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Alimentation L’Europe doit choisir entre sa vocation nourricière ou le repli

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« L’Union européenne (UE) a perfectionné ses institutions depuis trente ans, plutôt que de s’occuper des pays émergents dont l’objectif est de croître économiquement », a déclaré Hubert Védrine, ancien ministre et diplomate français, lors d’une conférence organisée par Passion céréales et les Echos, le 22 février à Paris au siège de l’OCDE. Il a ainsi expliqué que pendant que l’Europe « regardait son nombril », la coopération et les échanges Sud/Sud se développaient. De leur côté, les Etats-Unis ont mieux profité de la croissance des pays « émergés ». L’ancien ministre pose ainsi le problème : « Soit l’Europe devient une sorte de Suisse, centrée sur son bien-être et regardant l’extérieur avec stupeur, soit le continent assume son rôle dans l’équilibre alimentaire et économique mondial ».

«Les Etats-Unis ont vu leurs exportations de soja vers la Chine progresser de 1 300% en dix ans », a indiqué Hubert Védrine, ancien ministre et diplomate français, lors d’une conférence organisée par Passion céréales et les Echos, le 22 février à Paris au siège de l’OCDE. Il évoquait ainsi la différence de trajectoire prise par les Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe en ce qui concerne les opportunités de marché dans les pays émergents. D’ailleurs, Hubert Védrine parle de pays « émergés » et non plus émergents en ce qui concerne les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud).

Des surplus principalement situés dans les pays du Nord

S’appuyant sur une étude de la FAO, Jean-Pierre Langlois-Berthelot, président de France Export céréales, a montré que les surplus agricoles se trouveront principalement aux Etats-Unis, dans l’Union européenne, ainsi que dans des pays comme la Russie, l’Ukraine ou le Kazakhstan d’ici 2050. Ces pays bénéficient d’une démographie stagnante ou baissière ainsi que d’un climat relativement stable constituant des atouts pour la production de céréales destinées à l’exportation. En revanche, nombre de pays du sud verront leur déficit alimentaire se creuser durant cette période. La zone la plus stable pour la production de céréales reste l’UE. Selon la FAO, les fluctuations annuelles moyennes pour la production de blé sont de 35% en Europe, de 56% aux Etats-Unis, 79% au Canada, 94% en Argentine et montent jusqu’à 108% en ce qui concerne les pays de la mer Noire et 158% en Australie. Cette stabilité est un atout pour l’Europe, avec un taux tombant à 30% pour la France, et pourrait lui permettre de jouer un rôle important dans la lutte contre la volatilité des cours, a souligné Jean-Pierre Langlois-Berthelot. Mais, selon lui, « l’ambiance politique européenne rend la prise de risque difficile et met en avant le repli sur soi, ce qui n’est pas sans influence sur la capacité du continent à innover », et donc à faire progresser sa productivité.

La production alimentaire doit progresser de 3% par an d’ici 2030

« La production alimentaire mondiale doit augmenter de 3% par an pour répondre à la demande d’ici à 2030 », indique un rapport intitulé L’agriculture dans les marchés en croissance réalisé par l’Economist Intelligence Unit et parrainé par Passion céréales. Ce rapport souligne que la productivité agricole n’augmente que de 2% par an au niveau mondial, pour le moment. « Dans l’UE, la productivité a stagné depuis vingt ans alors qu’elle a explosé en Asie et progressé en Amérique du Nord grâce aux nouvelles technologies et à un marché tourné vers l’exportation », a déclaré Jean-Pierre Langlois-Berthelot. Pour Ahmed Ouayach, président de la fédération interprofessionnelle des activités céréalières marocaines, « la signature de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc, le 16 février, permet une impulsion pour le plan “Maroc vert” tourné vers l’exportation ». Cette politique agricole marocaine, lancée en 2008, vise notamment à favoriser l’agrégation des filières et la création d’interprofessions agricoles au Maroc. Mais Ahmed Ouayach a aussi insisté sur le fait que ces accords renforçaient la coopération de son pays avec l’UE. Celles-ci est selon lui nécessaire afin d’alimenter un marché alimentaire marocain toujours déficitaire, mais aussi pour favoriser les transferts de technologies de l’UE vers le Maroc. « Le Maroc importe 60% de son sucre et 75% de ses huiles alimentaires d’UE », a rappelé Ahmed Ouayach, insistant sur la nécessité pour le Maroc de voir croître le niveau de productivité des exploitations agricoles européennes.

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