Le secteur agroalimentaire, première industrie de France, a un besoin urgent de « redonner de la valeur à l’alimentation », martèle l’Association nationale des industries alimentaires, chiffres à l’appui. Car le bilan économique 2016, même s’il n’est pas dramatique, s’avère inquiétant.
Après avoir adressé le 16 mars aux candidats à l’élection présidentielle les « 12 propositions de la première industrie de France » pour redynamiser la filière agroalimentaire (1), l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), est revenue à la charge le 4 avril. Le bilan économique 2016 de l’industrie agroalimentaire (IAA) n’est pas catastrophique, mais ses marges continuent à s’éroder. En cause, selon l’Ania, la hausse et la volatilité des cours des matières premières, une guerre des promotions dans la distribution et une pression fiscale excessivement forte. Une situation « choquante » selon Jean-Philippe Girard, directeur de l’Ania : les IAA méritent une plus grande attention de la part des politiques, car elles constituent l’un des poids lourds de l’économie française. Elles comptent près de 18 000 entreprises, majoritairement de TPE et PME, emploient près de 430 000 personnes et continuent à embaucher (4 000 emplois créés en 2016 par rapport à 2015). Au-delà des IAA stricto sensu, le secteur permet de soutenir 2,4 millions d’emplois « de l’amont à l’aval de la filière », précise l’Ania.
Une balance commerciale en recul
En 2016, les IAA ont enregistré un chiffre d’affaires de 172 Mrd€, en hausse de 1,1 % sur un an. « C’est une petite année », estime Jean-Philippe Girard. Car même si les résultats restent à la hausse, d’autres indicateurs révèlent le ralentissement du secteur. En 2016, l’excédent commercial de la France s’élevait à 7,2 Mrd€. C’est 12 % de moins qu’en 2015. « On se fait grignoter », alerte Jean-Philippe Girard. La France est le 4e exportateur mondial, alors qu’elle devrait « être sur le podium », estime le président de l’Ania. Hors vins et spiritueux, la balance commerciale est même déficitaire de 4 Mrd€, soit 1 Mrd de déficit supplémentaire par rapport à 2015. Et alors même que la conjoncture est plutôt favorable (CICE, taux d’intérêt, prix du pétrole), les entreprises de l’agroalimentaire voient leurs structures financières continuer à « se détériorer ». Tandis que l’industrie dans sa globalité surfe sur un mouvement haussier de ses marges depuis 2009, pour l’agroalimentaire, c’est le phénomène inverse qui se poursuit.
Hausse du prix des matières premières et promos magasin : la mauvaise équation
Première cause des difficultés du secteur selon l’Ania : la hausse des cours des matières premières, due aux mauvaises conditions climatiques et à la forte demande de pays émergents. Le prix du blé tendre a augmenté de 16 % en un an. « Une hausse inédite depuis 5 ans », commente Stéphane Dahmani, directeur économie de l’Ania. Le prix du lait a enregistré une hausse de 30 %, celui du beurre 50 %, le porc 22 % et le jus d’orange 50 %. Ces variations pénalisent durement les IAA car « la part des achats amont représente près de 55 % du chiffre d’affaires de l’IAA ».
Dans le même temps, les prix des produits alimentaires dans la distribution continuent de baisser. Fait nouveau, la « guerre des prix » commencée en octobre 2013, concerne même les marques de distributeur. Et à la « guerre des prix », s’ajoute désormais la « guerre des promos », qui alimente une « spirale déflationniste ». Sur les trois dernières années, « la déflation atteint près de 4 % en cumul s’agissant des produits alimentaires », déplore l’Ania.
Fiscalité lourde
Dernier handicap – et pas le moindre –, la pression fiscale qui pèse sur les IAA. Alors que l’agroalimentaire ne représente que 20 % de l’industrie manufacturière en France, elle contribue depuis 2011 « pour près de 50 % (hausse de 1,2 Mrd€) à la pression fiscale (supplémentaire, NDLR) qui pèse sur l’industrie manufacturière (hausse de 2,6 Mrd€) », affirme l’Ania.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Quant au coût du travail, la France reste le pays européen ayant les charges sociales les plus élevées. Elles pèsent 32,8 % dans les coûts de productions (26,5 % en moyenne en Europe).
Pour l’Ania, il y a urgence à agir. « Tout l’enjeu est de réveiller la filière, de la production agricole à la distribution », estime Jean-Philippe Girard. L’Ania reste cependant optimiste pour l’avenir. « On se sent plus écoutés et entendus que par le passé », reconnaît Jean-Philippe Girard. Reste à savoir si le futur président aura retenu les demandes des IAA.
(1) Voir Agra Presse hebdo n° 3587 du 20 mars 2017, p. 49
Hors vins et spiritueux, la balance commerciale de la France est déficitaire de 4 Mrd€
La FNPL et la Coordination rurale contestent les chiffres des industriels
Pour la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), le président de l’Ania a fait preuve d’« incompétence » lorsqu’il a indiqué que la « flambée » des matières premières expliquait les mauvais résultats financiers des IAA. Dans un communiqué du 5 avril, la FNPL affirme que dans le secteur laitier, les entreprises « ne se sont jamais aussi bien portées ». « La spirale baissière du prix du lait en 2015 et 2016, a logiquement permis aux industriels du secteur d’augmenter leurs résultats nets (Savencia : + 82 %, Bel : +15 % et Danone + 30 % entre 2015 et 2016). » Pour la FNPL, le discours de l’Ania est un « travestissement de la vérité » inacceptable.
La Coordination rurale de son côté est perplexe quant aux données communiquées par l’Ania. « Il sera intéressant de vérifier, lors la prochaine publication de l’Observatoire de la formation des prix et des marges, les chiffres officiels sans doute très différents de ceux avancés par l’Ania », affirme la CR dans un communiqué le 5 avril. Le syndicat rappelle à l’Ania que « même si l’industrie agroalimentaire traverse une zone de turbulences, les perturbations rencontrées doivent être relativisées face à la situation de faillite généralisée que connaissent les agriculteurs ».