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OMC L’immobilisme des pays émergents freine les négociations

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Les pourparlers agricoles du cycle de Doha piétinent, d’autant que, avant de bouger, certains négociateurs attendent que leurs partenaires fassent mouvement sur les autres secteurs, industrie et services. Tout comme le président français, Nicolas Sarkozy, le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, déplore ainsi l’immobilisme des pays émergents, tandis que sa collègue chargée de l’agriculture, Mariann Fischer Boel, constate que les chances d’un accord se réduisent petit à petit.

Le Comité des négociations agricoles de l’OMC, réuni en session plénière le 22 février à Genève, a convenu de poursuivre en session restreinte (37 délégations représentatives) les pourparlers sur le projet de compromis révisé soumis le 8 février par son président, Crawford Falconer, puis de faire à partir du 3 mars une pause d’une semaine à dix jours avant de décider de la façon de reprendre le dossier.

Les quelques progrès réalisés jusqu’à présent ont été jugés insuffisants par M. Falconer pour lui permettre de revoir son document. « Nous avons besoin d’un texte révisé pour respecter le genre de calendrier dont les gens parlent et permettre aux ministres de le gérer », a-t-il dit.

A propos du calendrier, seule l’UE a précisé sa position. Selon elle, les modalités de la négociation (principaux chiffres et principales dispositions) devraient faire l’objet d’un accord d’ici la fin du mois de mai de telle sorte que l’ensemble des pourparlers puissent être conclus avant la fin de l’année.

L’absence de mouvements de la part des négociateurs sur l’agriculture s’explique en partie par le fait que certains d’entre eux attendent un mouvement dans d’autres secteurs, a estimé M. Falconer.

La France « regrette » les concessions européennes « sans aucun retour »

« Dans l’OMC, il n’y a pas que M. Lamy (le directeur général français de l’organisation), il y a aussi la France et je considère que l’Europe doit faire preuve d’une résolution beaucoup plus grande pour défendre ses intérêts, et je regrette que l’Europe accepte des concessions toujours plus importantes sans aucun retour », a déclaré, à propos du cycle de Doha, Nicolas Sarkozy lors de l’inauguration du Salon international de l’agriculture (SIA), le 23 février à Paris.

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« Le gouvernement de la République française s’opposera fermement à tout accord qui sacrifierait les intérêts de l’agriculture française et européenne. Comme il faut l’unanimité, chacun est aujourd’hui devant ses responsabilités », a ajouté le président français, déplorant que « les pays émergents considèrent qu’ils n’ont que des droits et aucun devoir ».

M. Mandelson dans un position de plus en plus « difficile »

« La contrainte, pour moi, c’est ce que les autres parmi les pays émergents sont prêts à faire pour les produits industriels – pour l’accès aux marchés non agricoles », a reconnu Peter Mandelson dans une interview accordée le 25 février à l’agence Reuters. « S’ils conservent leur apparemment faible niveau d’ambition, cela va rendre ma position de négociateur de l’Europe tout à fait difficile », a admis le commissaire européen au commerce.

Interrogé sur les commentaires du président français, M. Mandelson a espéré que celui-ci « jugera les pourparlers en des termes plus larges que la seule agriculture ».

En visite officielle à la Commission de Bruxelles, le 21 février, le premier ministre britannique, Gordon Brown, avait tenu à affirmer qu’il était « en osmose » avec le président de l’exécutif européen, José Manuel Barroso, pour « soutenir » son compatriote Peter Mandelson, afin de « faire avancer » le cycle de Doha.