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POLITIQUE COMMERCIALE/UE L'industrie des vin et spiritueux veut peser sur la future stratégie commerciale

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POLITIQUE COMMERCIALE/UE > Ouverture toute ! Tel est le leitmotiv de l'industrie européenne du vin et de celle des spiritueux qui, à la veille de la publication d'une communication de la Commission européenne sur une nouvelle stratégie commerciale de l'UE, voudraient peser de tout leur poids pour inciter les institutions européennes à adopter une stratégie commerciale « très ouverte et bien affirmée » au cours des cinq prochaines années. Une stratégie qui se voudrait également « positive et qui s'oppose à toute forme de protectionnisme ».

« Les opportunités de croissance pour les vins et spiritueux se trouvent principalement à l'extérieur de l'UE. Voilà pourquoi le commerce ouvert est la clé de la prospérité des secteurs des vins et des spiritueux ». Dans un communiqué publié en commun, le CEEV (Comité européen des entreprises de vins) et SpiritsEurope, le lobby de l'industrie des spiritueux de l'UE, exhortent les institutions de l'UE à adopter « une stratégie commerciale de l'UE positive très affirmée » au cours des cinq prochaines années, en se concentrant sur les marchés prioritaires et en s'opposant fermement « à tout protectionnisme tant au sein de l'UE qu'au niveau mondial ». Pour bien se faire comprendre, les deux groupes de pression agitent leurs calculettes : chaque heure, les ventes de vins et de spiritueux génèrent 2,2 millions d'euros pour l'Europe. Dit autrement : 18,5 milliards d'euros par an affluent tous les ans vers l'UE en provenance des autres continents grâce aux exportations européennes de vins et de spiritueux. « Des milliards de raisons pour que les acteurs des secteurs du vins et des spiritueux soient associés à la révision de la stratégie commerciale de l'UE l'automne prochain », plaident les responsables du CEEV et de SpiritsEurope. L'une de leurs principales revendications est l'attribution de plus de ressources humaines au sein de la DG Trade (direction générale du commerce) de la Commission européenne. « La Commission est déterminée à réduire le nombre de ses fonctionnaires tout en affirmant que la réduction globale des effectifs ne devrait pas se faire au détriment de l'efficacité. Nous pensons au contraire que davantage de ressources humaines devraient être allouées aux DG qui servent les objectifs du président Jean-Claude Juncker en matière de croissance et d'emploi », a déclaré Paul Skehan, directeur général de SpiritsEurope. Avant de préciser : « Cela signifie plus – et non moins – de ressources aussi bien à la DG Trade, qu'à la DG Agri (agriculture) et à la DG Growth (marché intérieur, industrie et entreprises) pour gérer les négociations d'accords de libre-échange avec nos partenaires commerciaux et pour faire respecter les accords existants ainsi que les règles de l'OMC ». Ignacio Sanchez Recarte, secrétaire général du CEEV, a quant à lui plaidé pour que le personnel des délégations de l'UE à travers le monde soit également renforcé en matière de politique commerciale « afin de coor-donner les actions de l'UE et des États membres sur les différents marchés étrangers ». Selon lui, la création récente de l'équipe « Accès au marché » pour les boissons alcoolisées en Inde constitue « un bon exemple de la façon dont les délégations européennes pourraient travailler ensemble avec les ambassades des États membres et l'industrie des boissons alcoolisées pour défendre les préoccupations des entreprises de l'UE sur le terrain ».

CECILIA MALMSTRÖM : PRENDRE EN COMPTE LES PRÉOCCUPATIONS DES CONSOMMATEURS

Une nouvelle stratégie commerciale de l'UE est en préparation dans les bureaux de la DG Trade à Bruxelles. La Commission a décidé d'en lancer une cette année suite au nombre croissant d'accords commerciaux en cours de négociation dans le monde et en raison notamment de leur nature de plus en plus politique. « Les changements à l'échelle de l'économie mondiale, la prolifération des accords bilatéraux de libre-échange, ainsi que la nature de plus en plus politique de ces derniers, rendent nécessaire une nouvelle stratégie commerciale », a expliqué Cecilia Malmström, la commissaire européenne au commerce, devant les membres de la commission du commerce international du Parlement européen, lors d'un débat organisé le 13 juillet sur la politique commerciale de l'UE. Selon elle, les débats très animés qui ont émaillé les négociations en cours sur le Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (TTIP en anglais) « ont ravivé certaines inquiétudes concernant le commerce. Certains citoyens craignent que le commerce ne menace la santé des consommateurs, les services publics ou l'éducation tandis que d'autres estiment qu'il pourrait saper la législation européenne en place pour la défense des individus et de l'environnement. Ces inquiétudes sont accompagnées d'un sentiment selon lequel la prise de décision dans ce domaine est trop éloignée des citoyens ». Aujourd'hui, souligne-telle, « les consommateurs ne demandent pas que la baisse des prix, ils se préoccupent de la façon dont les produits sont fabriqués dans des conditions décentes, si les gens bénéficient d'un salaire décent, de savoir si les droits humains et sociaux et de l'environnement sont respectés. La politique commerciale de l'UE doit répondre à ces préoccupations. Et de nombreuses enquêtes montrent que de plus en plus de consommateurs sont prêts à payer plus, pour des produits issus du commerce équitable ».

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UNE COMMUNICATION OFFICIELLE EN OCTOBRE 2015

La commissaire suédoise a annoncé que la nouvelle stratégie commerciale de l'UE sera formulée dans une communication officielle qui sera publiée dans le courant du mois d'octobre prochain et sera conçue pour être applicable pour une période de cinq ans. Cette communication sera rédigée après consultation des États membres, des eurodéputés et d'autres parties prenantes du monde du commerce. Elle tiendra compte du « contexte économique actuel dans l'UE et dans le monde ». La nouvelle politique s'attachera davantage aux valeurs politiques qui sous-tendent la politique commerciale, comme les droits de l'homme, la protection de l'environnement et le droit du travail, précise-t-elle. Cecilia Malmström explique que « le commerce est de plus en plus lié à la politique extérieure et de plus en plus “géostratégique”. Cela se reflé-tera dans la stratégie, pas pour construire des blocs d'opposition, mais pour savoir comment s'unir contre certaines valeurs, construire des alliances. » La commissaire affirme que dans l'avenir, 90 % de la croissance mondiale vont se passer en dehors de l'Europe. « Nous avons besoin d'être connectés à cette croissance. Les accords commerciaux nous aideront à le faire. Pour donner un exemple, depuis que l'accord de libre-échange UE-Corée du Sud est entré en vigueur en 2011, nos exportations ont augmenté de 35 % ». Tout aussi importants sont ces milliers d'emplois qui dépendent aussi des importations : « L'ouverture de nos frontières et la mobilité croissante pour attirer les nouvelles idées, les compétences et l'innovation seront également des outils essentiels pour soutenir notre compétitivité européenne », affirme la commissaire.