L'industrie européenne du vin apprécie moyennement le nouveau régime d'autorisation des plantations de vignes que vient de publier la Commission européenne. Le faible niveau d'accroissement des surfaces viticole proposé, ainsi que la possibilité pour les Etats membres d'appliquer des restrictions à l'expansion de ces surfaces, sont les principaux motifs de préoccupation de l'industrie.
Pas franchement satisfaite, l'industrie européenne du vin, des règles d'application régissant le nouveau régime d'autorisation de plantation de vignes dans l'Union qui autorise une expansion modérée de la surface viticole de l'UE. Les nouvelles règles en matière de plantation de vignes, publiées par la Commission européenne le 9 avril 2015, sont censées donner au secteur viticole de l'UE une plus grande marge de manœuvre pour répondre à la croissance de la demande mondiale de produits vitivinicoles. S'il se félicite de la mise en place d'un régime de plantations qui ouvre la possibilité d'avoir des plantations nouvelles, le Comité européen des entreprises de vin (CEEV) (1) estime que le faible niveau octroyé (1 %) additionné d'applications très restrictives dans les Etats Membres ne permettra pas de compenser l'érosion continue du vignoble européen. Sollicité par Agra Alimentation, Sylvain Naulin, le porte-parole du CEEV, nous affirme tranquillement qu'avec les nouvelles règles d'autorisation de plantation de vignes « il n'y aura pas vraiment d'expansion du vignoble européen et que l'UE rate là une occasion d'avoir une vision ambitieuse pour la filière vitivinicole européenne ».
Une affirmation qui contredit les assurances du commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, pour qui le nouveau régime offre, au contraire, « de la souplesse au secteur vitivinicole européen, pour lui permettre d'accroître graduellement la production en réponse à la progression de la demande mondiale ». Une récente étude externe, commanditée par la Commission européenne, a conclu qu'en dépit de la croissance des exportations de l'UE vers les pays tiers (en volume et en valeur) depuis 2008 et de la nette amélioration de la balance commerciale, l'UE continue de perdre des parts sur les marchés mondiaux. En outre, la consommation totale devrait progresser à l'échelle mondiale jusqu'en 2025, tout en continuant globalement à s'effriter dans l'Union européenne. L'étude conclut que la tendance du marché mondial montre que le secteur vitivinicole de l'UE est appelé à devenir de plus en plus tributaire des exportations. Pour Sylvain Naulin, « la perte de parts de marché des vins européens n'est pas une fatalité et une meilleure adaptation des vins aux différents marchés est indispensable pour être compétitif sur tous les segments de marché avec des entreprises d'une taille suffisante ». Selon lui, la facilitation de l'accès aux différents marchés est également indispensable « et il est important que l'UE puisse conclure d'ambitieux accords commerciaux avec des pays tiers ».
COMPENSER LA BAISSE INQUIÉTANTE DE LA CONSOMMATION INTERNE
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Comment explique-t-on au niveau de l'industrie du vin que la consommation mondiale de vin devrait augmente à l'échelle mondiale jusqu'en 2025 et que dans le même temps elle continuerait à se réduire dans l'Union européenne ? Pour Sylvain Naulin, la consommation de vin dans l'UE était historiquement le fait des principaux pays producteurs, comme la France, l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne. « Dans ces pays, la consommation régulière de vin est en diminution constante et est partiellement compensée par l'augmentation dans les pays nouvellement consommateurs comme la Chine et l'Inde où le développement économique et les modes de vie de plus en plus urbanisés entraîneront à moyen terme une augmentation plus soutenue de la consommation globale ». Quant à savoir ce que l'industrie du vin attend de la part des Etats membres qui, désormais, seront responsables de la gestion au niveau national du nouveau système d'autorisation de plantation, le porte-voix des entreprises vitivinicoles européennes explique que « si les EM abordent ces nouvelles règles d'autorisation de plantation de vignes avec une approche restrictive et s'ils limitent les possibilités de développement du vignoble, l'occasion de restaurer la compétitivité de la filière européenne ne sera pas au rendez-vous ». A ses yeux, « une restriction de l'accès aux plantations contribuera à accentuer les pertes de parts de marché des vins européens et ne permettra pas à la filière européenne d'être en mesure de répondre à la croissance de la consommation mondiale. Et ce sont finalement nos concurrents du Nouveau Monde qui en profiteront ».
(1) Le CEEV représente les intérêts de l'industrie du vin et du commerce en vins de l'UE et regroupe quelque 7 000 entreprises vitivinicoles, lesquelles assurent près de 90 % des exportations de vin de l'UE pour une valeur de plus de 8 milliards d'euros par an.
Les règles régissant un nouveau système d'autorisation de plantation de vignes publiées par la Commission européenne le 9 avril 2015 prévoient une expansion annuelle modérée de 1 % par an des surfaces viticoles de l'UE. Ces règles, rappelons-le, ont été approuvées à l'unanimité à la fois par les États membres et par le Parlement européen. Le nouveau régime s'appliquera à partir du 1er janvier 2016 et se substituera au régime transitoire des droits de plantation. Ces règles d'application confirment les modalités selon lesquelles les États membres doivent gérer (au niveau national) le système des autorisations de plantation gratuites et non cessibles. Ces règles établissent en outre les mécanismes de sauvegarde applicables aux nouvelles plantations: pour chaque État membre, autorisation d'accroître la surface viticole limitée à 1 % par an, assortie de la possibilité pour l'État membre d'appliquer, lorsque cela se justifie, des restrictions à l'expansion des surfaces au niveau national ou régional ou encore dans des régions bénéficiant ou non d'une indication géographique protégée (IGP). Les nouvelles règles précisent également les conditions de la transition du système actuel vers le nouveau régime, ainsi que les modalités de conversion en autorisations des droits de plantation en cours de validité. Les droits disponibles dans la réserve qui n'auront pas été octroyés aux producteurs avant la fin de 2015 perdront toute validité au terme de cette échéance.