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Obésité L’Europe et l’industrie agroalimentaire appelées à agir

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A l’initiative de la députée européenne, Frédérique Ries (ALDE, Belgique) un colloque d’experts sur la lutte contre l’obésité, organisé le 18 octobre à Bruxelles, a lancé un appel à l’action à destination des gouvernements européens pour reconnaître l’obésité comme une maladie chronique et pour lutter contre la stigmatisation des personnes obèses. Plusieurs mesures ont été préconisées et soutenues par le panel d’experts, des mesures qui figuraient dans le rapport de Frédérique Ries adopté par le Parlement européen en février 2007 : encourager l’activité physique ; « brider » un marketing publicitaire parfois trop agressif, en particulier celui à destination des enfants ; réorienter la Politique Agricole Commune européenne en faveur d’une promotion de la consommation des fruits et légumes.

S’adressant à un parterre de députés européens, de responsables européens, de nutritionnistes et de représentants de la société civile, Frédérique Ries a déclaré : « Au lendemain de la journée mondiale d’éradication de la pauvreté, il est important de rappeler le lien avéré entre obésité et pauvreté. En effet, faute de moyens financiers, nombreux sont les foyers européens qui n’ont plus accès à des produits alimentaires à forte teneur nutritionnelle comme le lait de qualité, ou les fruits et légumes. C’est pourquoi une des contributions de l’UE à la lutte contre l’obésité passe par une réforme en profondeur de la Pac qui doit dorénavant favoriser la consommation de fruits et légumes à des prix accessibles pour tous. »

Markos Kyprianou : « Non pas interdire mais informer »

Présent à la rencontre, le commissaire européen à la santé des consommateurs et à la sécurité alimentaire, Markos Kyprianou, a qualifié l’obésité non seulement comme une maladie chronique évolutive, mais aussi comme « une des principales menaces sanitaires du XXI e siècle » . Il a indiqué que l’industrie « a un grand rôle à jouer dans la reformulation des produits alimentaires contenant du sel, du sucre ou des matières grasses ». C’est une procédure qui doit être, selon lui, « graduelle et qui doit encourager la transposition des bons exemples entre Etats membres. Il faut éviter tout excès dans la consommation car il ne s’agit pas d’interdire mais d’informer et d’éduquer le consommateur par un régime alimentaire équilibré et sain ». L’accent doit être surtout mis sur l’activité physique, un secteur, qui, d’après le commissaire, a tendance à être négligé de plus en plus. « Le niveau de l’activité physique au sein de l’UE est décevant et inquiétant. Il est de la responsabilité des Etats membres d’investir dans ce domaine non pas en créant des athlètes mais en présentant le sport comme une activité attirante ».

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« De mauvais régimes alimentaires »

Répondant aux commentaires du commissaire, le président de la CIAA, Jean Martin, a indiqué : « Je suis fier de ce qui a été réalisé par l’industrie agro-alimentaire mais je reste humble devant ce qui reste à faire contre l’obésité, un qui problème que je considère assez grave ». Soulignant « qu’il n’y a pas de mauvaise nourriture mais qu’il y a bien de mauvais régimes alimentaires », Jean Martin a affirmé que l’obésité ne s’explique pas par un seul facteur mais par de multiples facteurs. « L’industrie souhaite participer aux solutions d’une manière constructive car le problème ne se résoudra pas de lui-même surtout quand la situation commerciale commence à s’aggraver ». Citant l’exemple du programme français Epode (2), « un exemple parfait de lutte contre l’obésité », Jean Martin a souhaité que ce bon exemple soit recopié dans l’ensemble des autres Etats membres. Rappelant les engagements que l’industrie a pris en novembre 2005 lors de la création de la Plate-forme d’action européenne en matière d’alimentation, d’activité physique et de santé, il estime qu’aujourd’hui c’est le moment de passer aux actes. « Si les engagements sont volontaires, il reste essentiel », selon lui, de surveiller les résultats et de les rapporter aux législateurs sinon on sera obligé de légiférer. Le patron de la CIAA a par ailleurs rappelé les efforts de l’industrie en ce qui concerne l’information des consommateurs en soulignant qu’en juin 2006, l’industrie a proposé de procéder à un étiquetage nutritionnel volontaire et qu’elle attend d’atteindre « une masse critique pour examiner les progrès réalisés ». En décembre 2007 quelque 1 000 marques représentant quelque 8 000 articles auront suivi ce régime d’étiquetage volontaire, a-t-il précisé. D’ici à janvier 2008, quelque 80% des produits alimentaires mentionneront ce type d’étiquetage.