Pour Michel Clavé, directeur de l’agriculture et de l’agroalimentaire au groupe Crédit agricole, les risques liés aux OGM ne sont ni connus ni quantifiables à ce jour. S’exprimant le 22 novembre lors d’un colloque au siège de la Société des agriculteurs de France (SAF), le représentant de la banque verte a regretté l’absence d’un fonds d’indemnisation en France et le manque de volonté politique à mener davantage de tests et d’expérimentations. Hervé Morize, le président de la SAF, estime pour sa part que les OGM sont une piste de croissance pour l’agriculture.
«Je suis effaré ». A l’image de la réaction d’Alain Toppan, directeur de recherche en génétique végétale, la position du Crédit agricole sur le dossier OGM n’a pas laissé indifférents les participants au colloque OGM organisé par la Société des agriculteurs de France et la Société française de droit rural (AFDR). De fait, Michel Clavé, le directeur de l’agriculture et de l’agroalimentaire au groupe Crédit agricole, n’a pas pratiqué la langue de bois face à un auditoire en partie acquis aux biotechnologies agricoles.
Climat d’incertitudes
« Les risques (liés aux OGM, ndlr) ne sont pas connus et pas quantifiables à ce jour », a lancé le représentant de la banque verte en commençant son propos. Dès lors que les sociétés de réassurance excluent les OGM de leur champ d’activité, « le système se bloque », suscitant dans son sillage la frilosité de la fédération française des sociétés d’assurance, a-t-il poursuivi. Par effet de ricochet, le Crédit agricole n’entend donc manifester aucune velléité d’action particulière en matière d’OGM, aucune visibilité sur les éventuels sinistres liés aux cultures OGM n’étant par ailleurs disponible à l’heure actuelle. Sur cette question assurantielle, le fonds d’indemnisation prévu dans le projet de loi sur les OGM adopté en première lecture au Sénat en mars 2006 « était une bonne idée », note Michel Clavé, car il aurait pu permettre d’observer les remontées du terrain. L’abandon du projet de loi a scellé – pour l’instant – son sort. En l’absence de nouvelle initiative, le monde bancaire n’entend pas quitter sa position d’observateur. « Quand il n’y a pas de filet de réasssurance, ça rend frileux », ajoute Michel Clavé qui note également « un manque de volonté de faire des tests et des expérimentations » en matière OGM. Et de conclure : « Le Crédit agricole ne garantit jamais les dommages OGM ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« L’agriculture doit être lisible »
Le climat d’incertitude évoqué n’est qu’un des éléments d’un flou plus global, note le représentant de la banque verte, évoquant la situation économique actuelle (prix volatils notamment), la virulence des débats scientifiques, les prises de position de la société civile. En outre, les propos de Nicolas Sarkozy sur la responsabilité environnementale des entreprises, en clôture du Grenelle de l’environnement, ont été écoutés d’une oreille attentive par les acteurs financiers. Pour le représentant du Crédit agricole, la question de la responsabilité en matière de risques OGM est devenue une « patate chaude » dont chacun essaye de se débarasser, alors qu’il faudrait, selon lui, que les différents maillons de la filière se partagent sa prise en charge. Surtout, il est primordial que le monde agricole réalise que les rapports de force ont changé, insiste Michel Clavé : « Les agriculteurs représentent 2 % de la population, face à quelques dizaine de millions de consommateurs ». « Plus que jamais, le monde agricole doit offrir une lisibilité vis-à-vis de l’extérieur (…), se fixer des objectifs de progrès en matière environnementale ou d’énergie ». A défaut de quoi, il sera de plus en plus « le maillon faible de ces filières », conclut-il.
Un « plan d’occupation des champs » ?
Lors des débats, Hervé Morize, le président de la SAF, n’a pas caché pour sa part sa foi dans les OGM. « Les OGM sont une des pistes de croissance dans le domaine végétal, notamment face à la fameuse réduction de 50 % des pesticides », estime-t-il, invitant à « passer de la défiance à la confiance » en matière d’OGM. « Tout ce qui est nouveau fait peur », ajoute Hervé Morize. Au chapitre des propositions intervenues lors des débats, on notera celle de Bernard Peignot, avocat et secrétaire général de l’Association française de droit rural, en faveur de la création d’un « plan d’occupation des champs » ou « POC », susceptible de permettre d’anticiper des « difficultés de voisinage ». Frédérique Angevin, chargée de mission à l’Inra, suggère pour sa part d’être « flexible », selon les régions agricoles, dans la mise en œuvre des règles de coexistence des cultures OGM et non-OGM. Actuellement, remarque-t-elle, la distance d’éloignement entre cultures OGM et non-OGM varie de 25 mètres à 800 mètres, selon les Etats européens, et peut même dans certains cas aller jusqu’à 5000 mètres en présence de ruches. Pour la représentante de l’Inra, les conditions environnementales sont tellement variables d’une région à une autre (vent, agronomie…) qu’il serait préférable d’adapter les distances d’éloignement des cultures, en privilégiant un cadre flexible plutôt que rigide. Charles Pernin, le représentant d’une association de consommateurs (CLCV) suscita pour sa part quelques remous en se déclarant favorable à la présence d’un logo sur les produits comprenant des OGM, en exigeant un étiquetage des produits issus d’animaux ayant consommé des OGM, et en proposant de fournir à une autorité indépendante les moyens financiers de mener d’éventuelles contre-expertise sur les dossiers OGM présentés par les firmes agro-chimiques. Côté agricole, Pascal Metge, agriculteur en Haute-Garonne, expliqua pour sa part les bénéfices qu’il tire de la culture de maïs transgénique depuis 3 ans sur son exploitation. « Pour moi, la technologie Bt est une assurance », explique-t-il, évoquant les gains de rendement engendrés (+15 quintaux/ha) et la baisse de sa facture d’intrants.