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Élevage L’herbe pousse, mais le manque d’eau inquiète les éleveurs

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L’ouest de la France avait subi une sécheresse considérable en 2010. Et le déficit de précipitations de ces derniers mois devient de plus en plus flagrant, faisant craindre une nouvelle sécheresse. Pour autant, la pousse de l’herbe est bonne et a permis aux éleveurs, dans certaines régions, de récolter quelques fourrages. Mais la pluie est désirée ardemment car bon nombre d’éleveurs doivent refaire leurs stocks. Dans un contexte où l’alimentation du bétail ne risque pas de baisser et où les cours de la viande restent trop bas par rapport au coût de production, une nouvelle sécheresse pourrait signifier le dépôt de bilan de certains élevages.

Avec les températures estivales de ces derniers jours, l’herbe pousse, c’est indéniable, mais les éleveurs sont inquiets car la pluie n’est pas au rendez-vous. Si dans certaines régions, comme en Bourgogne, l’inquiétude est moindre, elle l’est bien plus dans l’Ouest où les éleveurs ont déjà dû faire face à une forte sécheresse l’année dernière. Ainsi Pascal Bisson, conseiller en production viande bovine de la Chambre d’agriculture des Deux-Sèvres, déclare que « c’est plutôt poussant. Il n’y a pas vraiment de baisse de fourrage à l’horizon… pour l’instant ». Il reconnaît que les éleveurs sont tout de même « inquiets » car beaucoup n’ont plus de stocks. Ils n’ont donc « plus de marge de sécurité » si jamais une nouvelle sécheresse devait poindre son nez. Refaire ses stocks pour un élevage signifie récolter de 15 à 20% de fourrage en plus d’une récolte « normale », explique Pascal Bisson. En Corrèze, Stéphane Martignac, conseiller production fourragère de la chambre d’agriculture, parle d’une « pousse de l’herbe pas trop mal » mais d’« un manque de 40 à 60% d’eau selon certains endroits ». Là aussi, les stocks sont « au plus bas ». Valérie Lacorre, animatrice du programme régional herbe et fourrage (PRHF) confirme et déclare clairement que depuis trois mois, il manque 50% d’eau sur l’ensemble du département Limousin. Côté stocks, les éleveurs sont à sec.

Une sécheresse serait catastrophique pour l’élevage bovin

Si une sécheresse devait arriver, certains élevages ne s’en remettraient pas. Le contexte économique est déjà très négatif pour l’élevage bovin allaitant. L’année 2010 s’est effectivement caractérisée par une sécheresse dans l’ouest de la France, avec la nécessité d’acheter des fourrages à l’extérieur. Dans certains départements, le foin était devenu inabordable (200 à 250€/t) et la paille avait facilement dépassé les 100€/t. En parallèle, les cours des matières premières se sont envolés, ce qui s’est répercuté avec un léger décalage sur l’aliment du bétail. Les cours de la fin d’année 2010 aussi bien en jeune bovin qu’en broutard, trop bas, ne permettent pas d’amortir cette récente hausse des coûts de productions. Les trésoreries ont donc beaucoup souffert et ce alors que les éleveurs subissent « une crise continue depuis 2007 », déclarait la Fédération nationale bovine. Bruno Le Maire et Christine Lagarde avaient d’ailleurs demandé aux banques, le 7 mars 2011, de « rechercher au cas par cas des solutions pour accompagner les éleveurs éprouvants des difficultés de remboursement de leurs prêts. Pour les éleveurs laitiers, si les cours du lait ont remonté ces derniers temps, certains élevages sont également très juste quant à leur stock de fourrage.

La pousse de l’herbe est bonne

Pour Bertrand Daveau, conseiller élevage laitier de la Chambre d’agriculture de Mayenne, « toute la difficulté sera de faire la soudure entre le maïs ensilage de 2010 et la prochaine récolte, en septembre. » Dans ce sens, les éleveurs ont mis leurs animaux à l’herbe très tôt afin de profiter au maximum de l’herbe disponible et de préserver les quelques stocks d’ensilage. « Certains vont même pouvoir fermer leur silo cette semaine et ne fonctionner qu’avec de l’herbe », s’exclame Bertrand Daveau. En Mayenne, l’herbe a deux à trois semaines d’avance. Elle se caractérise par une pousse de 80kg de matière sèche par hectare et par jour au lieu des 40kg habituel pour la saison. « C’est un record depuis 10 ans », constate Bertrand Daveau. Il remarque cependant qu’une des exploitations de son réseau présente un léger « décrochement » de croissance de l’herbe car elle est située sur un sol plus séchant. « À voir si cela se maintient dans les semaines à venir », remarque-t-il, car cela serait signe que le manque d’eau se ferait sentir dès maintenant. Dans l’Orne, Michel Harivel, technicien fourrage de la chambre d’agriculture, note également une pousse de l’herbe avec des records de croissance. Les sols sont encore frais, mais après 30cm de profondeur, ils sont complètement secs, signe d’un manque d’eau.

Un manque d’eau qui pourrait se faire sentir rapidement

« Il faudrait rapidement 20 à 30mm de pluie dans les semaines à venir », observe Michel Harivel. Des millimètres de pluie réclamés partout dans l’Ouest… La somme des températures a déjà atteint 700°C dans l’Orne depuis janvier 2011, « un record historique », selon Michel Harivel, alors qu’il est de 500°C en Saône-et-Loire à la même période. « Nous n’avons heureusement pas eu le vent chaud et desséchant d’avril comme les autres années », précise-t-il. À l’inverse en Bourgogne, tout va plutôt bien. « Pas de souci », lance Elise Pillant, animatrice productions allaitantes bovin et ovin de la Chambre d’agriculture de Côte d’Or. La région n’avait pas eu de « soucis de stock » l’an passé et l’herbe est là. Eric Braconnier, technicien fourrage à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, la rejoint : « 2010 a été une très bonne année, certains éleveurs ont même tardé à mettre leurs animaux à l’herbe à la sortie de l’hiver. » Dans le département, l’herbe à 15 à 20 jours d’avance, « mais ce serait bien qu’il pleuve dans les 8 à 10 jours qui viennent », reconnaît-il tout de même. « A cette saison-là, ça bouge tellement vite », précise-t-il. Un retard ou un excès de végétation devrait être rapidement rattrapée.

Demain, décapitaliser ou affourager ses animaux ?

Bon nombre d’éleveurs, dans les régions où la pluie est attendue avec impatience, ont profité du beau temps de ces derniers jours pour ensiler et enrubanner une partie de la production d’herbe, « mais c’est un surcoût », constate Pascal Bisson. Les éleveurs dépensent malgré un rendement fourrager moindre, autant de temps et de carburants à ensiler un hectare. Par contre, ils sécurisent leur approvisionnement en fourrage. Cette pratique est également ce que préconise Valérie Lacorre dans le Limousin : faucher dès que possible. D’après elle, le manque d’eau dans le département ne se récupérera pas. Certains éleveurs se sont tournés vers le maïs ensilage ou le sorgho pour assurer l’alimentation de leurs animaux. La sécheresse de 2010 est encore dans les esprits. Des parcelles de maïs, en Deux-Sèvres par exemple, sont déjà semées au risque d’une gelée tardive. Sachant que le cours des céréales va rester élevé cette année, les éleveurs n’auraient-ils pas plutôt l’envie de vendre ce maïs plutôt que de le garder pour leurs vaches ? « Décapitaliser un troupeau, c’est dur », répond Stéphane David, conseiller du groupement de développement agricole (GDA) en Indre-et-Loire. Les éleveurs sécuriseraient donc l’alimentation de leurs animaux plutôt que de vendre une partie du cheptel et les céréales liées à cette économie d’alimentation. Il privilégierait alors une stratégie de long terme. Même durant cet hiver, en Indre-et-Loire, beaucoup ont préféré racheter du fourrage plutôt que de jouer sur l’état physique des vaches et donc les performances techniques du troupeau. Dans ce cas, il s’agit de rationner l’alimentation au plus juste pour passer l’hiver quitte à ce que les bêtes maigrissent. Par contre, le cheptel reste au complet. Ce choix n’a pas été fait partout. En Corrèze, Stéphane Martignac explique que les éleveurs ont utilisé ces deux leviers : jouer sur l’état des animaux et sur une mise à l’herbe précoce. Pascal Bisson conclut qu’« il n’y a pas péril en la demeure », mais les semaines à venir seront déterminantes en termes de pluie… et d’économie.

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