L’eurodéputée Irène Tolleret, du groupe Renaissance, le pendant au Parlement européen du groupe LREM à l’Assemblée nationale, alerte sur la « violence » des sanctions américaines à l’encontre de produits alimentaires comme les vins. Elle travaille à l’élaboration d’une résolution du Parlement européen, pour des mesures « rapides et exceptionnelles » pour les secteurs frappés.
Les sanctions américaines « sont d’une rare violence », a déclaré Irène Tolleret, nouvelle députée européenne, du groupe Renaissance (aussi appelé « Renew Europe », dont fait partie LREM), lors d’une rencontre organisée par l’Afja (association des journalistes agricoles). Vigneronne, elle est membre suppléante de la commission agriculture du Parlement européen (Comagri) et de l’intergroupe « Vin, spiritueux et produits de qualité » au sein du Parlement. Elle a fait état de l’étendue des dégâts occasionnés par ces sanctions, sur les exploitations viticoles, sur les territoires qui sont fortement liés à l’économie viticole, et sur tous les acquis de la promotion réalisés depuis plus de 20 ans grâce aux fonds européens.
« La surtaxe de 25 % a mis un coup de frein d’une violence rare » à toute la dynamique de progression des exportations de vins tranquilles français aux États-Unis, a-t-elle expliqué. Cette sanction a particulièrement frappé les producteurs de beaujolais nouveau, qui est un produit qui ne peut se stocker longtemps. « Leurs containers étaient sur la mer près des côtes américaines, les prix de vente étaient fixés, la répartition de la marge était définie, et brusquement tous les importateurs américains ont essayé d’obtenir une remise de 25 %. »
Risque de déréférencement sur le marché américain
« Vous avez à peine expédié votre production que vous apprenez que votre marge a disparu », s’est-elle indignée. Dans certains cas, la solution est de partager la remise : « Le producteur concède 10 % sur son prix, l’importateur de 10 % et le détaillant de 5 %. Ce genre d’options permet de tenir peu de temps. »
En dehors de ce palliatif, faute d’un accord entre le producteur et l’importateur, le risque est le déréférencement : la période actuelle est le moment où les importateurs référencent leurs vins et fixent les tarifs pour l’année suivante. Cela signifie que les producteurs de vins de Provence, par exemple, qui voudront trouver d’autres destinations que les États-Unis devront le faire « vite, vite, vite ».
Or, le système de soutiens européens à la promotion des vins sur les pays tiers ne donne pas la possibilité aux opérateurs de rediriger leurs programmes de ventes vers d’autres pays que ceux qu’ils ont prévus au départ. Pire : si les soutiens qu’ils ont reçus ne sont pas utilisés, ils payent des pénalités.
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Renew Europe demande un plan d’accompagnement
Outre cette fragilisation des exploitations viticoles et des metteurs en marché, c’est l’investissement de millions d’euros depuis 1997 dans des réseaux commerciaux avec le soutien de la Pac au titre de la promotion qui risque d’être compromis, a dénoncé l’eurodéputée.
« La délégation française du groupe Renew Europe au Parlement européen exprime sa plus vive préoccupation », a écrit le groupe politique à Phil Hogan, commissaire européen à l’agriculture, le 23 octobre. Renew Europe lui a demandé « de bien vouloir mettre en place un plan d’accompagnement pour les secteurs concernés » (les vins tranquilles français, mais aussi les fromages italiens, le whisky écossais et les olives espagnoles).
Le groupe estime aussi « indispensable » que la Commission apporte plus de flexibilité aux campagnes de promotion dans les pays tiers, afin de pouvoir réorienter les fonds européens des États-Unis vers d’autres marchés. Renew Europe est en train de préparer une résolution avec les autres groupes politiques pour demander la mobilisation d’outils exceptionnels et plus de flexibilité. Cette résolution libellée « mesures destinées à remédier aux conséquences pour l’agriculture européenne de la décision de l’OMC concernant Airbus », devrait être votée le 26 ou le 28 novembre.
« Vous avez à peine expédié votre production que vous apprenez que votre marge a disparu »