campbell Soup après avoir appartenu à Unilever), Lesieur exploite sous licence les marques d’huile d’Unilever : Equilibre, Epi d’Or, et surtout Fruit d’Or, la marque n°1 de l’huile de tournesol, secteur qui était récemment le plus lourd du marché avant de s’être fait dépasser, en valeur, par l’huile d’olive Sur ce segment des huiles d’olives, Lesieur distribue en France la marque Carapelli qui appartenait naguère à Céréol avant d’être vendue à un holding italien. Mais Lesieur possède également, dans ce domaine, la marque Les jardins d’Orante.
Un marché en évolution constante
Autant de marques qui devraient permettre à Lesieur de négocier les tournants majeurs que le marché des huiles subit depuis des années. Après que l’huile d’arachide a été détrônée par l’huile de tournesol, celle-ci est à son tour attaquée par l’olive. N°2 en valeur derrière l’olive, le tournesol reste cependant leader en volume. De plus, cette production majoritaire en France est une des composantes des huiles combinées, qui connaissent maintenant un taux de croissance supérieur à celle de l’huile d’olive (lire le tableau). Or, avec Isio 4, Lesieur possède la marque référence de ce segment. Il faut noter aussi le score prometteur des huiles de soja et de colza qui représentent un très faible volume mais une croissance très forte, 25% en volume l’an dernier et 36% en valeur.
L’huile d’olive plafonne
En fait, en 2002, selon Iri Secodip, sur un marché globalement en baisse de 2.4% en volume seules les marques de distributeurs, l’huile de friture et les huiles de soja et de colza ont augmenté franchement. L’huile d’olive elle-même voyait ses ventes en volume stagner. Pour l’avenir avec l’émergence durable des produits marqués par leur fonction ou leur qualité en matière de santé, le marché des huiles pourrait faire à nouveau gagner du terrain aux matières premières nationales. C’est sans doute ce à quoi va s’employer la filière française.