Lors de ses Assises le 10 octobre au Carrousel du Louvre, l’industrie alimentaire a réussi à attirer l’attention sinon du grand public du moins d’une part importante des décideurs politiques et économiques. Encouragés par cinq membres du gouvernement venus ponctuer de leurs discours des tables rondes plus ciblées, les dirigeants de l’Ania ont marqué des points, en particulier avec l’engagement du ministre du Commerce Renaud Dutreil de parrainer un code de bonnes pratiques entre industriels et grande distribution et celui du ministre de la Santé de préférer désormais le partenariat à l’affrontement sur le débat omniprésent relatif à l’obésité.
Avec 140 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’industrie alimentaire est la première industrie française devant l’aéronautique, l’automobile et la mécanique, ce qui est peu connu», a martelé Jean-René Buisson, le président de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires).
La France est le premier exportateur mondial de produits agroalimentaires (28,7 milliards d’euros en 2005), devant les Etats-Unis, a reconnu pour sa part le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau, qui s’est félicité que « le cognac pesait autant que plusieurs Airbus et plusieurs rames TGV » et que l’ensemble des exportations étaient en train de repartir de l’avant : « Au premier semestre 2006, notre excédent agroalimentaire a progressé de 7 %, dépassant déjà les 4 milliards d’euros (contre 8 Mds pour douze mois en 2005) ».
D. Bussereau : le rôle-clé du PNDIAA
Non content de promettre 21 % de crédits en plus pour des actions sur les marchés internationaux en 2007, le ministre rappelé le « rôle-clé » du Partenariat national de développement des IAA (PNDIAA) piloté par le Délégué interministériel : Nicolas Forissier a son appui pour « ce plan qui fonctionne » et qui, dans plusieurs domaines par exemple, a permis le financement de projets de R&D dans les pôles de compétitivité (20 M EUR), la mobilisation de 14 M EUR pour le programme « alimentation » de l’Association nationale de la recherche (ANR), et l’appui à la création et à la labellisation depuis juillet de 8 unités mixtes de technologie et réseaux thématiques. Enfin, a complété Dominique Bussereau, avec le lancement de 12 pôles de compétitivité touchant aux filières agricoles, halieutique et forestière, « deux premiers appels à projets ont débouché sur plus de 20 dossiers financés à hauteur de 20 M EUR, le ministère y contribuant à hauteur de 8 M en 2006 ».
Un discours de N. Sarkozy servant de bilan de la loi Dutreil
Mais l’industrie alimentaire, pourtant bien perçue dans l’opinion, si l’on en croit les sondages commandés pour la circonstance par l’Ania (voir Encadrés), doit s’inquiéter de son manque d’attractivité (420 000 emplois, mais « 10 000 emplois offerts ne trouvent pas preneurs», comme l’a reconnu Dominique Bussereau). De même elle fait face, de plus en plus, à la concurrence grandissante des pays émergents qui disposent d’une main-d’œuvre à faible coût.
« La Chine, l’Inde, certains pays du pourtour méditerranéen veulent prendre leur part du marché agroalimentaire, et sur ce point également, le potentiel de la Chine est immense », a souligné Nicolas Sarkozy dans un discours lu par Christian Estrosi, ministre délégué à l’Aménagement du territoire, car le ministre de l’Intérieur, victime d’une de ses migraines habituelles, s’était excusé.
Initiateur, en tant que ministre de l’Economie, des accords de 2004 entre les industriels et les distributeurs pour ralentir la hausse des prix alimentaires, Nicolas Sarkozy s’est félicité que la loi « Galland réformée » d’août 2005 (loi Dutreil) ait donné « un certain nombre de résultats » car, en « permettant la réintégration progressive d’une partie des marges arrière dans les prix », elle aboutit à une « évolution des prix des biens de grande consommation inférieure désormais à celle de l’inflation ». Les parts de marché du hard discount se stabilisent, la concurrence entre enseignes reprend, ce qui donne « des écarts de prix de 12 % » entre la moins chère et la plus chère, a-t-il avancé.
Le ministre de l’Intérieur n’en a pas moins dénoncé les « abus des distributeurs » qui « persistent», concernant les marges arrière bien que le Parlement ait limité à 20 % du prix d’achat les marges arrière de la grande distribution au 1er janvier 2006, puis à 15% au 1er janvier 2007. D’ailleurs, Jean-René Buisson avait déploré auparavant que les marges arrière « demeurent en moyenne à 30 %, voire tendent à augmenter».
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Une autre réforme ?
Aussi, le discours de Nicolas Sarkozy, qui évoquait ces « abus» alors qu’il est « difficile pour vous d’engager des procédures juridiques adéquates », a brandi la menace d’une « réforme en profondeur de nos moyens de contrôle et de régulation » si la « détermination» des pouvoirs publics et les « contrôles» de la DGCCRF ne suffisaient pas.
Pour améliorer les relations difficiles entre les industries alimentaires et l’ensemble des enseignes de la grande distribution, sujet dont le ministre du Commerce, cette fois, a directement la charge, Renaud Dutreil a lui aussi avancé quelques pistes à la tribune de l’Ania : tout en se félicitant des premières retombées de la loi qui porte son nom, il n’a pas exclu d’aller plus vite sur la voie du « triple net » et surtout il a suggéré qu’un accord de « bonnes pratiques » entre l’industrie et la distribution soit envisagé rapidement. « L’ambition de cet accord est de mettre en œuvre les bonnes pratiques permettant aux PME du secteur alimentaire de développer leur chiffre d’affaires», a déclaré M. Dutreil. Cet engagement de « bonnes pratiques » consisterait, selon lui, « à favoriser un système concurrentiel équitable pour les PME, leur permettant de rester compétitives face aux grandes sociétés multinationales ».
Prochaine rencontre avec l’Ania et la FCD
Par cet accord, les enseignes s’engageraient sur « des domaines-clés de la collaboration commerciale : la politique d’achat et de référencement, la communication sur le lieu de vente, l’information économique des entreprises partenaires, les nouveaux acteurs ». De leur côté, « les PME s’engageraient à fournir une information régulière et transparente concernant l’évolution de leur chiffre d’affaires, le développement de leurs nouveaux produits, la structure de leur actionnariat et de leur capital social».
La première réunion sur ce sujet doit se tenir dès la semaine prochaine entre le ministère du Commerce et des PME, l’Ania et la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), indiquait-on aussitôt en marge de ces Assises.
Avec la Santé, le duel n’est plus qu’à fleurets mouchetés
En fin de journée, le ministre de la Santé Xavier Bertrand est revenu sur les mesures affichées dans le PNNS 2 en soulignant que dans ce nouveau cadre il « attendait beaucoup de l’industrie alimentaire » : il ne s’agit « pas d’agir sans vous ni contre vous, il y a de la place pour un partenariat plus fort entre vous et les pouvoirs publics », a-t-il dit à propos de la lutte qu’il a entreprise contre l’obésité - et aussi d’ailleurs contre les images publicitaires du corps qui risquent de faire le lit de l’anorexie. Reprenant ses propos de septembre dernier à l’Hôtel Dieu Cf Agra alimentation du 14.09.06, p. 7, le ministre de la Santé a proposé aux industriels de signer avant la fin de l’année des engagements collectifs ou individuels conformes aux objectifs du PNNS en ce qui concerne les apports de sucre, de sel et de gras, mais aussi la taille des portions, la limitation de la publicité ciblant les enfants et la meilleure nutrition de leurs propres salariés. Pour arrêter les termes de ces chartes, un Comité d’experts va être créé, présidé par une personnalité indépendante très prochainement désignée en accord avec les ministres de l’Agriculture et de l’Economie. L’Observatoire de la qualité de l’alimentation, succédané de l’Observatoire de la consommation alimentaire annoncé naguère dans le cadre du PNDIAA, va démarrer avec le ministère de l’Agriculture et avec l’appui scientifique, notamment, de l’INRA, et l’apport des données de la profession : il publiera chaque année un rapport sur l’évolution du contenu nutritionnel réel de l’offre alimentaire. Enfin, dès février, les publicités alimentaires seront assorties de messages nutritionnels conformes au PNNS, le ministre comptant bien ici sur la discipline des annonceurs industriels : « Si à la place, ils payent la taxe, sachez que celle-ci ne m’intéresse pas », a prévenu Xavier Bertrand.
Bien que ces propos ministériels aient été aux antipodes des soupçons et des menaces des mois précédents, Jean-René Buisson est revenu en finale sur « les tirs de missiles » que l’Ania a eu à détourner maintes fois lorsque l’on parlait de taxer les produits sucrés et de grignotage ou d’interdire purement et simplement les publicités sur certaines chaînes. Il a aussi affiché à l’avance son désaccord sur tout projet imposant de qualifier les produits avec un fléchage nutritionnel. Comme il l’avait déjà dit le matin au ministre de l’Agriculture, « nous voulons être mieux traités et ne plus être considérés comme des boucs émissaires mais comme des partenaires des pouvoirs publics ».