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Volailles chlorées L’industrie avicole salue le rejet du projet de la Commission européenne

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26 contre, 1 abstention : le résultat du vote des représentants des Etats membres au sein du Comité permanent de la chaîne alimentaire de l’UE est on ne peut plus clair pour rejeter la proposition de Bruxelles d’ouvrir à nouveau le marché aux poulets chlorés américains. L’industrie avicole européenne (AVEC) se félicite du « bon résultat du vote qui montre clairement qu’aucun Etat membre de l’UE n’est favorable au retour des gallinacées javellisées américaines ». Y compris le fidèle Royaume-Uni qui a dû s’abstenir lors du vote pour ne pas déplaire à Washington. La balle est maintenant dans le camp des 27 qui doivent donner un avis définitif lors d’un prochain Conseil des ministres.

Malgré l’opposition de la quasi-totalité des Etats membres, la Commission a pourtant été jusqu’à présenter son projet de règlement pour réintroduire la volaille chlorée américaine, même si elle s’est appliquée à l’accompagner de conditions draconiennes. La commissaire à la Santé Androula Vassiliou, ainsi que ses collègues à l’Agriculture Mariann Fischer Boel et à l’Environnement, Stavros Dimas, ont exprimé leurs réticences à lever l’embargo. Seul le commissaire à l’industrie et aux entreprises, Günter Verheugen, soutenu par le commissaire britannique au Commerce Peter Mandelson, a fait des pieds et des mains pour convaincre ses collègues d’autoriser l’importation de poulets américains. Coprésident du Conseil économique transatlantique Mis en place en avril 2007, le Conseil économique transatlantique ambitionne de gommer les aspérités commerciales récurrentes entre l’UE et les Etats-Unis. Il est coprésidé par Günter Verheugen et par le conseiller du président Bush pour les questions économiques, Allan Hubbard., Günter Verheugen a tout fait pour que ce projet de texte soit mis sur la table à temps pour un sommet UE/Etats-Unis, prévu le 10 juin en Slovénie et auquel doit assister le président George Bush. Il avait en effet promis à ses collègues américains que le dossier des importations de poulets américains trouverait une solution avant la tenue du Sommet. Apparemment c’est plutôt raté.

La parole est au Conseil

Que va-t-il se passer après le rejet du projet par le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (CPCASA) ? Selon la procédure habituelle, quand une proposition de la Commission européenne est rejetée au sein du Comité permanent de la chaîne alimentaire le dossier passe directement à un prochain Conseil des ministres. La Commission européenne qui se retrouve dans ses petits souliers, n’a pas été en mesure de préciser lequel des deux prochains Conseils serait concerné. Celui des ministres des Affaires étrangères qui doit se tenir à Luxembourg le 21 juin ou celui de l’Agriculture du 24 juin dans la même ville ? Le mystère reste entier.

La première intention de la Commission était de proposer un texte en juillet prochain mais vu l’opposition quasi générale des Etats membres, de l’industrie avicole européenne, des ministres européens de l’Agriculture, des députés européens, des consommateurs ainsi que des agriculteurs, elle s’est rapidement rabattue sur une procédure de vote au niveau du Comité de la chaîne alimentaire avec les résultats que l’on sait. Ce vote aurait-il sonné le glas du projet de la Commission ? Tout le monde en Europe voudrait bien le croire mais certains recommandent la prudence. « Nous sommes satisfaits des résultats de cette première étape. Toutefois cela ne signifie pas que le dossier est évacué définitivement », a confié à Agra alimentation, Cees Vermeeren, le directeur de l’Avec, l’Association de l’industrie avicole européenne. Prudent à l’extrême, il rappelle que les choses ne sont toujours pas claires et que la Commission pourrait encore revenir à la charge quitte à proposer une autre voie pour contourner l’opposition actuelle à son projet.

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Les méthodes européennes, sinon rien

Toujours est-il que les représentants de l’industrie avicole européenne ne sont pas prêts à ce que l’image de la viande de volaille progressivement mise en place par ses soins « soit compromise par une action injustifiée en permettant les importations de volaille traitées chimiquement ». Ils redoutent que les méthodes américaines d’élimination des éléments pathogènes ne supplantent progressivement les règlements sanitaires européens. Ces derniers prévoient comme on le sait tout un contrôle minutieux de l’élevage, de la surveillance journalière des poussins aux contrôles qualité réalisés à la sortie de l’abattoir. La fédération avicole française s’est quant à elle inquiétée de possibles « distorsions de concurrence » entre les deux rives de l’Atlantique.

Revenant sur les projets de la Commission européenne, Cees Vermeeren estime que « récolter des données scientifiques supplémentaires auprès des Etats membres et en même temps autoriser pendant deux ans la commercialisation de produits de volaille traités chimiquement provenant de pays tiers n’est pas la solution la plus appropriée pour régler le problème des bactéries ». Selon lui, les scientifiques eux-mêmes disent que les données manquent encore pour avoir une idée complète des dangers potentiels présentés par cette méthode d’élimination des bactéries. Même l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA) qui, dit-il, a adopté un avis concluant à l’absence de risques de la désinfection des carcasses de volailles à l’eau chlorée, a précisé qu’il existe encore un manque d’informations documentées et s’est dite « incapable » de prouver que le recours aux acides peroxydés, l’une des quatre substances utilisées dans la décontamination du poulet américain, garantit l’éradication ou la réduction des bactéries.