Plusieurs États membres de l’UE sont préoccupés par l’impact de l’accord commercial conclu par la Commission européenne avec le Mercosur. Un accord que les filières de l’élevage italienne, espagnole, irlandaise, française et polonaise appellent à rejeter et qui, à l’inverse, est considéré comme une « réelle percée » par l’industrie laitière européenne.
La Commission européenne donnera le 15 juillet des informations aux ministres de l’Agriculture de l’UE sur les résultats des négociations commerciales avec le Mercosur conclues le 28 juin (1). Lors de la réunion du 8 juillet des experts nationaux du Comité spécial agriculture (CSA), plusieurs États membres se sont montrés préoccupés par l’impact que pourrait avoir cet accord dans certains secteurs et se sont interrogés sur le soutien de 1 milliard € qui serait débloqué en cas de grave perturbation des marchés. Les conséquences sur les secteurs sensibles doivent être prises en compte, et il faut surveiller le respect, par les blocs sud-américains, des normes environnementales, sociales et en matière de santé, a ainsi demandé la France. La Pologne, l’Autriche, l’Irlande, notamment, se sont montrées très critiques en ce qui concerne l’impact sur la filière de l’élevage, tandis que l’Allemagne s’est inquiétée pour celles du sucre et de l’éthanol et que les Pays-Bas ont évoqué le problème de la déforestation, réclamant à la Commission une étude d’impact.
Appel à rejeter l’accord
Les filières de l’élevage italienne (Assocarni), espagnole (Assoprovac), irlandaise (Irish Farmers’Association), française (Interbev) et polonaise (PZPBM) ont « condamné fermement » le 8 juillet l’accord avec le Mercosur, appelant le Parlement européen et les États membres à le rejeter. Cet accord a été conclu « malgré la forte opposition, de longue date », exprimée par les organisations professionnelles et « malgré les réticences exprimées par certains États membres ou encore les préoccupations de très nombreux acteurs de la société civile au regard des implications sanitaires, sociétales et environnementales », rappellent-elles.
Elles soulignent que l’accord « facilitera l’accès au marché européen pour près de 100 000 tonnes de viande bovine sud-américaine supplémentaires », représentant « un danger économique pour toute la filière européenne de l’élevage bovin ainsi que pour la santé des consommateurs européens ».
Traçabilité et contrôle « particulièrement en dessous de la moyenne » au Brésil
Cette viande est produite « avec des substances interdites en Europe et dans des conditions d’élevage peu ou pas réglementées sur le plan environnemental », et elle est « notamment largement responsable de la déforestation », insistent les filières de l’élevage italienne, espagnole, irlandaise, française et polonaise. « Sans oublier que la plupart de ces viandes sont produites au Brésil, dont le système de traçabilité et de contrôle sanitaire, particulièrement en dessous de la moyenne, est connu dans le monde entier… comme en témoignent les récents cas de fraude et d’exportation de viande contaminée vers l’Europe », ajoutent-elles.
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Des média d’investigation brésiliens et le Guardian ont récemment épinglé AgroSB, un fournisseur du géant de la viande JBS, qui élève du bétail dans l’État du Pará, au nord du Pays, sur une zone déforestée placée sous embargo par l’Institut national de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama).
Par ailleurs, le gouvernement brésilien a confirmé le 3 juillet que le Royaume-Uni avait renvoyé au Brésil sur une période de 15 mois quelque 1 400 tonnes de viande de volaille à cause de la présence de salmonelle. Selon les média d’investigation, certaines de ces cargaisons appartenaient à JBS et à BRF Foods.
(1) Voir même numéro et n° 3700 du 08/07/19
« Une réelle percée », selon l’industrie laitière européenne
L’association européenne de l’industrie laitière (EDA) a salué le 8 juillet l’accord de libre-échange conclu entre l’UE et le Mercosur. « C’est une réelle percée », selon son secrétaire général, Alexander Anton, qui affirme aussi que « l’engagement clair des partenaires de la négociation pour l’Accord de Paris et ses objectifs est — dans le monde d’aujourd’hui — une étape importante ». « Le volume convenu de 30 000 tonnes de contingent tarifaire d’importation de fromage représente environ dix fois les quantités que nous exportons actuellement » vers le bloc sud-américain, souligne-t-il, ajoutant toutefois : « Ce n’est pas une secret que nous aurions attendu des contingents plus élevés de fromages, de poudres de lait et de préparations pour nourrissons, et une période de mise en œuvre graduelle plus courte que 10 ans ».
La protection de 355 indications géographiques de l’UE, « comme le Fromage de Herve (Belgique) ou le Comté (France) » renforcera la réputation de qualité des produits laitiers européens, se félicite également l’EDA.