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Agrobusiness UE/Afrique L’industrie agroalimentaire européenne appelée à s’investir dans un marché prometteur

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Le séminaire « l’agrobusiness européen en Afrique : opportunités et défis » organisé par la Commission européenne, le 10 avril à Bruxelles, a tenté d’évaluer le potentiel de la coopération commerciale UE-Afrique pour soutenir le développement des entreprises agroalimentaires en Afrique en tant que moyen de renforcer la sécurité alimentaire et la création de richesse dans les communautés rurales à travers le continent. A cette occasion, Bruxelles a exhorté l’industrie européenne à être plus présente sur ce continent au potentiel agroalimentaire très prometteur et de plus en plus convoité par d’autres parties intéressées du monde.

Première rencontre spécialisée sur les opportunités et les défis, en Afrique, pour les investissements privés agroalimentaires européens, le séminaire organisé le 10 avril par la DG Agri et la DG Développement de la Commission européenne est intervenu « à un moment important pour les relations UE/Afrique dans le domaine agroalimentaire », si l’on en croit Dacian Ciolos, le commissaire européen à l’agriculture qui a participé à l’évènement aux côtés de son collègue responsable du développement et de la coopération, Andris Piebalgs. Dacian Ciolos estime qu’après avoir été reléguée au second plan pendant des décennies, l’agriculture en Afrique et ailleurs est redevenue aujourd’hui une priorité. « La Communauté internationale a pris l’engagement de remettre l’agriculture au cœur de la politique de développement, notamment dans le cadre du G8 et du G20 ». L’UE, a-t-il assuré, est mobilisée pour que « le plan d’action mis en place dans le cadre du G20 soit appliqué de façon effective et qu’il implique également le secteur privé ». Selon le commissaire, ce retour de l’agriculture au premier plan devrait se traduire, dans les relations bilatérales UE/Afrique, de façon concrète, « par le biais d’un partenariat stratégique dans le domaine agricole et le Sommet UE/Afrique d’avril 2014 ouvrira une fenêtre pour travailler à un agenda commun ». Dacian Ciolos a ajouté que le Sommet de Durban de fin mars 2013 qui réunissait les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), « montre l’importance pour l’UE d’être présente dans ce débat sur la sécurité alimentaire et de ne pas tourner le dos à l’Afrique alors que d’autres parties du monde s’y intéressent de plus en plus ». Selon lui, « il est important pour l’UE, premier partenaire de l’Afrique, de participer à la nouvelle dynamique, en particulier dans la zone subsaharienne, avec des investissements possibles pour de nombreuses entreprises européennes. Beaucoup de coopératives ou d’entreprises, petites et moyennes, peuvent réaliser des investissements responsables dans le cadre d’une relation gagnant-gagnant avec des partenaires locaux ».

C’est au privé de prendre sa part d’initiatives

Le commissaire roumain considère néanmoins que ce ne sont pas les institutions qui peuvent changer la réalité sur le terrain en Afrique « mais bien les acteurs locaux, régionaux, nationaux, les pouvoirs publics mais aussi les investisseurs privés ». D’où la nécessité d’impliquer les coopératives agricoles, les industries petites, moyennes et grandes des pays en développement et des pays développés. Dacian Ciolos, pour qui les perspectives de croissance en Afrique sont bien présentes, rappelle que la croissance du secteur agricole a été de 3,4% par an, ces dix dernières années et que le continent africain dispose de 25% des terres fertiles de la planète et compte pour 10% de la production agricole mondiale. « Les marges de progression sont devant nous, si l’on parvient à améliorer l’accès au crédit et aux techniques agricoles, à développer des infrastructures de transport et de stockage, à accroître la valeur ajoutée et l’intégration des petits agriculteurs aux circuits économiques », affirme le commissaire. Il considère que « les acteurs de la chaîne alimentaire sont les premiers intéressés et les plus compétents pour développer cette chaîne et la tirer vers le haut, y compris les acteurs privés européens qui ont des compétences à faire valoir ». L’UE, qui a des technologies et des savoir-faire, se dit « pleinement disponible et engagée avec ses partenaires africains pour intégrer l’agriculture et l’agroalimentaire dans son programme d’action extérieure, notamment via l’initiative du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (qui fête ses 10 ans cette année, ndlr) et d’autres initiatives nationales ou régionales ».
Les défis qui nous attendent sont de taille mais nous sommes optimistes, a assuré de son côté le commissaire au développement, Andris Piebalgs. « Les obstacles qui nous barrent la route peuvent être surmontés et l’UE continuera de s’engager à bâtir les capacités dont l’industrie agro-alimentaire africaine a besoin pour prospérer car celle-ci sera un moyen de réduire la faim et la pauvreté et de créer des emplois et une croissance durable », a-t-il conclu.

L’industrie européenne met en avant les défis du continent noir

Mella Frewen, la directrice générale de FoodDrinkEurope, le lobby de l’industrie agro-alimentaire de l’UE, a participé à un atelier qui avait pour thème « Win-Win opportunities for European and African agri food chains ». Elle s’est notamment appliquée à dresser les défis mais également les opportunités qui s’offrent aux opérateurs européens sur le continent africain. Côté perspectives souriantes, elle a relevé la croissance démographique de l’Afrique qui s’attend à atteindre le cap de 500 millions de personnes d’ici à 2030, l’émergence d’une classe moyenne, l’urbanisation croissante (déjà 71 villes de plus de 1 million de personnes), la croissance prévue du PIB de 5% pour l’Afrique sub-saharienne (2011 – 2015) et enfin l’ approvisionnement local en matières premières de haute qualité. Quant aux défis sur le continent africain ils sont à ses yeux de plusieurs ordres : instabilité politique et troubles sociaux, environnement juridique défavorables aux investissements, contraintes structurelles et absence de ressources et d’infrastructures sans parler des diversités culturelles. Pour améliorer la situation du continent noir, la patronne de FoodDrinkEurope estime nécessaire d’augmenter la productivité agricole en Afrique subsaharienne via un transfert de technologie et de savoir-faire, de régler le problème du stockage post-récolte, d’assurer un meilleur accès à la terre, aux finances et d’impliquer davantage les femmes dans l’agro-industrie. La balance commerciale de l’UE avec l’Afrique en ce qui concerne les échanges agro-alimentaire est largement favorable à l’Europe : le surplus commercial a pratiquement été multiplié par 5 entre 2009 et 2012 (voir tableau).

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