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Betteraves-sucre L’Europe betteravière unanime contre la suppression des quotas dès 2015

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C’est une belle unanimité des betteraviers européens qui s’est exprimée à Reims le 13 juin pour le maintien du règlement betterave-sucre jusqu’en 2020 et non 2015 comme le prévoit la réforme de la Politique agricole commune. Argument principal de la Confédération des betteraviers européens (CIBE) qui tenait son congrès les 12 et 13 juin : il faut plus de temps pour pouvoir être à armes égales sur le marché mondial avec des ténors tels que le Brésil.

Trop tôt... 2015 c’est trop tôt. S’ils ne refusent pas le principe de l’affrontement avec la concurrence internationale, les betteraviers européens – ils étaient réunis en congrès les 12 et 13 juin à Reims – estiment que 2015 c’est trop tôt pour remettre en cause le règlement sucre actuel, ses quotas et son encadrement des relations interprofessionnelles. C’est pourtant ce que prévoit la réforme de la Politique agricole commune (Pac) telle qu’elle est envisagée aujourd’hui. C’est plutôt en 2020 que cette réforme devrait avoir lieu, estiment les betteraviers, avec toutefois un rapport d’évaluation en 2018. Une position renforcée par celle des fabricants de sucre qui sont sur la même ligne, comme l’avait montré leur propre congrès la semaine précédente. Eric Lainé, le président de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) ne manquait pas de souligner l’absurdité des positions successives de l’UE, dans son objectif de remise en cause des quotas. « La Commission a toujours voulu anticiper les négociations à l’OMC, c’est-à-dire proposer des réformes avant que celles-ci ne soient rendues impératives par les accords à l’OMC », expliquait-il. D’où notamment la réforme de 2006, « qui a retenti comme un coup de tonnerre ». Or, en fait d’accord à l’OMC, il n’y en a toujours pas et bon nombre d’observateurs estiment qu’il n’y en aura jamais. Mais la réforme sucrière, elle, a bien eu lieu. Et elle a entraîné 83 fermetures de sucreries.

« La crise d’autisme » du commissaire au commerce international

Les betteraviers ont reçu le renfort du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll qui, par vidéo, les a assurés qu’il défendrait le principe du report de la réforme à 2020. Le député européen Michel Dantin, rapporteur sur la réforme de la Pac s’est dit sur cette ligne, stigmatisant le commissaire européen au commerce international Karel De Gucht, lui reprochant d’être « atteint d’une sérieuse crise d’autisme. Le Parlement va vouloir lui infliger une correction ». « Il y en a assez de cette Europe vertueuse, ouverte sur le monde, qui concède tout à tout le monde on ne sait pas toujours pourquoi », lançait Michel Dantin. Cependant, Michel Dantin insistait aussi sur le fait qu’il faut d’ores et déjà réfléchir à ce que devrait être l’après-règlement sucre.
Joseph Daul, également député européen, ancien responsable agricole, était venu lui aussi soutenir les betteraviers pour faire reporter la fin des quotas. Un député qui s’inquiétait des conséquences des phénomènes financiers actuels sur le budget de l’Europe et donc de la politique agricole commune.

Les grands producteurs régulent

La proposition de démantèlement du règlement sucre étonne d’autant plus les Européens qu’ils voient, dans les grands pays producteurs, le phénomène inverse. Directeur adjoint de la CGB, Roland Cuni a montré que deux grands pays producteurs, les États-Unis et la Thaïlande maintiennent et même renforcent leur politique sucrière. Aux États-Unis, explique-t-il, « un système d’allocation des quotas et de gestion des importations assure en permanence l’équilibre entre l’offre et la demande de sucre sur le territoire. » Face à la menace que constituait l’importation de sucre mexicain, les États-Unis, dans leur Farm Bill de 2008 ont renforcé les mesures de régulation du marché.
En Thaïlande, c’est également un régime de quota qui permet aux producteurs locaux d’être bien rémunérés avec ce qui revient en fait à un double prix permettant d’exporter sur le marché mondial à des tarifs très compétitifs, compensés par des prix intérieurs élevés.

17 millions de tonnes à saisir

Pour autant, les betteraviers et sucriers européens ne rechignent pas devant les perspectives du marché mondial. D’autant que, la demande augmentant très régulièrement, le monde risque de se trouver durablement à court de sucre. Selon Leonardo Bichara Rocha, économiste à l’Institut international du sucre (Iso), ce sont pas moins de 17,5 millions de tonnes, à l’horizon 2020, qu’il faudra trouver si on ne veut pas que les marchés soient déséquilibrés, livrés à la flambée des prix. Ni l’Inde ni le Brésil, les deux plus gros producteurs mondiaux, ne pourront subvenir aux besoins. L’Europe a sa carte à jouer, estime l’expert de l’Iso. Mais encore faut-il qu’elle ait des coûts de production compétitifs. Ceux du Brésil, notamment dopés par la baisse du réal, restent encore nettement inférieurs. C’est pour cela que le régime sucre doit perdurer jusqu’en 2020, assurent les betteraviers.

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