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Focus Allemagne L’industrie allemande, moteur de la production laitière

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L’industrie allemande, résolument tournée vers l’export, assure des débouchés intéressants à la filière laitière qui pourra ainsi pleinement profiter de l’arrêt des quotas en 2015. La politique de soutien appuyé au secteur pousse de surcroît les éleveurs à augmenter leur rendement. Mais la concurrence du biogaz pourrait rapidement freiner l’expansion de la production nationale.

Leader européen de la production laitière en 2011 avec une collecte de 29,3 millions de tonnes, contre 24,6 millions en France, l’Allemagne profite de son industrie performante pour tirer l’ensemble de la filière. D’après l’Institut de l’élevage, l’organisation territoriale des laiteries permet à ces dernières d’avoir des coûts de collecte inférieurs de 3€/tonne aux laiteries françaises. Le nombre de produits fabriqués étant également plus réduit et de moins bonne qualité qu’en France, les coûts de transformation sont, eux, plus bas de 15€/tonne par rapport à la France. Enfin, les frais d’emballage de stockage et de transport y sont inférieurs de 8€/tonne. L’industrie allemande est en outre stratégiquement tournée vers l’export : les ventes à l’étranger représentent 46% de la production laitière allemande (principalement vers l’UE et la Russie). Mais cette propension à se placer sur les marchés extérieurs expose l’Allemagne aux fluctuations des cours mondiaux : le prix du lait payé au producteur est ainsi tombé bien plus bas que le prix français en 2010, même s’il avait atteint des sommets autrement plus élevés en 2008.

Une politique de soutien forte

Pour faire fonctionner cette industrie, l’Allemagne a donc besoin de dynamiser sa collecte par des politiques fortes de soutiens publics, de fiscalité et de succession. Les usages en termes de succession, qui favorisent l’héritier principal, permettent de maintenir des exploitations non morcelées. Les aides à l’investissement sont par ailleurs ciblées sur les grands élevages. Pour la période de programmation 2000-2006, le budget dédié à l’investissement agricole était quasiment similaire en France et en Allemagne, mais son utilisation bien différente. Le budget français a été réparti sur un grand nombre d’exploitations et avec un plafond relativement bas (90 000€). L’Allemagne a, elle, poussé à des investissements massifs avec un plafond bien plus élevé et la règle du « premier arrivé, premier servi ». Les exploitants peuvent également choisir un régime fiscal dit au forfait, qui leur permet de vendre à un taux de TVA supérieur à celui appliqué à leurs achats et de conserver la différence. L’Allemagne a également assuré sa position de leader de la production grâce à une politique de maîtrise des volumes diamétralement opposée à celle de la France. En 2008, producteurs et industriels allemands ont tenté de compenser la forte chute du prix du lait en augmentant la production, ce qui s’est traduit par une stabilisation du cheptel. Avec l’amélioration des prix en 2011, le troupeau national est reparti à la hausse. L’Allemagne peut aussi compter sur un rendement record de son cheptel. La productivité par tête de bétail et par an atteint les 7 200 litres en moyenne (contre 6 625 litres en 2011 en France), même si les disparités restent fortes entre le Sud (6 350 litres), le Nord (7 510 litres) et l’Est (8 510 litres).

La rémunération du biogaz est à double tranchant

Les éleveurs allemands profitent par ailleurs d’un prix garanti sur 20 ans pour le rachat d’électricité produite à partir d’un méthaniseur. Pour être rentable par rapport au biogaz, le prix du lait doit atteindre les 370€/tonne. Or, en 2011, année record en termes de prix, la rémunération n’a atteint que 351€/tonne en moyenne. La politique énergétique allemande a donc poussé les éleveurs à investir massivement dans des outils de production énergétiques. Sur les 7 500 digesteurs que compte l’Allemagne en 2012, 60% sont dans des exploitations laitières. Ainsi, ce sont 300 000 hectares de prairies qui ont été retournés au profit du maïs depuis 2004. Mais cette tendance se révèle finalement plus handicapante que bénéfique à la filière laitière et risque, à terme, de casser la dynamique de la production laitière allemande. Plus de 850 000 ha de maïs ensilage partent désormais dans les digesteurs, soit 40% de la surface nationale. Cela a deux conséquences : l’abandon de la production laitière au profit du biogaz, mais aussi une flambée du prix du foncier.

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