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CIAA/Interview L’industrie agroalimentaire consolide sa position à Bruxelles

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Dans un entretien accordé à Agra alimentation, Jean Martin, le président de la CIAA (Confédération des industries agroalimentaires de l’Union européenne) présente les objectifs de la « nouvelle CIAA ». Avec des moyens renforcés — un budget en croissance de 40 % — l’organisation a de nouvelles priorités pour défendre les intérêts du secteur à Bruxelles. M. Martin souligne le besoin de cohésion de l’industrie agroalimentaire pour peser sur les décisions européennes et fait part de ses préoccupations quant aux conséquences des négociations internationales sur les exportations de produits alimentaires.

Agra alimentation. L’environnement européen actuel est-il favorable à l’industrie agroalimentaire ?

Jean Martin. Je suis confiant dans les signaux envoyés par le Parlement et par la Commission européenne. Il y a une fenêtre d’opportunité pour avoir un dialogue constructif. Notamment sur la stratégie de Lisbonne, prise à bras le corps par le président de la Commission José Manuel Barroso et le commissaire Günter Verheugen, en charge des entreprises. Cette stratégie vise à faire de l’Europe l’économie la plus compétitive du monde. Nous avons préparé un document faisant des propositions précises pour améliorer la compétitivité des industries agroalimentaires. Par ailleurs, sur les sujets nutritionnels, les services Santé et Protection des consommateurs de la Commission européenne ont une nouvelle approche très positive qui s’est concrétisée par la création de la plate-forme La Commission européenne a mis en place une plateforme qui réunit tous les acteurs de la problématique alimentaire : publicitaires, consommateurs, industriels, distributeurs, etc. Elle espère favoriser par ce biais de « bonnes.

– La CIAA est-elle en ordre de bataille pour défendre les intérêts de l’industrie ?

– Elle n’a jamais été en désordre de bataille. Mais, il est vrai, les équipes sont renouvelées. Une nouvelle CIAA, renforcée et avec des objectifs clarifiés, se met en place. Les équipes seront au complet à la fin du mois de juin. C’était d’autant plus nécessaire qu’aujourd’hui, les législations importantes pour l’industrie agroalimentaires sont édictées ici, à Bruxelles.

Le bureau de la CIAA a donc décidé, à la fin de l’année dernière une augmentation spectaculaire de 40 % du budget de l’organisation. Cette décision est l’aboutissement du processus entamé en janvier 2003. Nous avons interrogé tous les membres de l’association pour savoir ce que nous devons faire et ne pas faire. Et sur cette base nous avons défini nos besoins.

– Quelles sont les priorités de la CIAA dans les prochains mois ?

– Nous voulons promouvoir à l’intérieur de l’Union européenne un environnement favorable à la compétitivité des entreprises agroalimentaires, quelle que soit leur taille, pour qu’elles aient une croissance durable et qu’elles puissent se battre avec succès sur les marchés mondiaux. Dans cette perspective globale, nous avons tracé quatre priorités : la confiance des consommateurs ; un cadre réglementaire qui ne soit pas un obstacle, mais protège et améliore la compétitivité des entreprises ; des négociations internationales cohérentes avec l’évolution de la Pac qui permettent aux industries agroalimentaires de continuer à exporter des produits finis ; et enfin une gestion équilibrée des problèmes environnementaux.

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– Malgré la réorganisation de la CIAA, l’industrie bataille en ordre dispersé sur un des dossiers les plus importants actuellement : les allégations…

– Je le regrette infiniment. Nous sommes d’accord sur l’ensemble du projet allégations nutritionnelles et de santé sauf sur l’article 4 qui traite de la création de profils nutritionnels. Ce n’est pas idéal. Et c’est exceptionnel. Il y a surtout une leçon à tirer de cela : aucune consultation n’a été faite par la Commission européenne sur cet article avant la publication officielle de la proposition.

– Bt10, Sudan... L’industrie n’a pas donné l’impression de bien respecter les règles de la traçabilité, ces dernières semaines. Que s’est-il passé ?

– Le Sudan est une affaire localisée. Elle a été mal gérée par l’administration britannique. De mauvais rappels de produits ont été organisés. Certains opérateurs n’ont pas respecté les règles. Ce qui ne remet pas en cause la traçabilité. La mise en œuvre du système est complexe. La documentation papier a des limites…

– Les négociations OMC patinent. Craignez-vous un accord défavorable à l’industrie agroalimentaire ?

– Nous souhaitons le succès de ces négociations. Mais elles doivent avoir un résultat cohérent avec l’évolution des prix des matières premières sur le marché intérieur européen en ce qui concerne la suppression des restitutions à l’exportation. La question de l’ouverture des marchés est primordiale. Nous le voyons aujourd’hui avec la Russie. Des progrès ont été faits mais la situation reste difficile. Malgré l’accord phytosanitaire et vétérinaire, certains de nos membres rencontrent toujours des obstacles pour leurs exportations. Nous avons envoyé une lettre à la présidence luxembourgeoise de l’Union européenne pour la mettre en garde.