La Fédération des industriels de la charcuterie (Fict) déplore des baisses de volumes et de rentabilité en 2016. Les entreprises n’arrivent pas à répercuter la hausse des cours du porc. La grande distribution est à nouveau montrée du doigt. Pour le président Robert Volut, la situation de Turenne-Lafayette est à replacer dans ce contexte.
Après les éleveurs en 2015, c’est au tour des industriels de la charcuterie d’avoir rogné leurs marges en 2016. Lors d’une conférence de presse organisée le 17 janvier à Paris, la fédération des industriels de la charcuterie (Fict) a fait part de baisses de volume et de marges chez les entreprises qu’elle représente (Hénaff, Fleury-Michon, Bordeau-Chesnel…). La rentabilité serait en berne, déplorent-ils : « Nous n’avons pas encore de chiffres précis, mais la tendance est claire », estime son président Robert Volut. En 2016, les charcutiers ont subi une hausse du prix des pièces de porc vendues par leurs fournisseurs (entre +12 % et +50 % selon les pièces).
Les prix des pièces en hausse
Éleveur qui rit, charcutier qui pleure, pourrait-on dire. Cette hausse traduit la bonne tenue du marché du porc en 2016, avec une cotation bretonne en progression de 6 % sur l’année 2016, après deux années de baisse. Le marché français profite de l’essor des exportations vers la Chine et de la demande croissante des grandes surfaces pour les produits d’origine France. Les prix des pièces représenteraient en moyenne 50 % du prix de revient d’un charcutier, et la hausse n’aurait pas été néfaste si les industriels avaient pu la répercuter dans la vente de leurs jambons et autres pâtés. Mais, de même que depuis plusieurs années, la grande distribution aurait accordé trop peu de hausses aux industriels, déplore Robert Volut. Contrairement à ce que pratiqueraient d’autres secteurs, comme la restauration par exemple. La grande distribution écoule 65 % des produits de la charcuterie salaison, estime la Fict.
Baisse des volumes
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Pour noircir le tableau, les volumes non plus ne seraient pas au rendez-vous en 2016. Cette inquiétude concerne aussi bien les éleveurs que les charcutiers, cette fois. Après 10 années de progression, à une moyenne de 1,4 % par an, la consommation de charcuterie à domicile serait en baisse (-0,5 % en tonnages), pour la deuxième année consécutive. Le phénomène toucherait toutes les tranches d’âge, et toute l’Europe occidentale, note le syndicat.
Plus conjoncturellement, la fin d’année a été marquée par la diffusion d’un reportage de l’émission de Cash investigation sur la fabrication des jambons. Selon la Fict, elle aurait eu pour effet une baisse de la consommation de jambon cuit de 4 % sur les derniers mois de l’année. Dans un tel contexte, les difficultés de l’entreprise Financière Turenne Lafayette (William Saurin, Madrange) ne seraient pas étonnantes, selon Robert Volut : « Le contexte pèse sur toutes les entreprises. »
Porc : après des prix stables fin 2016, un début d’année en légère hausse
Après avoir connu un niveau exceptionnellement stable sur la fin de l’année 2016 à 1,30 € le kilo, le prix de base du Marché du porc breton (MPB) débute l’année sur une légère hausse. Les deux premières semaines de cotation ont porté le prix à 1,32 € le kilo lors de la séance du 12 janvier. Le marché est décrit comme fluide par les analystes du MPB. « On peut noter une baisse drastique des poids, 550 g pour l’activité de la semaine », commente le directeur du groupement Syproporcs. Pour lui, « les conditions sont réunies pour faire en sorte que le cours progresse dans les prochaines semaines ».