Allemagne, Italie, Espagne… nos grands voisins européens producteurs de lait ont, eux aussi, les yeux braqués vers la négociation française sur le prix à la production. Soit pour s’en servir comme modèle, soit pour espérer voir les prix remonter chez eux.
Ces dernières semaines, L’Allemagne, l’Espagne et l’Italie ont connu des manifestations d’éleveurs d’ampleur inédite. Ceux-ci aimeraient bien mettre en place un système de fixation de prix à la française. « Les producteurs allemands regardent attentivement ce qui se passe en France », explique-t-on à l’ambassade de France à Berlin. Même constatation à Rome et Madrid. Pour deux raisons. D’une part, les négociations s’y font plutôt entre chaque entreprise et ses producteurs. Il n’y a pas de processus interprofessionnel. D’où un rapport de force défavorable à l’éleveur et une grande diversité de situations. D’autre part, les éleveurs subissent une déflation du prix du lait à la production. Ils comptent sur la France pour enclencher un mouvement de hausse ou tout au moins enrayer la baisse. Ainsi en Allemagne, les prix peuvent varier, actuellement, entre 190 euros et 240 euros pour 1 000 litres, selon la région (Land). Un prix, jamais atteint jusqu’à présent, qui a fortement chuté depuis quelques mois. Naguère supérieurs aux prix pratiqués en France, ils sont aujourd’hui, en moyenne, inférieurs de 30 euros environ.
Contrats longue durée
Une grève des livraisons allemandes avait semblé réussir pour faire grimper les prix payés aux producteurs. Mais les engagements des industriels à pratiquer des prix raisonnables n’avaient finalement pas été tenus. Les éleveurs sont mal armés pour réagir. Leurs contrats de livraison avec une laiterie sont de très longue durée et ils ne peuvent facilement changer de laiterie. Les länder ont tenté de compenser cette situation en mettant en place des plans de développement rural, financé pour partie sur fonds européens (relèvement des ICHN, augmentation des aides aux investissements, prime au pâturage en été augmentée, etc.). Mais cela ne suffit pas : les éleveurs allemands regardent vers la France en espérant que les prix arrêteront de chuter.
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C’est également le cas des Italiens. Récemment, une assemblée générale de producteurs de lait planchait sur la manière dont les Français fixaient le prix du lait. L’objectif est, là aussi, d’organiser le marché, de mieux contrôler les prix tout en les augmentant. Car les Italiens, qui manquent structurellement de lait (30 % des besoins environ), sont obligés d’en importer et souvent à des prix plus faibles que les tarifs accordés aux éleveurs locaux.
Haro sur les grandes surfaces qui importent
L’importation de lait est également le grand ennemi des producteurs espagnols. Le prix du litre de lait au producteur outre-Pyrénées a baissé de 37 % entre janvier 2008 et avril 2009. Il se situe sous la barre psychologique des 50 anciennes pesetas, soit 229,60 euros/1 000 litres, moins que les coûts de production estimés à 377 euros. « Les décisions prises par le conseil des ministres de l’UE poussent les éleveurs vers plus de pertes alors que les marges bénéficiaires de l’industrie et de la distribution augmentent », accuse, à Madrid, José Ramon Arronte, président de Prolec, la fédération des producteurs. Outre Pyrénées, le prix du lait dépend depuis fin 2008 d’un contrat type fixé soit au travers d’une négociation producteur-industrie, soit en fonction d’un prix de référence hors Espagne. Deux approches que Prolec rejette catégoriquement. Le poids des importations (le pays produit 6,2 millions de tonnes mais en consomme 9 millions) complique encore la situation. « L’industrie en profite pour importer plus de lait français à bas coût en menaçant de nous couper les vivres », affirme José Ramon Arronte. Bien plus que les éleveurs de l’Hexagone avec lesquels Prolec collabore au sein de l’European Milk Board, c’est la grande distribution, voire la grande distribution espagnole d’origine française, qui est dans le collimateur de la fédération. C’est pourquoi celle-ci lance une campagne de défense du lait espagnol dont la traçabilité est l’un des axes principaux. Objectif : éviter que du lait importé mais conditionné en Espagne puisse porter l’étiquette ES, une pratique qui serait aujourd’hui courante. Mais de toute façon, plus les prix français seront bas et plus les Espagnols risquent de subir des importations de lait. C’est pourquoi eux aussi sont attentifs aux négociations dans l’Hexagone.