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Commerce international L’Europe chiffre ses concessions à l’OMC

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La confusion s’installe dans les négociations de Doha, à l’OMC, à cinq semaines de la ministérielle de Hong Kong. L’Europe tente de défendre son offre auprès de ses partenaires. Sans grand succès pour le moment. Elle prend doucement l’allure d’un pétard mouillé. Pourtant, les services bruxellois ont chiffré leurs concessions. Ils assurent qu’elles provoqueraient une ouverture des marchés agricoles européens et une baisse des prix intérieurs. Ils seraient même à la limite de leur mandat de négociations pour le secteur de la viande et des produits laitiers, reconnaissent-ils.

Dans la négociation qui oppose les 148 pays membres de l’OMC, l’Union européenne apparaît désormais clairement dans le rôle du pays riche responsable du blocage, du fait de son refus de nouvelles concessions face aux pays émergents comme le Brésil ou l’Inde. A moins d’un mois de la rencontre cruciale prévue à Hong Kong, du 13 au 18 décembre, toute chance d’un accord ambitieux semble compromise.

Les négociateurs de l’Europe se débattent pour apporter la preuve qu’ils n’ont pas fait une offre vide de concessions à leurs partenaires à l’OMC tout en donnant des gages aux membres de l’Union sur le respect du mandat de négociation qui leur a été confié par les ministres. Dans une étude d’impact assez confuse présentée aux experts nationaux à Genève, le 10 novembre, les services de la Commission tentent de démontrer qu’ils sont bien restés à l’intérieur du mandat que leur ont confié les Etats membres. Selon une source communautaire, seul un pays, la France, émettrait encore des doutes sur la conformité de l’offre européenne avec le mandat.

Chute des prix de 10%

Avec la dernière proposition de réduction des droits de douane, la direction générale de l’Agriculture (DG Agri) reconnaît être parvenue aux limites du mandat dans le secteur de la viande. La commissaire à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel aurait aussi reconnu, devant des représentants de l’industrie, ne plus avoir de marges pour de nouvelles concessions dans l’accès au marché européen pour les produits laitiers.

Pour la viande de bœuf, les coupes tarifaires provoqueraient une augmentation des importations de 0,5 à 1,3 million de tonnes, estime Bruxelles. Cela provoquerait une chute des prix de l’ordre de 10 % à l’horizon 2014. Cette date est pressentie pour être l’échéance de mise en œuvre d’un éventuel accord.

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Pour le secteur de la volaille, la DG Agri estime aux environs d’un quart la chute probable des cours. Elle pourrait être compensée par un accroissement de 10% des volumes de production. Mais tout autre compensation en termes d’accès au marché pourrait provoquer un accroissement rapide des importations des pays tiers. Dans le secteur du porc une réduction limitée des prix, de la production et des exportations est attendue. Quant au secteur laitier, les experts européens tablent sur une réduction des prix du beurre et des fromages de l’ordre de 5 à 10%. Le secteur devrait faire face non seulement à une augmentation des importations de 5 à 10 000 tonnes mais surtout à la suppression des restitutions à l’exportation. Celle-ci pourrait entraîner une chute des exportations de 20 à 25 % pour certains fromages et signer la fin des exportations de beurre.

« 39% de baisse et non 46% »

Malgré ces éléments qui montrent le niveau des adaptations nécessaires en cas d’accord à ce niveau de concessions, les partenaires de l’Europe continuent de dénoncer son manque d’ambition. Le ministre brésilien des Affaires étrangères estime même que « l’UE a des exigences extraordinaires et cela nous mène au blocage (…) Ce que nous propose l’Europe correspond en fait à une baisse de 39 % en moyenne de ses tarifs sur les importations de produits agricoles et non pas de 46 % comme elle le prétend». Il ajoute que « la clef des négociations est dans la main des Européens » et s’indigne que Bruxelles n’ait pas réagi à sa proposition de réduire de 50 % ses tarifs sur les produits industriels.

Cette argumentation est aussi développée par l’Asie et le Pacifique qui demandent explicitement à l’Europe de revenir à la table des négociations avec une nouvelle offre. Lors d’une intervention à Strasbourg, le 15 novembre, Peter Mandelson, le commissaire au Commerce, leur a opposé une fin de non-recevoir. Il estime qu’il « n’est pas utile pour les discussions de faire une nouvelle offre sur l’agriculture parce que cela déséquilibrerait davantage les négociations ».

« Position défensive »

Une attitude soutenue par Jose Manuel Barroso, le président de la Commission de Bruxelles. « L’Union européenne n’acceptera pas de leçon d’ouverture des marchés de la part de pays qui sont moins ouverts que nous, alors que nous avons un des marchés les plus ouverts du monde », s’enflamme-t-il, promettant que l’UE n’acceptera pas « d’être mise en position défensive dans ces négociations commerciales »… N’est-il pas déjà trop tard ?