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L’horticulture française, en déclin, veut croire en son regain

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Nombre d’exploitations, surfaces, emploi, chiffre d’affaires… Les statistiques de la filière horticole française sont en recul depuis dix ans. Pourtant, les professionnels de l’horticulture ne s’avouent pas vaincus. Ils veulent faire faire repartir une activité qui semble vouée à faner.

Alors qu’elle constitue l’un des secteurs agricoles les plus employeurs de main-d’œuvre, l’horticulture ne représentait, en 2014, que 1,4 % du nombre total des exploitations. Et cette part pourrait encore diminuer. Selon les dernières données de FranceAgriMer diffusées le 6 mars, 13 % des entreprises horticoles et pépinières ont disparu entre 2013 et 2015, soit 543 entreprises en moins et un total restant de 3 611. La baisse atteint même 40 % entre 2005 et 2015. Quant au chiffre d’affaires de la filière, il ne se porte pas mieux : il a reculé de plus de 12 % entre 2013 et 2015, après deux baisses successives déjà constatées (-4,3 % entre 2011 et 2013 et -9 % entre 2005 et 2011). En deux ans, 1 935 emplois ont disparu. En dix ans, on a perdu 10 000 emplois, soit une baisse de 35 %.

Des entreprises économiquement « sensibles » et « fragiles »

Les entreprises survivantes ne semblent pas pour autant avoir absorbé leurs congénères pour devenir de super-exploitations performantes. Selon les données de l’observatoire national des entreprises des secteurs d’activité horticulture et pépinières, issues de l’étude (données 2015) d’un échantillon de 200 entreprises de production réparties sur la France, la moitié des entreprises sont dans une situation économique « fragile » (30 %) ou « sensible » (20 %). L’autre moitié est « saine ». Parmi ces entreprises, ce sont les pépinières qui s’en tirent le mieux, avec 70 % d’entre elles jugées « saines ». Mais chez les horticulteurs et les producteurs de fleurs coupées, 58 % des entreprises sont « fragiles » (35 %) ou « sensibles » (23 %).

Le budget « végétaux » des collectivités en recul

Parmi les difficultés rencontrées, expliquait Dominique Boutillon, présidente du Conseil spécialisé horticole de FranceAgriMer, le 2 mars au Salon de l’agriculture, la concurrence étrangère. Car la main-d’œuvre pèse lourdement dans les charges et celles de la France sont plus élevées que dans les pays voisins. Par ailleurs, « les collectivités territoriales », clientes essentielles de la filière « font des économies sur la consommation du végétal » dans un contexte de diminution des budgets publics, constate la présidente du Conseil spécialisé. Et lorsqu’elles investissent dans le végétal, les collectivités regardent le coût avant la qualité : « dans les marchés publics, seul un tiers des végétaux serait français » selon Dominique Boutillon. Les politiques semblent quant à eux délaisser cette filière en souffrance : « L’écueil, c’est qu’on n’est pas alimentaire », déplore encore la responsable horticole.

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Des marchés à conquérir

Il existe pourtant des raisons de rester optimiste, selon Dominique Boutillon. L’interprofession Val’hor « marche bien » et travaille de concert avec FranceAgriMer. Elle a identifié des leviers à actionner pour relancer l’activité. Les labels et signes de qualité sont à développer. Ils sont les garants d’une qualité « environnementale et sociale ». « Ça parle aux consommateurs, mais il faut aussi convaincre les collectivités », explique Dominique Boutillon.

Il existe par ailleurs des marchés, et des nouvelles demandes auxquelles les entreprises françaises pourraient répondre. Les fleurs comestibles par exemple, mais également les végétaux moins consommateurs en eau et en produits phyto. Mais pour conquérir ces marchés potentiels, les entreprises pèsent trop peu à elles seules. Val’hor a émis l’idée de « faire alliance entre les entreprises et regrouper les productions » afin de pouvoir répondre à ces marchés émergents.

« Dans les marchés publics, seul un tiers des végétaux serait français » selon Dominique Boutillon