Face à la concurrence mondiale, le secteur agroalimentaire européen tente de réagir. C’est ce que montrent les dernières statistiques publiées par la Confédération des industries agroalimentaires de l’Union européenne : l’emploi salarié dans le secteur a reculé de presque 5 % en 2004 par rapport à 2003 et dans le même temps, le chiffre d’affaires n’a progressé que de 2 %. Ces données « traduisent une stagnation claire du secteur étant donné le niveau de l’inflation et que ce chiffre de 2 % est calculé en valeur et à prix constants », précise une spécialiste. Parallèlement, le solde commercial européen a continué de s’effriter. Mais cette tendance lourde depuis plusieurs années pourrait s’inverser en 2005, selon les statistiques des six premiers mois de l’an passé.
A l’Est comme à l’Ouest, l’heure est à la restructuration dans l’industrie agroalimentaire. A l’exception de la Lettonie, de l’Irlande et du Danemark, tous les pays européens affichent une évolution négative de l’emploi salarié dans le secteur agroalimentaire. Contrairement à l’idée donnée par les délocalisations, le rythme est plus marqué dans les nouveaux pays membres, qui tentent de rattraper leur retard de compétitivité, que dans les anciens. La baisse des effectifs y est presque toujours supérieure ou égale à la moyenne européenne de 4,9 % de chute : la Hongrie affiche –7,8 %, la Slovaquie –9,1 % et la Slovénie –4,2 %.
La République tchèque et la Lettonie tirent leur épingle du jeu. La première s’en tient à une réduction de 1 % des effectifs. Mais l’écart de compétitivité de son secteur reste assez loin des standards de l’Europe à quinze. Avec des effectifs comparables à ceux des Pays-Bas, le chiffre d’affaires de l’agroalimentaire en République tchèque est d’un peu plus de 8 milliards d’euros. Il se situe aux alentours de 40 milliards aux Pays-Bas.
Faiblesses pour l’avenir
Avec l’élargissement, le chiffre d’affaires global du secteur a atteint 815 milliards d’euros. Les exportations sont à 45 milliards en 2004. La puissance de l’agroalimentaire européen reste inégalée dans le monde : l’UE est la première exportatrice de produits alimentaires avec une part de marché de 10,2% devant les Etats-Unis (9,5%) et le Brésil (4,3%). Elle est aussi sur le haut du podium pour les importations avec 10,7% des importations mondiales devant les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Mais cette position plus qu’enviable pourrait être remise en cause, s’inquiète la CIAA. Commentant ces statistiques, Jean Martin, le président de l’association, souligne que « le secteur souffre d’un certain nombre de faiblesses qui doivent être battues en brèche : des dépenses de recherche et développement trop modestes, un niveau de valeur ajoutée trop faible, et une participation à l’expansion du marché mondial des aliments insuffisante».
Cap sur l’Asie et le Commonwealth
De fait, la participation de l’Union européenne à la croissance des marchés agroalimentaires mondiaux est en recul. Elle vient maintenant en quatrième position parmi les principaux bénéficiaires de cette croissance, derrière l’Asie et les Amériques.
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Son solde commercial est en décrue depuis plusieurs années. Il est passé de 5,8 milliards d’euros en 2003 à 4 milliards en 2004. Une baisse de 24%, souligne la CIAA. Les exportations sont reparties à la hausse (+3,8%), mais les importations, après un léger tassement en 2003, ont rebondi de plus belle avec un gain de 8,2% en 2004.
Cette tendance lourde pourrait s’infléchir en 2005, si l’on s’en tient aux premiers chiffres de l’année 2005. Au cours des six premiers mois de l’année dernière, les importations ont reculé de 0,7% par rapport à la même période de 2004 et les exportations ont progressé de 2 %. Par produits, le recul des vins européens sur les marchés mondiaux est confirmé par les statistiques : -7 % durant les premiers mois de 2005. Dans la catégorie liquides, cette évolution est compensée par une hausse des spiritueux de 7,2 % à 2,46 milliards d’euros et de la catégorie soft drinks et eaux minérales en progression de 11,6 %.
Quant aux destinations, les pays d’Asie et du Commonwealth sont confirmés dans leur statut de véritables relais de croissance pour l’export. Ils affichent respectivement 6 % et 11,9 % de gain début 2005. Il en est de même pour les pays méditerranéens et les pays de l’EFTA (Islande, Norvège, Suisse et Liechtenstein).
0,24% de dépenses R&D
Par ailleurs, si l’industrie européenne fait de l’innovation son cheval de bataille en matière de lobbying, les entreprises de l’UE restent à la traîne en matière d’investissement dans la recherche et le développement par rapport à leurs homologues dans le monde. Le Japon caracole en tête : la R&D y représente près de 0,8 % des dépenses des entreprises contre seulement 0,24 % pour les Européens. Ce chiffre est d’autant plus inquiétant qu’il est en stagnation depuis 1995 et que la moyenne mondiale se situe aux alentours de 0,35 % selon les calculs de la CIAA. Les disparités ont sein de l’UE sont considérables. Alors que des pays comme la Finlande ou les Pays-Bas côtoient les niveaux atteints par certaines firmes japonaises, aux environs de 0,5 % des dépenses, l’intensité des dépenses de R&D est quasi nulle dans d’autres comme en République tchèque à 0,02 % !