« Faire de l'écologie une opportunité ». L'industrie du biocontrôle en est un exemple frappant. La croissance annuelle du secteur dépasse les 10%, rappelait IBMA (1) lors du Forum biocontrôle à Paris, le 22 avril. Encore fragile, le secteur demande un soutien efficace des pouvoirs publics pour se consolider.
ILY a des signes qui ne trompent pas. La croissance annuelle de l'industrie du biocontrôle est supérieure à 15%. « L'industrie du biocontrôle en France est en plein développement », a assuré Jean-Pierre Princen, président d'IBMA, lors du Forum biocontrôle à Paris, le 22 avril. Les producteurs de produits de biocontrôle détiennent 5% du marché de la protection des plantes en 2013, le reste étant aux mains des producteurs de phytosanitaires chimiques. L'objectif à l'horizon 2018 est d'atteindre 15% du marché. L'industrie du biocontrôle en France a réalisé un chiffre d'affaires de 110 millions d'euros en 2013. Le pays est une des têtes de file en Europe : les 28 Etats membres réunis ont dégagé un chiffre d'affaires de 550 millions d'euros en 2013. Alors que le tissu industriel français fait face à une crise sans précédent, Jean-Luc Princen assure que l'industrie du biocontrôle offre des opportunités : « Les sites de production constituent un tissu industriel dans les zones rurales », soutient-il. Ce sont plus de 70 PME et grands groupes qui couvrent l'ensemble du territoire. L'industrie française du biocontrôle représente 1 500 emplois directs et plus de 4 000 emplois indirects. « Cela paraît peu, mais le secteur est porteur. Et nous sommes présents sur de très nombreux territoires », ajoute Jean-Luc Princen.
Des opportunités…Fournisseur officiel de produits naturels pour la protection des plantes, l'industrie du biocontrôle est une alternative aux traitements chimiques. « Les produits du biocontrôle ne peuvent pas se substituer totalement aux traitements chimiques. Mais ils sont complémentaires des techniques conventionnelles et permettent de limiter l'usage des produits de l'agrochimie », précise Charles Vaury, secrétaire général d'IBMA France. Parfois même, ce sont les seuls traitements autorisés. « Une de nos souches de levure prévient deux des maladies du bois de vigne les plus répandues (2) », témoigne Jean-Luc Souche, directeur commercial d'Agrauxine, société de produits de bio-contrôle, qui vient d'obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette levure. Depuis 2001, aucun traitement – ni chimique, ni naturel – n'était homologué pour faire face à ces maladies du bois de vigne.
«L'ETAT soutient les acteurs professionnels dans le développement des solutions de biocontrôle », a insisté le député Germinal Peiro, rapporteur de la loi d'Avenir à l'Assemblée, en citant l'article 1 du texte examiné en première lecture au Parlement. « Il veille à ce que les processus d'évaluation et d'autorisation de mise sur le marché de ces produits soient accélérés », a-t-il ajouté. L'une des revendications d'IBMA France est ainsi satisfaite. Stéphane Le Foll l'a confirmé dans son discours : « Plus de rapidité sur les autorisations de mise sur le marché, on va regarder tout ça », a déclaré le ministre, venu clore le Forum. « C'est déjà dans (le projet de) loi. Dès la deuxième lecture, s'il faut, on renforcera : on fera en sorte que ça aille plus vite. » Après adoption du texte, les vendeurs des produits de biocontrôle n'auront plus besoin d'un agrément (toujours nécessaire pour les produits chimiques). IBMA France réclame davantage. Pour son secrétaire général Charles Vaury, il faut inciter à leur utilisation, avec par exemple une TVA réduite, et réserver un budget à la formation des agriculteurs et des prescripteurs. Sur ce point, Stéphane Le Foll craint que « dans le contexte (budgétaire tendu, ndlr), ce ne soit pas possible », rapporte l'AFP. Concernant la formation, il répond bien sûr, « il faut sensibiliser tout le monde », sans s'engager sur une enveloppe dédiée. L'important pour lui est aussi de « faire remonter » les expérimentations, qui font l'objet d'un appel à manifestation d'intérêt dans le domaine des grandes cultures, a rappelé le ministre devant les quelque 250 congressistes. « D'autres secteurs de production agricole » seront visés, a-t-il assuré.
Croissance et marché sont au rendez-vous : le tableau semble parfait, mais il ne l'est pas. « L'industrie du biocontrôle est encore fragile », tempère Jean-Luc Souche. Economiquement et en raison de leur taille. En effet, vingt start-up du biocontrôle voient le jour tous les ans. Et 46% des entreprises de biocontrôle ont un chiffre d'affaires inférieur à deux millions d'euros. « Elles sont encore petites, complète Jean-Pierre Princen, elles manquent de visibilité pour les années à venir ». « Un certain nombre d'entreprises de taille intermédiaire survivent sans le soutien des multinationales », assure Charles Vaury. Mais ces dernières multiplient leurs acquisitions. « Nous avons la technique de production, elles ont la force de frappe », assure-t-il en insistant : « Il n'y a pas d'opposition entre les industries du biocontrôle et les grands groupes agrochimiques (Bayer, Monsanto, BASF…) ».
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En février dernier, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, déclarait que « face aux géants de la chimie, il faut qu'on crée des géants du biocontrôle ». On est loin du compte : les rachats par les multinationales de l'agrochimie sont un « soulagement » pour certaines entreprises du biocontrôle. Il y a quelques semaines, le japonais Arysta achetait par exemple le français Goëmar. Un point de vue qui ne fait pas l'unanimité. Un expert du secteur ayant requis l'anonymat témoignait (3) : « On a vu Monsanto racheter des sociétés pour les couler ». Les soutiens publics semblent manquer. « Nous devons flécher des subventions sur les parcelles », prend pour exemple Charles Vaury se référant à la redistribution du fonds alimenté par la taxe sur l'achat des produits phytosanitaires chimiques. Chaque année, 100 millions d'euros sont ainsi collectés. 60 millions sont reversés aux Agences de l'Eau. 40 millions sont destinés à financer le plan Ecophyto. Et les industriels du biocontrôle voudraient en bénéficier.
(1) association des producteurs de produits de biocontrôle
(2) Le BDA (black dead arm) et l'Esca des maladies du bois de la vigne transmise par des champignons. 40% du vignoble français serait atteint.
(3) Voir AgraPresse n°3433