La production espagnole de légumes a chuté de 30 %, selon les estimations de la Fédération des exportateurs espagnols. Les prix de nombreux légumes flambent en Europe.
Les inhabituelles intempéries hivernales dans le sud-est de l’Espagne, potager de l’Europe, ont fait chuter la production, perturbant l’approvisionnement du reste du continent. Des pluies diluviennes fin décembre, puis une vague de froid accompagnée de chutes de neige en janvier, ont frappé de plein fouet ces régions, qui exportent les trois-quarts de leurs productions vers le reste de l’Europe. Résultat : la production espagnole a chuté de 30 % tout comme le volume des exportations, selon les estimations de la Fédération des exportateurs Fepex. Le premier syndicat agricole espagnol, Coag, chiffre à 50 % la baisse dans les régions les plus touchées. Les salades, iceberg, romaines ou scaroles, déjà fragilisées par une sécheresse à l’automne, sont très touchées. Certains cultivateurs de laitue « ont perdu l’intégralité de leur production », explique Andres Gongora, responsable pour l’Almérie du Coag. La production d’artichauts est en baisse d’un quart. Sous les serres de la région, la perte n’est que de 10 % mais la croissance des végétaux survivants a fortement ralenti. L’Espagne est toute l’année le premier fournisseur de fruits et de légumes de l’Union européenne, apportant 30 % de l’approvisionnement. Mais en hiver, cette proportion grimpe à 50 %, selon Fepex. L’Espagne fournit même 80 % des laitues d’Europe en cette saison, le reste provenant principalement d’Italie.
Manques de salades, de brocolis…
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Les prix des légumes se sont mis à flamber en Europe : le double pour les salades en Allemagne, le triple en Finlande. Le prix des courgettes a été multiplié par 4 à 5 en France mi-janvier. Le groupe français Bonduelle, qui vend en sachet des salades cultivées près de Murcie, reconnaît « un souci d’approvisionnement ». Au Royaume-Uni, l’un des deux premiers clients de l’Espagne avec la France, les conséquences se font sentir sur les étals des supermarchés. Deux des principales chaînes de supermarché, dont le n°1 Tesco, ont décidé de rationner laitues et brocolis, les limitant à deux ou trois par client. Certains clients crient leur désespoir sur les réseaux sociaux, avec des mots-clés comme #lettucecrisis ("crise de la laitue"). Le tabloïd The Sun n’hésite pas à accuser les agriculteurs espagnols de stocker les salades pour faire grimper les prix.
L’impact des déboires espagnols est d’autant plus fort qu’ils s’ajoutent à ceux d’autres pays producteurs touchés par le froid. En Italie en particulier, des milliers de fermes ont perdu leur production de légumes hivernaux peu avant la récolte, frappées par des chutes de neige historiques. Le principal syndicat agricole italien estime la perte à 400 millions d’euros. Vu son énorme potentiel de production, l’Espagne est pourtant la zone en Europe « qui s’en sort le mieux. Elle se voit donc soumise à une très forte pression, en partie de la part de ses clients habituels, mais aussi d’autres clients » qui achètent habituellement ailleurs, explique Fernando Gomez, directeur général de Proexport, qui regroupe les agriculteurs de Murcie. Le ministère espagnol de l’Agriculture a prédit que la production se rétablirait dans les prochaines semaines. Les professionnels tablent sur fin février-début mars. Pour les salades cultivées à l’air libre, il faudra attendre un mois de plus.