Après deux années de recul, l’exportation française de vins et spiritueux a retrouvé le chemin de la croissance en 2015, a indiqué la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) le 10 février lors de son rendez-vous sur les résultats de l’année écoulée. Cette performance, liée à la compétitivité de l’euro, a été handicapée par le manque de disponibilités dû aux récoltes insuffisantes en 2012 et 2013 et 2014, a précisé la FEVS.
L’exportation de vins et spiritueux a repris sa tendance à la hausse en 2015. Constatée sur longue période, cette croissance avait été interrompue par le brusque coup de frein de Pékin aux importations de vins haut de gamme et par plusieurs années de petites vendanges. La demande chinoise est repartie, et l’exportation vers les États-Unis a été activée par la compétitivité de l’euro, a commenté Christophe Navarre, président de la FEVS.
Le chiffre d’affaires à l’export, de 11,7 milliards, « niveau historique », est en hausse de 8,7 % par rapport à 2014. Il était nettement inférieur à 10 milliards en 2000 et n’a atteint cette barre qu’en 2006.
L’excédent net des vins et spiritueux a été de 10,4 milliards d’euros, en hausse de 9 %. Il est le deuxième poste excédentaire français, derrière l’aéronautique (22,8 milliards) et devant les parfums et cosmétiques (9,2 milliards), a ajouté le président de la FEVS.
La croissance des exportations en 2015 est imputable à 84 % aux ventes aux États-Unis, à la Chine et à Hong-Kong et à 77 % aux ventes de champagne et cognac.
La croissance freinée par des facteurs structurels
Cette croissance s’est opérée malgré des volumes de vin en recul. En trois ans, l’exportation de vin tranquille a décroché d’1,4 million d’hectolitres, selon la fédération des exportateurs. « Nous avons été handicapés par le manque de disponibilités dû aux récoltes insuffisantes » de ces dernières années, a commenté Christophe Navarre. Les volumes de vin exportés régressent depuis 2000. Alors qu’ils dépassaient 160 millions de caisses (une caisse = 9 litres) cette première année du siècle, ils sont maintenant inférieurs à 140 millions de caisses.
Les Français doivent pouvoir offrir des vins et spiritueux d'entrée de gamme
La FEVS a fait part de sa préoccupation face au caractère conjoncturel de la reprise alors que les facteurs limitants sont structurels : « En 2015, notre croissance est d’abord portée par des facteurs conjoncturels, notamment la baisse de l’euro, mais les parts de marché de nos vins, en volume comme en valeur, ne cessent de s’éroder depuis quinze ans », a souligné Christophe Navarre, qui est aussi p.-d.g. du groupe Moët-Hennessy. En 2000, la part de marché de la France dans les échanges de vin était de 45 %. En 2014 elle est tombée à 30 %. « Pour que les produits français continuent de réussir à l’export, nous devons plus que jamais résoudre notre déficit structurel de disponibilités », a déclaré Christophe Navarre.
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Les vins européens plus taxés que les vins chiliens en Asie du Sud-Est
En outre, il faudrait aussi « accélérer l’ouverture des marchés les plus significatifs ». L’exportation française pâtit d’un handicap par rapport à ses compétiteurs australiens et chiliens. Les vins tranquilles français subissent des droits de douane de 54 % à l’entrée en Thaïlande, là où les vins australiens et chiliens entrent sans droit, de même que les spiritueux. Les spiritueux français restent taxés à 60 %. Les produits chiliens bénéficient d’un accord de libre-échange avec la Corée du Sud depuis sept ans, a complété Nicolas Ozanam, directeur de la FEVS. Un accord de libre-échange est en préparation entre l’UE et la Corée et avec le Japon. L’UE a signé un accord de libre-échange avec le Vietnam récemment, mais il n’est pas encore ratifié, et « on espère que cela ne prendra pas des années », a fait remarquer Nicolas Ozanam.
Nécessité d’une offre d’entrée de gamme en Chine
Enfin, le marché chinois, s’il est sorti de sa fermeture des années 2013-2014, est en train d’évoluer, a témoigné Philippe Casteja, représentant du vin de Bordeaux à la FEVS : « Nous sommes sortis de cette période où le marché était centré sur des produits exceptionnels. La Chine entre dans un marché de consommation, avec une grande distribution qui devient professionnelle ». Cela signifie que l’on pourra y opérer des ventes, « mais qu’il faudra proposer des vins et spiritueux d’entrée de gamme ».
Les Français ont été les premiers exportateurs de vins dans le monde. Sans concurrence au début, ils ont pris l’habitude de proposer des vins positionnés dans le haut de gamme. Ils doivent pouvoir s’adapter à une offre d’entrée de gamme, ont expliqué les dirigeants de la FEVS.