Abonné

Perspectives L’Europe laitière mise sur la qualité pour s’imposer sur le marché mondial

- - 4 min

La demande de produits laitiers explose dans les pays asiatiques et en Afrique, mais l’Europe doit faire face à la concurrence féroce de la Nouvelle-Zélande. Pour s’imposer sur ces marchés disputés, la filière laitière française impose ses produits à forte valeur ajoutée et la notoriété de ses marques.

« L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont des laiteries bien implantées en Asie. L’Europe, elle, est à la traine ». Pour Michel Nalet, porte-parole du groupe Lactalis, leader mondial des produits laitiers, c’est sur cette implantation que la filière française « doit travailler ». Tandis que les marchés européens sont déjà arrivés à maturité depuis plusieurs années, la croissance asiatique a tout pour catalyser le développement l’industrie laitière. La croissance démographique y est forte, mais c’est surtout la métamorphose des habitudes alimentaires impulsées par la hausse du niveau de vie qui offre de belles perspectives à ce secteur. Selon l’OCDE, la classe moyenne devrait compter 3 milliards d’individus supplémentaires d’ici 2030, recrutés à 85% en Asie. La Chine représente à elle seule 21% de l’accroissement de la richesse mondiale depuis 2005, selon la Banque Mondiale. Mais pour profiter de ce marché, les opérateurs européens doivent faire face à une concurrence féroce de l’Océanie. Partenaire commerciale historique de l’Asie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande profitent de leur positionnement géographique pour inonder ce marché de leur production laitière : la Nouvelle-Zélande est ainsi le premier exportateur mondial.

Conquérir l’Asie par la valeur ajoutée

Malgré cette suprématie néo-zélandaise, l’Europe a des opportunités à saisir. « Il y a encore 5 ans on se flagellait en se disant qu’on ne pourrait jamais exporter sur le marché mondial. Finalement, la demande est plus importante que prévu, l’Australie fait face à une sécheresse et le Brésil est concurrencé par des cultures plus rentables », analyse Benoît Rouyer, économiste du Cniel (interprofession laitière). Et puis « le gâteau est tellement gros que la Nouvelle-Zélande ne pourra pas tout avaler à elle toute seule », assure-t-il. Les industriels européens s’engouffrent d’ailleurs sur les segments qui font défaut à la Nouvelle-Zélande : les produits à haute valeur ajoutée. « On est sur des produits finis et industriels de qualité », indique Michel Nalet. Plus précisément, les transformateurs européens se positionnent sur le lait infantil, la poudre de lait écrémé, le lactosérum et le fromage, tandis que la Nouvelle-Zélande se concentre sur la matière grasse. Une orientation qui semble fonctionner : « Le partenariat entre Synutra et Sodiaal pour construire une tour de séchage à Carhaix montre bien que la Chine croit à la pérennité de la filière française », souligne Bernard Rouyer. L’industriel chinois a investi 90 millions d’euros pour mettre à bien ce projet.

L’Afrique pour pérenniser le marché

Et l’essor de l’Asie n’est pas le seul potentiel de développement qui séduit la transformation française et européenne. L’Afrique est également un débouché privilégié par les industriels. « Il y a des potentiels de développement démographique et de pouvoir d’achat intéressant en Angola ou au Nigeria » évoque par exemple Michel Nalet, avant de préciser que Lactalis est déjà « très bien implanté dans la Corne de l’Afrique ». Et le laitier n’est qu’un parmi beaucoup d’autres. « Tous les grands groupes français se développent en Afrique : Bel, Bongrain, Danone… », énumère Bernard Rouyer, sans oublier les coopératives européennes Arla Foods et Friesland Campina. En 2012, Danone a ainsi pris le contrôle du leader des produits laitiers au Maroc, la Centrale laitière. Un investissement de plus de 550 millions d’euros. Les fromageries Bel, elles, ont construit 3 usines en Afrique afin d’aborder le marché avec des fabrications locales. Encore une fois, ce sont plutôt les produits à forte valeur ajoutée qui sont exportés ou fabriqués en Afrique, notamment des fromages. 40% des ventes de Vache qui rit dans le monde se font sur le continent africain. Forte de son implantation en Afrique et de ses exports vers l’Asie, la filière laitière française a dégagé un excédent commercial de 4 milliards d’euros en 2012, un chiffre qui ne pourra que progresser à en croire les analystes et industriels de la filière.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.