La Banque nationale de développement du Brésil (BNDES), actionnaire à hauteur de 22 % de JBS, a convaincu les autres actionnaires minoritaires de mener une action en justice à l’encontre des anciens dirigeants de cette dernière. Les minoritaires estiment avoir été lésés par les répercussions sur l’entreprise et le cours de Bourse des aveux de corruption faits par les frères Batista devant la justice. La BNDES compte également écarter du conseil d’administration J & F Investimentos, l’actionnaire principal de JBS avec 41 % des parts. À terme, la banque publique brésilienne projette de vendre la totalité de ses parts dans JBS.
Les frères Batista jugés par le conseil d’administration de JBS ! Les enfants du fondateur du numéro un mondial du bœuf, déjà évincés de la direction, après leurs aveux en 2017 devant la justice brésilienne sur des faits de corruption d’hommes politiques, se voient désormais menacés de devoir verser des indemnités aux actionnaires qui s’estiment lésés par leurs forfaits.
La Banque nationale de développement du Brésil (BNDES), via sa filiale de participation au capital d’entreprises (BNDESPAR), a réussi un coup de maître, le 30 octobre, lors d’une assemblée générale extraordinaire à São Paulo. Après avoir rechigné pendant trois ans, le conseil d’administration de JBS avait finalement cédé à la demande de la BNDESPAR de convoquer cette AG extraordinaire. À noter qu’en début d’année, la BNDES avait obtenu un arbitrage de la justice en sa faveur, excluant J & F Investimentos du vote en question pour conflit d’intérêts avéré. En effet, certains des représentants de J & F Investimentos se trouvent être impliqués dans lesdites affaires de justice. Le vote positif des actionnaires lors de cette AG ouvre donc la voie à un processus de réclamation d’indemnités à l’encontre des anciens administrateurs de JBS. Les faits de corruption qu’ils ont avoués auraient porté préjudice à l’entreprise, d’une part à cause des transferts indus, mais aussi parce que le cours de l’action JBS a dévissé après la publication de leurs aveux.
Aux yeux de Guilherme Perboyre Cavalcanti, le directeur de JBS chargé des relations avec les investisseurs, la réunion du 30 octobre permet d’« acter la demande de la BNDESPAR de délibérer sur l’opportunité d’une éventuelle action à l’encontre de Wesley Mendonça Batista et Joesley Mendonça Batista, en tant qu’anciens administrateurs de la firme, ceci dans le but de défendre les droits et les intérêts des actionnaires et de mettre ces personnes face à leurs responsabilités », indiquait-il peu avant la réunion.
Les aveux des frères Batista à la justice brésilienne leur ont valu la clémence de celle-ci, mais l’écho négatif auprès de l’opinion publique a été tel qu’ils ont vite été expulsés du board de l’entreprise fondée par leur père. Mais pour la BNDES, ce n’est pas assez. Celle-ci veut des dédommagements. Et, pourquoi pas, également déloger du conseil d’administration l’actionnaire principal de JBS, J & F Investimentos. Cependant, la résolution prise par les actionnaires, ce 30 octobre, ne vise que les frères Batista, ainsi que l’ancien directeur juridique de la firme, Francisco de Assis e Silva, et un ancien membre du conseil fiscal, Florisvaldo de Oliveira.
La BNDES avait clarifié dans un communiqué, diffusé quelques jours avant la tenue de l’AG, sa position sur JBS : « Des millions de réaux ont été déviés des comptes de l’entreprise pour effectuer des pots-de-vin. La BNDES exhorte les autres actionnaires de JBS à enclencher, au nom de l’entreprise, une action de responsabilité légale à l’encontre de ses administrateurs ».
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La BNDES veut sortir de JBS
Dans le même temps, la BNDES a pour projet de se défaire de la totalité de ses parts dans le groupe JBS, non sans avoir auparavant obtenu gain de cause. « La décision politique du retrait de la BNDES du capital de JBS a déjà été prise », estime l’économiste en chef de la Fédération d’associations rurales de l’État du Rio Grande do Sul, Antônio Da Luz. Mais selon lui, la cession des parts de la BNDESPAR sera un long processus. »
Pour lui, il ne fait aucun doute que « la responsabilité de la BNDES dans ces récentes affaires de corruption est loin d’être nulle. Durant les présidences de Lula da Silva et de Michel Temer, c’est plutôt JBS qui a dansé sur la musique jouée par la BNDES, non l’inverse », estime Antônio da Luz. Ce dont on est sûr, c’est que la BNDES a contribué au financement de la plupart des acquisitions de JBS tout au long des deux dernières décennies.
On ignore quel type d’action engagera la direction de JBS suite à la résolution votée par ses actionnaires. Elle dispose de 90 jours pour s’exécuter.
Pour sa part, la BNDES n’a pas commenté l’issue de cette AG. Celle-ci représente pour elle, cependant, une victoire qui devrait rester dans les annales des combats menés par les actionnaires minoritaires, un concept inédit sous ces tropiques et à ce niveau-là, analyse l’agence Reuters.