Plus de 1000 défaillances d’entreprises ont été enregistrées dans l’agroalimentaire en 2004 et aucune amélioration n’est apparue au premier semestre 2005, selon les observations des spécialistes de l’assurance-crédit de Groupama. Le secteur affiche en fait le même rythme de faillites, mises en redressement et cessations d’activité qu’en 2003, année au cours de laquelle le nombre de disparitions avait connu une hausse de 6,5 % mais après plus de cinq ans de décrue.
Dans le champ observé par Groupama, le commerce de gros de produits agroalimentaires occupe une place non négligeable avec plus de 180 défaillances en 2004 tandis que les IAA proprement dites en affichent près de 800.
Quant au commerce de détail alimentaire (728 défaillances dans le commerce alimentaire non spécialisé), qui est constitué d’une très grande quantité d’acteurs, il a vu le nombre de ses défaillances bondir de 12,4 % contre + 6,5 % en 2003. Là aussi, la tendance s’était renversée après une période continue de baisse du nombre de disparitions et l’alimentaire, depuis 2003, a connu une dégradation de sa situation plus marquée que les autres commerces. Groupama y voit l’effet notamment du développement des surfaces de ventes de quartier (parmi lesquelles le hard discount avec des magasins de moins de 3000 m2). Le premier semestre 2005 reste au niveau des mois précédents si ce n’est que les entreprises défaillantes sont de plus petite taille.
L’industrie alimentaire, pour sa part, connaît en réalité une dynamique de créations d’entreprises toujours très forte en part relative, et ce davantage que le commerce même si 90 % des 55 000 créations enregistrées en 2004 ont eu lieu dans le commerce de détail. L’industrie, elle, a connu à elle seule une hausse de 10 % du nombre de ses créations, rappelle l’étude.
Méfaits possibles de la prévention des faillites
Si les défaillances sont restées importantes, dans l’industrie agroalimentaire, elles sont donc bien inférieures au nombre de créations. En fait, commente Groupama, « dans un contexte de ralentissement économique, les incitations gouvernementales à la création fonctionnent à plein mais risquent de fragiliser le tissu économique ». De plus, la réforme engagée sur les procédures collectives, qui entre en vigueur le 1er janvier prochain, met l’accent sur la prévention en favorisant le dialogue avec les créanciers avant d’en arriver au dépôt de bilan. Au point que les spécialistes de l’assurance-crédit en viennent à redouter un possible effet contraire : la simple révélation des difficultés ne pourrait-elle pas accélérer la déconfiture ?, s’interrogent-ils. Or, l’ensemble des filières agroalimentaires est confronté à une réduction de la demande tant à l’intérieur qu’à l’exportation où la parité euro/dollar crée un handicap.
Revue de détail des secteurs
Trois filières sont plus particulièrement en crise, le vin, la volaille et les œufs, qui sont contraintes d’initier des stratégies plus orientées sur l’offre afin de réagir à une concurrence de plus en plus ouverte suite au désengagement de l’Etat ou de l’Union européenne. Mais bien d’autres secteurs font face à un certain nombre de difficultés propres.
– La filière lait, dont la sinistralité demeure correcte, enregistre quand même une hausse spectaculaire du nombre de ses défaillances (en hausse de 50 % en 2004). Les transformateurs ont subi un recul très significatif de leurs marges, face à une consommation globalement insuffisante. Les grossistes ont connu une baisse de trafic, avec une érosion de leurs résultats et une clientèle de détaillants toujours en réduction. L’ensemble de la filière poursuit sa restructuration avec l’émergence de partenariats devenus nécessaires pour la pérennité de certaines activités. Les opérations de croissance externe s’intensifient.
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– La filière volaille, touchée depuis fin 2001, ne cesse d’enregistrer des pertes importantes, écrivent les analystes de Groupama. Après un premier semestre 2004 difficile (flambée des cours de l’aliment, premiers foyers de grippe aviaire), la seconde partie de l’année s’est mieux passée, mais les tensions persistent, accentuées aujourd’hui par la baisse de la consommation et la concurrence des viandes importées. La poursuite des restructurations semble inéluctable.
– Pour la filière porc, si 2003 avait été catastrophique, 2004 a permis à la majorité des grands industriels de retrouver une certaine profitabilité. Cependant, les marchés restent difficiles et les importations de viande ne cessent de croître. La fin 2004 a été favorable pour la filière à l’exception des entreprises de charcuterie-salaison qui ont souffert de la flambée des cours de certaines pièces. De profondes mutations sont à prévoir dès 2005, estime Groupama.
– En viande bovine, 2004 a confirmé la dégradation lente et régulière de la profitabilité des entreprises de ce secteur ; les industriels souffrent d’un manque de matière première et de l’impact des taxes sur les co-produits au point que 2005 s’annonce difficile pour la majorité des opérateurs.
– Dans les produits de la mer, la raréfaction de certaines espèces et les quotas communautaires ont directement affecté les criées et les mareyeurs, qui ont vu leur activité chuter. Ainsi, les captures ont régressé de près de 20% entre 2002 et 2004. Tendance confirmée au premier trimestre 2005 : -10% par rapport à la même période 2004.
Autres secteurs difficiles : l’alimentation animale a connu un nouveau recul en 2004 et sous la pression concurrentielle, les opérateurs n’ont pu répercuter les hausses des matières premières (céréales et tourteaux de soja) du premier trimestre ; la meunerie, malgré des débouchés stables sur le marché intérieur, voit ses exportations toujours en forte baisse, ce qui laisse des surcapacités dans la filière malgré les plans de restructuration tandis que les charges augmentent (mise aux normes, traçabilité) et que les cours sont de plus en plus volatiles ; la malterie européenne connaît une conjoncture plus tendue (baisse des marges liée aux surcapacités cycliques, baisse de la demande des brasseurs européens et fermeture des débouchés d’Europe de l’Est), ce qui laisse présager des restructurations.
– La crise du vin, si elle ne concerne plus le cognac et épargne bien sûr le cham-pagne, affecte de nombreuses régions et s’accentue en 2005. Porteurs de stocks importants ayant tendance à se dévaluer, les viticulteurs et les coopératives sont au bord de l’asphyxie, estime Groupama. La campagne de distillation mise en place à la fin du printemps n’a pas eu l’impact espéré. Le fait majeur est que ce sont les appellations qui sont au cœur de la tourmente. Les négociants souffrent également de la mévente générale qui affecte tout autant la consommation intérieure que l’exportation. Certes, quelques régions comme le Val de Loire ont retrouvé des volumes avec l’étranger, mais avec des prix qui restent bas. Les grossistes en boissons sont confrontés également à une baisse d’activité, avec une contraction très forte de la demande des CHR et des cavistes. Leur trésorerie se tend inexorablement.