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Sécurité alimentaire L’étendue du phénomène d’achat de terres à l’étranger largement surestimée

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Selon les dernières données disponibles, l’acquisition de terres agricoles à grande échelle par des investisseurs dans des pays étrangers a été surestimée. La raison : beaucoup d’annonces d’achats n’aboutissent en réalité jamais sur le terrain. Ainsi, depuis 2000, 32,3 millions d’hectares seraient concernés par ce phénomène contre une estimation de 83,2 millions d’ha en 2012.

L’estimation du phénomène d’accaparement de terres agricoles a été largement surestimée ces dernières années. En réalité, les achats de surfaces agricoles par des investisseurs dans des pays tiers seraient deux fois moins importants que ce qui était jusqu’à présent imaginé. Ainsi, les transactions foncières à grande échelle auraient concerné, depuis 2000, quelque 32,3 millions d’hectares (et 756 accords ou contrats), selon les calculs du projet Land Matrix (1), un observatoire mondial des acquisitions de terres à grande échelle qui réunit cinq organismes de recherche nationaux ou internationaux dont le Cirad (France), le Giga (Allemagne), et la Coalition internationale pour l’accès à la terre. En 2012, les estimations faisaient état de 83,2 Mha pour 1 217 transactions foncières.
Cette réévaluation à la baisse est liée à la capacité qu’ont désormais ces centres de recherche de distinguer les transactions prévues, les transactions conclues et les transactions qui ont échoué. En effet, un nombre important de transactions échouent au stade de la négociation (environ 5 Mha soit une cinquantaine de transactions). Actuellement, 145 investissements en sont encore au stade de la négociation pour une surface d’environ 11 Mha.

D’autres stratégies

L’Afrique sub-saharienne est de loin la région la plus visée avec au moins 367 contrats signés sur 21 Mha et 105 encore au stade de l’intention ; devant l’Asie avec 270 accords validés sur 5,78 Mha et 31 intentions ; l’Amérique Latine avec 71 accords conclus sur 1,7 Mha ; et enfin l’Océanie avec 44 contrats. Les pays les plus concernés sont la République démocratique du Congo, l’Indonésie, le Soudan, la Papouasie Nouvelle-Guinée (principalement des projets forestiers), le Mozambique et l’Éthiopie. Par contre, Madagascar, où deux énormes projets de rachat avaient été annoncés (par le coréen Daewoo notamment) mais abandonnés par la suite, est finalement peu touché par le phénomène pour le moment.
Face à la difficulté de faire aboutir les projets, les investisseurs optent pour deux autres solutions : les achats dans des pays développés (notamment le Canada et l’Australie) et des contrats sur la production agricole sans acquérir la terre. Ces deux stratégies sont moins facilement visibles et rendent plus difficile l’évaluation de l’accaparement de terres.
La production de cultures alimentaires représente la plus grande part de ces acquisitions (environ un tiers sur 8,5 Mha). Les achats destinés à la production de biocarburants sont également importants : un peu plus de 6 Mha et 180 transactions. Suivent les investissements pour la production de bois, pour l’élevage mais également pour le tourisme et la séquestration de carbone par les arbres (programme REDD dans le cadre de l’accord international sur le climat).
Par ailleurs, à ce jour, malgré le nombre important de contrats signés, très peu de surfaces sont déjà entrées en production. Les données accessibles aux chercheurs montrent que seulement 1,7 Mha sont réellement exploités. Mais les informations sont lacunaires.

(1) www.landmatrix.org

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