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Union européenne L'industrie biotechnologique met en doute les conclusions du professeur Seralini

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Les industriels européens ne souhaitent pas « pour l’instant » communiquer sur les conclusions de l’étude controversée, se réservant le temps de la réflexion. C’est le cas du lobby des industries alimentaires européen Food Drink Europe, tout comme celui de l’ANIA en France. En revanche, José Bové et Corine Lepage, militants anti-OGM de longue date, n’ont pas hésité à nous faire part de leurs commentaires. Tout comme Catherine Geslain-Lanéelle, directrice de l’EFSA (ou AESA) dont les services vont être amenés à se pencher très sérieusement sur ce dossier et dont l’impartialité sur ce sujet a été mise en doute à de nombreuses reprises. Europabio de son côté est très critique.

Le financement de cette recherche doit être examiné à la loupe, de même que les motivations politiques et commerciales des parties impliquées ». Europabio, le lobby des industries biotechnologiques européennes (1) aura été la première instance industrielle à décocher des flèches à l'endroit de l'étude de l'équipe du professeur Gilles-Eric Seralini. Tout en indiquant que « les spécialistes étudieront avec toute l'attention nécessaire cette étude avant de commenter davantage sur la valeur scientifique de son contenu », EuropaBio tient à rappeler tout d'abord que « de nombreuses études, aussi bien sur les rongeurs que sur d'autres animaux, menées par des chercheurs scientifiques de toutes les régions du monde, n'ont, jusqu'ici, signalé aucun effet toxique des OGM sur la santé ». Elles insistent aussi sur le fait que les cultures biotechnologiques « sont rigoureusement testées pour la sécurité avant leur commercialisation et que les produits génétiquement modifiés approuvés passent tous par une évaluation rigoureuse de la sécurité par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), ainsi que par les agences de sécurité nationales dans d'autres circonstances ». Afin de mieux flétrir les conclusions du professeur Seralini, le lobby de l'industrie biotechnologique rappelle qu’« en Europe et dans le monde, des dizaines de millions d'animaux de ferme, y compris les poulets, les porcs et les vaches sont nourris avec du maïs et du soja génétiquement modifié et que depuis 1996, plus de 2 milliards de repas contenant des ingrédients génétiquement modifiés ont été consommés dans le monde sans qu'un seul cas justifié de problèmes de santé pour les humains ou les animaux soit signalé ». D'ailleurs, « l'Organisation mondiale de la santé elle-même n'a-t-elle pas déclaré qu'aucun effet sur la santé humaine n'a été démontré à la suite de la consommation des aliments génétiquement modifiés par la population générale dans les pays où ils ont été approuvés?» Pour mieux enfoncer le clou, Europabio s'en prend à l'équipe du professeur Seralini sans toutefois jamais citer de nom : « Les médias devraient être conscients de la réputation des auteurs de l'étude dont certains sont étroitement associés aux groupes militants anti-OGM ». Mieux : EuropaBio se plaît à rappeler que « l’auteur principal de l'étude a déjà publié des données sur une étude d'alimentation animale qui a été ouvertement critiquée par l'AESA qui a considéré que les hypothèses qui sous-tendent la méthodologie statistique utilisée par l'auteur ont conduit à des résultats trompeurs et que le document ne présente pas une justification scientifique solide pour mettre en doute la sécurité du maïs transgénique. »
 
José Bové et Corine Lepage sur la même longueur d'ondes
En revanche, pour l'eurodéputé Vert, José Bové, « un moratoire doit être décrété par le commissaire européen à la santé, John Dalli, sur les plantes transgéniques autorisées à la culture, à l'importation et à l'alimentation humaine et animale ». Il estime « urgent de revoir rapidement tous les processus d'évaluation des OGM. Les données fournies par Monsanto et les autres multinationales sont tout simplement biaisées et ne reposent pas sur des travaux scientifiques sérieux et fiables ». Selon l'ancien paysan du Larzac, « les agences nationales et européennes de sécurité alimentaire doivent réaliser de nouvelles études financées par des fonds publics pour garantir aux consommateurs européens une alimentation saine». Sa collègue ALDE (Libéraux européens), Corinne Lepage, demande carrément « la suspension de l'importation du maïs NK 603 et de manière plus générale la révision complète des procédures d'homologation pour les OGM mais aussi pour les pesticides ». Elle estime « intolérable » que l'AESA se contente « d'examiner des études faites par les centres de recherche de l'industrie qui se limitent à seulement 90 jours, or l'étude de Seralini montre qu'à 90 jours on ne voit pratiquement rien ». Alors que faire ? « Il faut, dit-elle, rétablir la confiance des consommateurs dans leur alimentation, il faut leur offrir un vrai choix : manger ou pas des aliments génétiquement modifiés, d'où l'importance de l'étiquetage ». Elle considère également que l'étude de l'équipe de Seralini « constitue un travail de recherche précieux qui peut aider l'agriculture européenne à se passer des importations de soja américain et à créer donc des filières totalement sans OGM en Europe ».
 
L'AESA réserve ses commentaires à plus tard
Quand on lui pose la question de savoir quand l'AESA pourra apporter une première réponse, Catherine Geslain-Lanéelle, directrice exécutive, présente lors de la présentation de l'étude de Seralini à Bruxelles, nous répond :
« L'AESA va en discuter dès le lundi 24 septembre et va regarder sérieusement les conclusions de cette étude car il s'agit là d'OGM, de pesticides et d' effets des perturbateurs endocriniens ». Selon elle, « on en saura un peu plus dans quelques jours et on pourra vous communiquer une méthode de travail et un calendrier. Il faut que l'on soit sérieux en tout cas ». La directrice de l'Agence nous a indiqué que l'AESA va prendre langue avec Gilles-Eric Seralini et voir « s'il est prêt à partager ses données avec nous ». Le professeur de l'Université de Caen hésite en effet à mettre sa documentation à la disposition de l'AESA « sauf à obtenir toutes garanties de confidentialité sur les données transmises, tout comme en bénéficient les industriels ». Catherine Geslain-Lanéelle a tenu à le rassurer :
« Mes experts vont vouloir accéder aux données brutes de son étude. On a déjà travaillé avec Seralini dans le passé avec l'OGM de Monsanto 863 et on lui a demandé les données brutes et il nous les a données sans problème. Je ne les publierai pas sur Internet, il peut être rassuré ! ». Quand on lui fait remarquer que Gilles-Eric Seralini a demandé à ce que ce ne soit pas le même panel qui analysera son étude que celui qui a autorisé dans le passé des OGM, la patronne de l'AESA a marqué un certain agacement : « D'abord ce n'est pas le même panel que celui de 2009, la moitié des experts a changé depuis lors. Ensuite demander à ce que un panel qui a travaillé et donné un avis dans le passé par exemple sur un produit et de lui dire de ne pas s'occuper aujourd'hui de ce même produit, que dois je faire ? Vais-je changer de panel tous les 15 jours ? » Avant d'ajouter : « Hier, on a eu les conflits d'intérêts avec les industries et aujourd'hui on nous dit qu'on va avoir des conflits d'intérêts avec des panels parce qu'ils ont déjà donné un avis sur les OGM, on va travailler avec qui ? C'est totalement absurde ! ».
 
(1) Sollicité par Agra Alimentation pour un commentaire sur l'étude de l'équipe Seralini, le lobby de l'industrie alimentaire européenne, FoodDrinkEurope, nous a répondu d'un laconique « Wait and see » : « Nous attendons l'examen de cette étude par les autorités européennes et nationales. La DG SANCO a confirmé que l'AESA va vérifier l'étude présentée par le groupe de scientifiques en passant en revue ses résultats ainsi que toutes les données pertinentes d'ici la fin de l'année 2012. Le gouvernement français a également confirmé que cette étude serait analysée par l'Anses ».

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