À l'occasion des 50 ans de la coopérative clermontoise Limagrain, ses dirigeants ont affirmé, début juillet, une stratégie axée à la fois sur la valorisation du terroir de la Limagne et sur le développement à l'international. À l'appui de leur démonstration, ils ont annoncé, le 2 juillet, un partenariat avec une société canadienne de semences, Canterra.
La coopérative clermontoise Limagrain, située dans la plaine de la Limagne, au pied du Puy-de-Dôme, spécialisée dans les semences et la transformation du blé et du maïs pour l'agroalimentaire, a affirmé fin juin-début juillet sa stratégie axée sur les terroirs et l'international, dans les deux cas avec un fort contenu en innovation. À l'occasion de ses 50 ans, ses dirigeants et chercheurs ont présenté, trois jours durant, du 30 juin au 2 juillet, à une délégation de trois journalistes français et d'une dizaine d'étrangers, ses variétés spécialement conçues pour la transformation à haute valeur ajoutée des céréales dans les usines de Limagrain.
Le groupe Limagrain réalise un chiffre d'affaires avoisinant les 2 milliards d'euros et compte près de 9 000 employés répartis dans 42 pays, dont plus de 1 800 chercheurs. La coopérative Limagrain compte près de 2 000 agriculteurs adhérents.
Petits volumes et marges élevées
Les enjeux sont de petits volumes, mais des marges élevées. Il s'agit de variétés de maïs et surtout de blé à haute valeur pour la nutrition humaine. La coopérative mène en effet des travaux de sélection variétale orientés vers l'obtention de variétés adaptées à l'agronomie et à l'économie de la Limagne, à travers ses filiales industrielles que sont Limagrain Céréales Ingrédients (LCI) et Jacquet Brossard (pains et pâtisserie). L'essentiel des variétés de blé et de maïs de la coopérative sont réservées à ses adhérents agriculteurs. Ses variétés ont été homologuées par le Comité technique permanent de la sélection (CTPS), mais ne sont pas inscrites au Catalogue avec les autres. Elles ont une place à part, celle de la catégorie des variétés à utilisation réservée pour les usages industriels spécifiques.
La proximité des sélectionneurs et des industriels
Jean-Pierre Martinant, directeur des « fonctions de support scientifique » chez Limagrain, (notamment responsable du développement des marqueurs moléculaires), a indiqué que l'originalité de la coopérative est la proximité entre les chercheurs et les industriels. « Nous faisons le lien entre la technologie des gènes et les propriétés de la farine et de la pâte en boulangerie ». La « force boulangère » de la pâte pour la panification, c'est-à-dire son élasticité, ou encore sa capacité à lever, est régie par une centaine de gènes du blé. Pour éviter d'attendre de faire des croisements de variétés au champ entre plusieurs variétés, les sélectionneurs font de la prédiction phénotypique (le phénotype est l'ensemble des caractères observables, apparents, d'un être vivant). Avec le phénotypage à haut débit, « nous pouvons interpréter plusieurs milliards de données par an », a précisé Jean-Pierre Martinant. La technologie est mise a u service des industriels, locaux, de la coopérative.
Un débouché garanti par la qualité
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« Dix mille hectares de blé sur les 20 000 contractualisés par la coopérative sont cultivés en variétés de filière. L'option “blé standard” ne serait pas une bonne option pour nous. Nous visons des marchés de niches, avec un débouché garanti, grâce à des taux élevés de protéines des blés (plus de 13 %) », a ajouté Erwan Ollivier, responsable des « métiers du grain », sur l'exploitation de Christophe Cautier. Ce dernier bénéficie d'un débouché assuré : « Je fais des blés à plus de 15 % de protéine. Je vise les 15 % minimum ».
Ces céréales triées sur le volet, avec des caractères spécifiques, sont destinées d'une part à LCI, qui fabrique des ingrédients pour la boulangerie (farines améliorantes), des ingrédients pour l'alimentation sans gluten, pour l'alimentation des bébés, pour les plats cuisinés, pour les céréales de petit déjeuner. Les 30 personnes de LCI qui travaillent dans la recherche (15 sur le blé, 15 sur le maïs), collaborent au plus près avec les sélectionneurs, a confirmé François Viallet, directeur général adjoint de LCI.
Grandes cultures : Limagrain s'associe avec une société canadienne de semences
À l'occasion de ces 50 ans d'existence, Limagrain a annoncé qu'elle s'associe avec la société canadienne de semences Canterra. Cette société, une coopérative détenue par des farmers canadiens, devrait générer des royalties pour Limagrain, a indiqué Daniel Chéron, directeur général de Limagrain, parce que le Canada a adopté en 2015 une règlementation favorable à la recherche privée. Jusque là, la recherche variétale était assurée par les universités. Une société mixte vient d'être créée, dans laquelle Limagrain détient 70 % des parts et Canterra 30 %. Outre cet aspect financier, l'intérêt pour Limagrain est de pouvoir bénéficier des gènes d'intérêt des blés améliorants canadiens, rémunérateurs car d'une qualité recherchée pour la panification et autres domaines de la nutrition humaine. Les variétés que Canterra a en portefeuille concerne les espèces suivantes : blé, maïs, orge, colza, lin.
L'opération a été menée par l'intermédiaire de la société cotée en bourse de Limagrain, Vilmorin & Cie. Le nom de la société commune est Limagrain Cereals Research Canada. Elle est implantée à Saskatoon, dans le Saskatchewan au Canada.
« Nous ne sommes pas dans une logique d'économie d'échelle, mais de travail de la valeur ajoutée par la qualité et l'innovation », a déclaré Daniel Chéron, directeur général de Limagrain, le 2 juillet, clôturant trois jours de visites illustrant la stratégie de la coopérative. Cette recherche de la valeur ajoutée s'effectue par la mise au point d'aliments ayant des propriétés spécifiques, comme elle commence à s'opérer dans un domaine encore embryonnaire, celui des bioplastiques. Limagrain, à travers sa filiale LCI, produit en effet 1 000 tonnes de bioplastiques par an, avec son programme de production de « Biolice ». Biolice est une marque désignant des granulés de bioplastique, livrés ensuite en big bags de plusieurs centaines de kilos à des plasturgistes qui les transforment surtout en films de paillage pour les cultures et en sacs enveloppant les sapins de Noël, a indiqué Walter Lopez, responsable du programme Biolice. CI attend avec impatience la mise en place d'une èglementation incitatrice à l'utilisation de sacs de aisse en bioplastique, comme celle qui s'installe rogressivement au Royaume-Uni, aux États-Unis et urtout en Italie, pays pionnier dans ce domaine, otamment à Milan. La particularité de Biolice, c'est qu'il est produit non pas avec des dérivés de l'amidon, comme le font Novamont (Italie) et Sphère (en France, avec de la fécule de pommes de terre), mais par un procédé mécanique. Ce matériau est une farine de maïs cultivé en Auvergne, a précisé Walter Lopez.