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Produits biologiques L’espagnol Natursoy lorgne sur le marché français

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Parti d’une petite affaire artisanale, le leader espagnol des produits bio Natursoy investit 2 millions d’euros pour changer d’échelle. Dans le même temps, il fait ses premiers pas sur les marchés européens, dont la France.

Comment transformer un coup de cœur pour l’alimentation biologique en une affaire qui occupe aujourd’hui le premier rang des fabricants espagnols du secteur avec 6 millions d’euros de ventes en 2003 et qui débute l’exportation vers plusieurs pays européens, dont la France ? Tomas Redondo, le jeune p.-d.g. et propriétaire de Natursoy, basée à Castellerçol, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Barcelone, l’attribue à une stratégie précise qu’il poursuit depuis ses débuts, en 1988.

« Nous n’avons jamais souhaité être les plus grands, ni les moins chers, en revanche, nous avons toujours voulu avoir la meilleure qualité. Sur un marché comme le nôtre, qui représente 0,6 % de la dépense totale alimentaire espagnole, la qualité est un facteur plus décisif que le prix», explique le dirigeant. A l’origine simples amateurs de tofu et de seitan (préparations d’origine japonaise à base respectivement de soja et de blé complet), Tomas Redondo et sa femme, Carmen Asensio, ont débuté dans un local de 154 mètres carrés où ils fabriquaient des hamburgers végétaux.

2 millions d’euros d’investissements

Aujourd’hui, Natursoy emploie 60 personnes, occupe 2 000 mètres carrés et, forte de la confiance des banques, s’apprête à investir plus de 2 millions d’euros dans de nouvelles installations de 6 000 mètres carrés.

Ces extensions seront achevées fin 2005 et comprendront 2 500 mètres carrés d’usine, une surface équivalente d’entrepôts et 1.000 mètres carrés de bureaux. Une partie des locaux sera consacrée à la préparation du seitan et du tofu confectionné à partir de soja biologique brésilien, et l’autre à la fabrication de la cinquantaine de produits maison, dominée par les hamburgers (14 variétés) et les saucisses (8).

« Nous avons été les premiers en Espagne à produire un hamburger au seitan, en 1989 ; aujourd’hui , il existe 22 marques dont 8 sont importées», remarque Tomas Redondo.

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Moins de 30 % de produits sous-traités

Pour préserver sa position de numéro un (assez loin devant d’autres fabricants locaux comme Biogra et Vegetalia), l’entreprise s’est dotée d’un département de R&D employant deux salariés à plein temps, épaulés de deux autres personnes. Proportionnellement, elle tend à réduire la part des produits fabriqués en sous-traitance, qui passera sous la barre des 30 % en 2007.

Enfin, elle a le gros avantage d’être référencée dans les grands magasins El Corte Inglés ainsi que dans les hypermarchés Hipercor et supermarchés Supercor qui en dépendent. « Cela nous donne une très bonne visibilité, reconnaît Tomas Redondo, y compris pour les consommateurs qui préfèrent acheter nos produits dans des magasins spécialisés en alimentation biologique». Natursoy fournit directement 800 de ces magasins et indirectement 1 500 autres.

Incroyable potentiel

En 2004, la société prévoit d’atteindre un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros, dont 5 % à l’exportation. Depuis un an, elle commercialise ses produits au Portugal (Diet Import), depuis six mois en France (Vita Frais) et elle a des contacts déjà bien avancés avec des grossistes distributeurs en Italie et en Hollande. Sur ces marchés, elle espère se différencier par des « recettes simples, d’inspiration méditerranéenne, et donc moins épicées que dans le nord de l’Europe », selon les termes de son p.-d.g.

Pour Natursoy, franchir les Pyrénées est en fait une nécessité. Non seulement la conjoncture sectorielle en Espagne n’est pas meilleure qu’en Allemagne ou en Italie, mais les autorités, en refusant de trancher la polémique sur l’emploi du mot bio et en entretenant une certaine confusion entre les agricultures biologique, écologique ou organique, retardent une éventuelle reprise. « Tant que les produits biologiques ne représenteront pas 1 % du marché, les grandes surfaces se désintéresseront de nous », prédit Tomas Redondo, pourtant convaincu de l’incroyable potentiel du secteur bio dans son pays.