Les opérateurs du poulet export ont enfin réussi à mettre sur pied le financement de l'aide PAC de 15 millions € avec le concours de l'Etat et des régions concernées, pour compenser une partie de la mise à zéro des restitutions à l'exportation. L'enveloppe devrait être consommée en quelques mois. Mais c'est le temps qu'il faut pour réinventer un autre futur.
LA nouvelle réunion de travail, vendredi 7 février, de la filière du poulet export en préfecture de la région Bretagne à Rennes, aura finalement été la bonne. L'Etat, les régions Bretagne et Pays de la Loire et les banques ont arrêté une procédure de pré-financement de l'aide « PAC » de 15 millions €, payable aux éleveurs en fin d'année. Il reste encore quelques détails à régler, mais le principe est acté. La région Bretagne va préfinancer l'aide PAC à hauteur de 4 millions €, la région des Pays de la Loire pour 1 million et un pool de cinq établissements bancaires apportera le reste. L'Etat et les régions donneront leur garantie aux banques.
L'enveloppe doit insuffler un peu d'oxygène à une filière privée de restitutions à l'exportation depuis juillet 2013. Pour éviter son asphyxie totale et précipiter dans l'inconnu 5 000 emplois directs et indirects et près de 600 éleveurs spécialisés, la Commission européenne a accordé à la France, en novembre, la possibilité de mettre sur pied trois mécanismes (dont l'aide Pac) pour se donner le temps de la restructuration. L'an passé, les principaux acteurs industriels européens de cette filière, les bretons Doux et Tilly-Sabco ont exporté sur Pays Tiers (Proche et Moyen-Orient essentiellement) près de 240 000 t de poulet entier et congelé, soit presque le quart de la production française de poulet.
UN RÉPIT SEULEMENT MOMENTANÉ« Sur les dix premiers mois de l'année, explique l'ITAVI, nous étions même en croissance, avec 3,3 % d'exportations en plus par rapport à la même période de 2012. Mais novembre a marqué un décrochage des exportations de 24 % et décembre a dû être pire ». Sans restitutions à l'exportation, l'organisation économique et industrielle des Européens ne leur permet pas d'être compétitifs sur le marché mondial. La preuve par les chiffres. Actuellement, la tonne de poulet congelé se négocie sur le marché mondial autour de 1 650 dollars, soit 1 200 euros environ. Ce niveau de prix « couvre juste les coûts du vif mais pas les coûts industriels, qui sont de l'ordre de 400 €/t », explique Daniel Sauvaget, p.-d.g. de Tilly-Sabco. Aux derniers beaux jours des restitutions à l'exportation (2012), l'Europe accordait à ses industriels 325 €/t.
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Depuis, le marché s'est orienté à la baisse du fait de la dévaluation monétaire du réal opérée en 2013 par les Brésiliens et leur politique commerciale agressive après l'annonce par l'Europe de la mise à zéro de ses restitutions à l'exportation. Dans ce contexte, Doux n'a pas ralenti sa production mais alourdi ses stocks. Tilly-Sabco a abaissé nettement sa production. Il se situe actuellement 50 % en-dessous de sa production de 2013 (800 000 poulets/semaine contre 1,6 million auparavant), mais il prévoit de repasser à une production de 1 à 1,1 million de poulets/semaine dès avril.
Cependant avec l'aide PAC, la filière française n'a gagné qu'un répit de quelques mois. « Ces 15 millions € doivent nous permettre de pérenniser la filière dans le cadre d'un plan en cours de finalisation », poursuit Daniel Sauvaget, sans plus de précisions. Il ne compte guère sur le second mécanisme autorisé par la Commission européenne, à savoir le plan de stabilisation du revenu. En revanche, Tilly-Sabco et Doux comptent sur l'aide à la promotion de l'origine européenne du poulet promise par Bruxelles. « Nous avons déposé un dossier commun qui porte sur l'obtention d'une aide de 7 millions € qui s'ajouteraient aux 15 millions € que nos deux entreprises dépensent déjà en communication sur le marché mondial, poursuit Daniel Sauvaget. Pour nous, c'est essentiel de gagner en premium prix. »