Exclusivité > Alain Tourdjman, directeur des études économiques Groupe BPCE et Thomas Le Dret, responsable de projets entreprises Groupe BPCE décryptent pour Agra Alimentation les chiffres 2014 (derniers relevés disponibles) des cessions-transmissions dans l’industrie agroalimentaire. Celle-ci témoigne d’une meilleure résilience par rapport à bien d’autres, avec un niveau de cession parmi les plus élevé et un taux de disparition plus faible.
Comme chaque année depuis 2011, BPCE l’Observatoire a passé à la loupe les cessions-transmissions de PME/ETI en France et pour la première fois, son analyse a été étendue aux TPE. Cette nouvelle édition révèle notamment "une sous-estimation du marché français de la cession-transmission d’entreprises d’au moins 25 % par rapport aux chiffres communément avancés, mais statistiquement infondés de 60 000 opérations par an", note BPCE l’Observatoire dans son communiqué, qui en dénombre ainsi "a minima * 75 000 par an".
Dans un focus sur les cessions-transmissions des entreprises dans l’industrie agroalimentaire réalisé exclusivement pour Agra Alimentation, BPCE L’Observatoire constate que c’est « un des secteurs où les cessions-transmissions fonctionnent le mieux, avec beaucoup de cessions et peu de disparitions ». En 2014 (derniers chiffres disponibles analysés) en France, le nombre de cessions-transmissions dans les IAA atteint 3 584, représentant 5,6 % des entreprises par an.
Toujours en 2014 pour les PME/ETI, le niveau de cession de l’IAA est parmi les plus élevés, à 8,9 % contre 7,3 % en moyenne tous secteurs confondus et le taux de disparition est plus faible qu’en moyenne, à 1,4 % contre 2,7 %. « Ces chiffres témoignent d’une meilleure résilience du secteur que dans bien d’autres, qui font que, même si les entreprises sont en difficultés, c’est la solution de la reprise qui est privilégiée plutôt que celle de la création pure et simple. Le choix des repreneurs est guidé par des critères économiques », analysent les spécialistes du Groupe BPCE et auteurs de l’étude, Alain Tourdjman, directeur des études économiques et Thomas Le Dret, responsable de projets entreprises. « Un renouvellement par cessions des PME/ETI de l’IAA diamétralement opposé à ce qui se passe dans le secteur de la construction par exemple », ajoutent-ils.
La transmission familiale plébiscitée
Indépendamment de l’âge du dirigeant, le rôle de la transmission familiale dans les IAA est significatif. À noter que tous secteurs confondus, elle représente environ 17 % des cessions de TPE comme de PME et ETI. « Ce n’est pas un pis-aller. La transmission familiale dans l’IAA relève d’une véritable volonté des dirigeants, d’autant qu’elle peut être arbitrée avec une vente de l’entreprise », souligne ainsi Alain Tourdjman. Pour ce qui est de la transmission familiale en règle générale, BPCE L’Observatoire estime cette pratique « à la fois utile et efficace pour l’économie française ». Utile, parce qu’elle permet d’une part, de préserver l’industrie, qui a vu le nombre de PME fortement décliner depuis quinze ans et d’autre part, de contribuer à l’équilibre des territoires. Efficace, enfin, « car le taux de survie à trois ans des PME et ETI, et ce, pour chaque catégorie de taille, est toujours supérieur dans le cas de transmissions familiales (93 % contre 77 % pour les cessions ordinaires) », concluent les experts.
Concernant les cessions liées à l’âge des dirigeants dans les IAA, « au-delà de 55 ans, les dirigeants du secteur cèdent plus souvent leur entreprise que la moyenne, constate Thomas Le Dret, avec un taux de 12 % contre 9,8 % en moyenne. Un bon taux de cession dans les IAA qui évite les situations problématiques de certains secteurs de l’industrie manufacturière notamment, avec des dirigeants âgés de plus de 65 ans ».
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Savoir vendre au bon moment
Pour ce qui est des TPE dans l’agroalimentaire, « le secteur est celui qui se renouvelle le plus par cession, avec un taux de 6 %, un niveau supérieur à la moyenne des disparitions qui se situe entre 5 % et 5,5 % », selon Alain Tourdjman. Quant à l’âge des dirigeants de ce type d’entreprises, « il n’est pas un critère discriminant, sauf après 65 ans ». En effet, si la cession des TPE de l’IAA intervient autant qu’en moyenne avant et après 55 ans, passé 65 ans, le secteur est plus pénalisé. Ce qui fait dire à Alain Tourdjman « qu’il ne faut pas rater la fenêtre de tir pour vendre son entreprise quand elle se présente, parce qu’une fois passés 65 ans, la probabilité de cession par le dirigeant est plus faible. Un phénomène valable dans tous les secteurs pour les TPE, qui s’explique probablement par le fait que l’entreprise fonctionne au ralenti et que le manque d’investissements qui en découle lui fait aussi perdre de sa valeur et donc, de son attractivité ». Mais l’IAA est l’un des secteurs où les cessions-transmissions fonctionnent le mieux au sein des TPE.
Au final, ce qu’il faut retenir de ce focus tient au « caractère très vertueux des IAA. Il y a peu de gaspillage en capital, le secteur est exemplaire en termes de cessions-transmissions et n’est pas trop pénalisé par le vieillissement des dirigeants. Les IAA ne sont certes, pas à l’abri, mais le bon niveau de cessions permet un renouvellement des générations », conclut Alain Tourdjman.
5 000 constitue un minima compte tenu du fait que le décompte ne prend pas en considération les opérations concernant les professions libérales et les personnes physiques, difficilement identifiables.Halte aux idées reçues
Contrairement à une idée reçue, les cessions d’entreprises tous secteurs confondus ne sont pas liées à l’âge du dirigeant. Les travaux de BPCE L’Observatoire montrent en effet que globalement le départ à la retraite des dirigeants a un impact très limité sur les cessions d’entreprises. "Le constat est sans appel : 83 % des TPE et 67 % des PME et ETI sont cédées avant 60 ans et le taux de cession des TPE a même tendance à baisser à partir de 65 ans", indique ainsi BPCE L’Observatoire dans la dernière mouture de ses travaux sur les données 2014. "En revanche, la probabilité de cession d’une entreprise augmente avec la taille de l’entreprise", révèle l’étude. Un rapport de 1 à 12 entre le taux de cession-transmission d’une entreprise unipersonnelle et celui d’une PME de 250 salariés et plus est ainsi observé. "Parallèlement, et contrairement à la cession, le taux de disparition est deux fois plus important chez les TPE que chez les PME". De fait, "la mort naturelle en fin d’activité professionnelle, sans accident judiciaire, est une issue plus fréquente que la cession chez les petites TPE".
Quant à la crainte de voir déférler à moyen terme une vague de cessions d'entreprises pour cause de départ en retraite de nombreux dirigeants, c'est une autre idée reçue que l'étude fait voler en éclat. Cette erreur de diagnostic, selon BPCE L’Observatoire, est essentiellement liée au décalage entre les cessions effectives et les intentions fermes de céder à court terme, avec un rapport de 1 à 3,5 qui dépasse 5 après 60 ans. Le nombre de cession est insuffisant et, du coup, " ce déficit a deux conséquences : la population des dirigeants de PME vieillit de façon préoccupante et la majorité des dirigeants de TPE arrêtent leur activité sans contrepartie financière", conclut BPCE L'Observatoire.