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Libre-échange UE/Mercosur : fébrilité avant de nouveaux pourparlers

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À la veille d’un rendez-vous fixé au niveau ministériel entre la Commission européenne et les pays du Mercosur, les organisations agricoles de l’UE redoutent que l’UE se laisse aller à de nouvelles concessions pour pouvoir boucler un accord de libre-échange. Le président du groupe de travail « viande bovine » juge, en outre, que négocier avec le Brésil, « ce n’est pas sérieux ».

« Nous sommes sur le point de finaliser nos négociations (commerciales) avec le Mercosur », a assuré, lors d’une conférence à Sciences Po Paris le 22 janvier, la commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström, qui, avec son collègue chargé de l’agriculture Phil Hogan et en arrière-plan des représentants des États membres, doit s’entretenir le 30 janvier à Bruxelles avec les ministres des affaires étrangères des pays du bloc sud-américain (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) (1). Faisant référence à ce rendez-vous, le chef de la diplomatie paraguayenne, Eladio Loizaga, dont le pays assure la présidence tournante du Mercosur, a précisé que « nous devons fixer une date à laquelle nous recevrons aussi la proposition de l’UE concernant certaines questions en suspens, notamment celles relatives à l’ensemble du volet agricole et incluant l’éthanol ».

Le 22 janvier, Phil Hogan a reçu le ministre brésilien de l’agriculture, Blairo Maggi.

Par ailleurs, le président argentin, Mauricio Macri, devait s’entretenir le 26 janvier à Paris avec le président français Emmanuel Macron.

Si les progrès sont jugés suffisants, une nouvelle réunion à haut niveau entre l’UE et le Mercosur se tiendra les 18 et 19 février à Asuncion (Paraguay), afin de donner une impulsion politique permettant de conclure les négociations de libre-échange.

Mise en garde des organisations agricoles européennes

Le Mercosur réclame à l’UE des contingents d’importation tarifaires pour les produits agricoles sensibles plus importants que ceux proposés dans la dernière offre révisée de début décembre (70 000 tonnes de bœuf, 600 000 t d’éthanol, 100 000 t de sucre destiné au raffinage et 2 000 t d’autres sucres, 90 000 t de viande de volaille, etc...) (2).

Dans une lettre adressée le 24 janvier aux commissaires européens au commerce et à l’agriculture ainsi qu’au vice-président de la Commission Jyrki Katainen, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) appellent l’exécutif européen à « minimiser l’accès au marché » offert au Mercosur, « plus spécialement pour la viande bovine, le sucre, la volaille, d’éthanol, le riz et le jus d’orange », et à « maintenir l’approche de la poche unique », c’est-à-dire à tenir compte des concessions résultant des autres négociations commerciales internationales.

« Compte tenu des fortes incertitudes liées aux négociations en cours sur le Brexit, aux discussions à venir sur la future Pac et à la pression sur le budget de l’Union, nous rejetterions toute concession à ce stade », insistent les organisations professionnelles.

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L’UE a « déjà donné beaucoup trop »

« L’UE a déjà donné beaucoup trop sur l’agriculture aux pays du Mercosur dans les négociations, sans obtenir grand-chose en retour », a affirmé, le 24 janvier, devant la presse, le signataire de la lettre, Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca.

Il a souligné notamment que, déjà, plus de 75 % de la viande bovine importée dans l’UE, principalement des découpes de haute valeur, sont issus du Mercosur, qu’une offre élargie d’accès au marché de l’UE pour les découpes de poulet pourrait se traduire par une perte de débouchés pour 150 millions de poulets de chair élevés dans l’Union, que les pays du bloc sud-américain subventionnent lourdement leurs secteurs du sucre et de l’éthanol et que la production européenne de riz est déjà sous pression.

(1) et (3) Voir n° 3628 du 22/01/18

(2) Voir n° 3622 du 11/12/17

Négocier avec le Brésil, « ce n’est pas sérieux »

Négocier dans les conditions actuelles un accord commercial avec le Mercosur, et donc le Brésil, « ce n’est pas sérieux », dénonce Jean-Pierre Fleury. Le président du groupe de travail viande bovine du Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE), interrogé par Agra, juge très inquiétant de prendre le moindre engagement avec le Brésil, « pays corrompu » comme le confirme, selon lui, l’actualité politique. Il s’étonne aussi que la mission de l’Office alimentaire et vétérinaire européen (OAV), qui se déroule actuellement au Brésil (du 18 janvier au 5 février), « se concentre sur le secteur de la volaille » et non pas sur celui de la viande bovine où le suivi sanitaire s’avère particulièrement inquiétant. Jean-Pierre Fleury compte, sur ce point, « demander des comptes à la DG santé de la Commission ».

Une délégation de parlementaires européens doit se rendre du 2 au 6 avril au Brésil pour une mission d’observation de la situation sanitaire dans ce pays (3).