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L’étiquetage de l’origine des ingrédients laitiers et carnés a peu d’impact

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Agriculteurs et consommateurs militent pour que la mention de l’origine des produits alimentaires soit rendue obligatoire. Pourtant, le bilan au bout d’un an d’expérimentation en France de l’étiquetage de l’origine du lait et de la viande en tant qu’ingrédient est maigre : elle n’a modifié ni les comportements des consommateurs, ni les circuits d’approvisionnement des transformateurs, selon une étude publiée par le ministère de l’Agriculture.

Une pétition demandant de rendre obligatoire la mention de l’origine pour tous les produits alimentaires a recueilli la signature de 1,1 million d’Européens. Si plus d’un million de signatures sont validées par la Commission européenne, celle-ci devra apporter une réponse officielle dans les trois mois à cette initiative citoyenne européenne (ICE), lancée en octobre 2018 par la Coldiretti (agriculteurs italiens).

Pourtant, les résultats de l’expérimentation que réalise la France sur le sujet ne montrent pas de résultats significatifs de ce type d’étiquetage. Depuis janvier 2017, la mention de l’origine (pays d’origine ou UE/hors UE) du lait et de la viande en tant qu’ingrédient est obligatoire pour les produits, vendus en France, qui contiennent plus de 50 % de lait ou 8 % de viandes. Au bout d’un an d’expérimentation, 90 % des produits présents dans les rayons étaient bien conformes. Mais les consommateurs n’ont finalement que peu modifié leurs comportements d’achat et les industriels, leurs circuits d’approvisionnement. C’est la conclusion d’une étude publiée le 14 octobre par le ministère de l’Agriculture.

Le prix avant tout

« Si la mention de l’origine est largement souhaitée [par les consommateurs], son impact sur les comportements d’achat semble toutefois globalement limité », témoignent les auteurs de l’étude. Dans les rayons des supermarchés, peu d’entre eux lisent les emballages des produits, et encore moins leur face arrière. Le prix, la date limite de consommation, la marque ou les promotions sont autant de critères qui conditionnent les choix des consommateurs, bien avant l’origine des ingrédients.

Par ailleurs, les prix aux consommateurs des produits concernés par l’expérimentation n’ont pas été affectés : « Les industriels et les enseignes interrogées s’accordent sur le fait que la mise en œuvre du décret n’a pas eu d’impact sur les prix aux consommateurs », rapporte l’étude. En effet, les éventuels surcoûts liés à l’étiquetage ont été « limités et temporaires ».

Peu d’effet sur l’origine

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« Il ressort de l’évaluation que les entreprises leaders fabriquant les produits concernés par l’étude n’ont pas significativement modifié l’origine pays de leurs approvisionnements, en lait ou viande, en lien avec la mise en œuvre du décret », assurent ses auteurs. « Les éventuels changements d’origine se sont opérés à la marge » chez les industriels. En effet, les initiatives prises par les industriels pour des approvisionnements plus locaux ou d’une origine spécifique étant déjà « largement engagées avant le décret », expliquent-ils.

Enfin les effets de surcoût ont été temporaires, car l’application du décret a généré principalement des difficultés techniques (adaptation des nouveaux emballages, gestion de stocks…) de court terme. Ces coûts sont engagés une unique fois par les industriels pour se mettre en conformité. De plus, si surcoût il y a eu, l’évaluation montre qu’ils ont essentiellement été absorbés par les industriels et, dans certains cas, par la grande distribution.

Son impact sur les comportements d’achat semble toutefois globalement limité

Les entreprises n’ont pas significativement modifié l’origine de leurs approvisionnements

FNSEA et JA lancent une campagne de « stickage » sur l’origine en grandes surfaces

La FNSEA et les JA lancent une « campagne d’étiquetage dans les enseignes de la grande distribution », ont-ils annoncé dans un communiqué du 16 octobre. Observant « trop d’origines floues ou trompeuses » sur les aliments, les syndicats exigent « un étiquetage précis et lisible sur l’ensemble des produits frais comme transformés ». « Nous irons sticker les produits dont l’origine paraît incertaine », précisent les organisations. Les premières actions démarrent le 17 octobre dans le Doubs. Suivront la Somme et l’Eure, avant des actions coordonnées en Normandie. La campagne durera « tout l’automne ». « Nous inviterons les consommateurs présents à mener l’enquête à nos côtés », lancent la FNSEA et les JA, qui veulent « une obligation d’étiquetage du pays d’origine de tous les produits que nous achetons » aux niveaux français comme européen.