De nombreux freins nuisent encore au développement du biocontrôle, ont montré les participants à un colloque sur ce thème le 8 février à Nancy. Ces freins semblent néanmoins se desserrer, dans un contexte réglementaire plus favorable.
« Si le consommateur payait plus cher, pour des pratiques plus propres en agriculture, on s’y mettrait plus facilement », a considéré le viticulteur Thomas Colson. Le différentiel de prix des solutions de biocontrôle reste un frein majeur, identifié lors d’une table ronde. D’autres témoignages l’ont montré lors du colloque organisé par les étudiants de l’Ensaia, comme une nouvelle enquête auprès d’agriculteurs et experts (lire l’encadré). En dépit d’un contexte plus favorable au développement des alternatives aux pesticides chimiques, des entraves persistent.
La loi d’avenir pour l’agriculture allège la réglementation sur le biocontrôle, via des « coupe-files » permettant à l’Anses d’étudier de manière accélérée et privilégiée ce type de produit, a relevé le député Dominique Potier. Le projet de loi de finances accorde à l’agence des moyens supplémentaires en vue de faciliter leur mise sur le marché, a-t-il également souligné. Reste que le biocontrôle est surtout présent en cultures spécialisées : 85 % des serres à tomates sont concernées, 50 % des surfaces en arboriculture sont traitées avec des phéromones, d’après les chiffres de l’IBMA France (association des entreprises du secteur). « Il y a moins de solutions pour les céréales, colza, maïs, pommes de terre », a reconnu le secrétaire général Denis Longevialle. En grandes cultures, dix à quinze solutions existent sur le marché, selon lui. 20 % des surfaces de maïs traitées contre la pyrale reçoivent des trichogrammes, et le phosphate ferrique, utilisé pour les limaces, concerne environ 300 000 ha.
Besoin de temps
« Il faut du temps pour bien connaître le phosphate ferrique, a souligné Mathias Sexe, directeur Agronomie et Développement chez EMC2. À force d’essais sur le terrain, on obtient une bonne efficacité. Nos ventes ont doublé en deux ans, alors que d’autres coopératives ne référencent même pas le produit. » Quant aux trichogrammes, leur utilisation pourrait connaître un nouvel essor grâce à l’épandage par drone.
« Les produits de biocontrôle nécessitent beaucoup de technicité », a pointé l’ingénieur agronome d’Arvalis Didier Lasserre. Explication, il peut s’agir d’organismes vivants. Rien à voir avec les produits chimiques, autrement plus stables. « J’utilise du purin d’ortie, de renouée du Japon, de luzerne et ça marche sur mon exploitation, a témoigné Pierre Dabit, président des Jeunes agriculteurs de la Meuse. Mais il n’y a pas d’AMM (Autorisation de mise sur le marché, ndlr). » Idem pour des huiles essentielles, que l’agriculteur utilise depuis récemment, en micro-doses. « Le plus gros problème pour moi, c’est la législation, a-t-il avancé. Faute d’AMM, je suis hors-la-loi et je risque mes primes Pac. »
Le biocontrôle devrait néanmoins se développer sous l’impulsion de l’arrivée d’une cinquantaine de nouveaux produits à l’horizon 2018 (17 en vigne, 14 en légumes, 9 en fruits, 7 en céréales, 2 en betteraves), d’après l’IBMA. De 3 à 5 % du marché de la protection des plantes, il pèserait trois fois plus dans cinq ans.
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« Les produits de biocontrôle nécessitent beaucoup de technicité », souligne Arvalis
Des freins liés à l’efficacité, au coût, à la main-d’œuvre, selon une enquête
L’efficacité des produits de biocontrôle reste « très variable » selon les produits et les cultures, aux dires des experts interrogés par les étudiants de l’Ensaia. Leur enquête porte sur une dizaine d’utilisateurs ou susceptibles de l’être, dont des agriculteurs. Ces derniers apparaissent « méfiants » vis-à-vis du biocontrôle, notamment en grandes cultures. Le coût des produits est jugé « encore élevé ». Autre frein, la quantité de main d’œuvre nécessaire. Les agriculteurs déplorent aussi le « manque de transparence » des résultats d’études sur les produits de biocontrôle.
Confusion sexuelle : la DGAL « préoccupée » par l’obligation de Certiphyto
La DGAL s’est dite « préoccupée » le 8 février par l’obligation réglementaire de détenir un Certiphyto pour la pose des diffuseurs de phéromones, solution de biocontrôle. « On cherche comment faire évoluer la réglementation française », a déclaré l’adjointe au sous-directeur Nathalie Therre, lors d’un colloque sur le biocontrôle organisé par l’Ensaia à Nancy. « C’est plus compliqué que ce qu’on imaginait. Il n’est pas possible de modifier le code rural par décret : un véhicule législatif est nécessaire. » La pose des dispositifs de confusion sexuelle fait traditionnellement appel à une aide familiale dépourvue de Certiphyto. Conséquence, un responsable de BASF a dit craindre une baisse en 2016 des surfaces concernées en vigne, où l’intervention doit avoir lieu d’ici à mars.