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Volaille L’industrie française de la volaille doit retrouver de l’ambition

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Par delà les éléments très spécifiques au dossier Doux, la crise que traverse le numéro deux de la volaille en France est révélateur des insuffisances et faiblesses de toute une filière mais également de son pôle industriel qui après avoir été un des fleurons de cette industrie en Europe et dans le monde, n’a pas su s’affirmer sur les marchés étrangers et reste replié sur son pré carré qui est loin de lui garantir une rentabilité suffisante. Sur un marché, où les grands groupes internationaux sont de plus en plus puissants, les industriels français doivent être mieux armés pour résister à cet impérialisme, et montrer qu’ils ont l’intention de redevenir des compétiteurs devant être pris au sérieux.

Au premier trimestre 2012, la production nationale de volailles de chair toutes espèces confondues atteint plus de 452 milliers de tonnes, en légère hausse de 0,5 % par rapport au premier trimestre 2011, selon les derniers chiffres du service statistique du ministère de l’Agriculture. La tendance étale de 2011, largement imputable à la hausse des coûts de l’aliment, semble donc se prolonger. La consommation est tout aussi peu dynamique. Sur les trois premiers mois de l’année, la consommation de viande des trois principales espèces de volailles augmenterait de 2,4 % pour les poulets, 1,7 % pour les dindes et 1,4 % pour les canards. Plus inquiétant, les importations de viandes et préparations de volaille sont en augmentation de près de 3 % par rapport à la même période en 2011. Dans le même temps, les exportations reculent légèrement (1 % environ), toujours selon le ministère. La progression des achats français de poulet provient totalement de l’Union européenne, les expéditions allemandes et hollandaises augmentant respectivement de 33 % et 11 %. Ces chiffres montrent combien il est difficile de faire des prévisions à long terme pour cette industrie. Alors qu’on aurait pu s’attendre, dans un contexte économique difficile, à voir les consommateurs se tourner vers les viandes les moins chères, il n’en n’a rien été. En outre, ce sont les concurrents étrangers qui semblent en avoir le plus profité, car offrant des produits plus standard. Ces chiffres montrent également à l’envi que le marché français est, certes une base intéressante de par ses volumes, car il est le second d’Europe derrière l’Allemagne, mais qu’il n’est en rien protégé des ambitions de nos voisins. Cette tendance semble devoir se confirmer sur l’ensemble de l’année.

Une présence internationale insuffisante

La logique d’action des opérateurs français semble se concentrer sur le marché national. La plupart des opérateurs voient dans les marchés européen, asiatique, africain comme des créneaux secondaires. Les trois leaders du marché ne font pas exception. Doux est sans aucun doute, le seul dont le positionnement sur le grand export (hors marché intérieur, européen et brésilien) est réel, notamment vers les pays du Moyen Orient ce qui lui permet de bénéficier pleinement des restitutions de l’Union européenne, dont il lui est tant fait grief, tout comme de son implantation au Brésil. Le leader LDC, réalise seulement 14 % de son chiffre d’affaires (de 2,55 milliards, tous produits confondus) à l’international, via ses filiales en Espagne et Pologne, mais seulement 8 % à l’export pur. Duc ne réalise pas plus de 6 % à l’export sur ses ventes de 1,86 milliard d’euros, ce qui, dans un communiqué du 8 juin ne l’empêche pas de se dire « en mesure dorénavant de se positionner durablement comme challenger des grands groupes ».

Un monde de géants

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Le groupe bourguignon va trouver devant lui à qui parler. Les grands groupes internationaux sont effectivement des géants. L’une de leurs premières forces réside souvent dans le fait qu’ils ne sont pas présents uniquement dans la volaille mais dans un, voire deux autres secteurs de la viande, comme le bœuf ou le porc. Dans le classement des grands groupes du secteur, les deux premiers européens, par le chiffre d’affaires, Danish Crown et Vion et arrivent en 5e et 7e position, Doux n’arrivant qu’en 12e position (si l’on inclut Frangosul), derrière Bigard, 11e, mais devant LDC, 13e et loin devant Duc. Les quatre premiers mondiaux comptent trois opérateurs opérant dans tous les secteurs de la viande, les Brésiliens JBS (numéro 1) et Brasil Foods (numéro 4) ainsi que l’Américain Tyson Foods (numéro 2). Ces « pure players » dont les chiffres d’affaires sont de 31,3 et 28,4 milliards de dollars pour les deux leaders et de 12,9 milliards pour le numéro 4, bénéficient de cette diversification des activités qui leur permet d’échapper aux à coup cycliques que peut connaître une de leurs productions à un moment donné ou à des restrictions aux importations imposées par certains pays pour protéger leur propre production. Leur diversification géographique est également un atout pour se prémunir face à des fermetures de frontières décidées pour raisons sanitaires. Autant d’atouts que n’ont pas les industriels français.

Des raisons d’espérer

Faisant le catalogue des divers handicaps qui pénalisent la filière avicole française et ses industriels (tout comme la filière porc), FranceAgriMer, dans une étude de juillet 2011, mais toujours d’actualité, évoquait un manque de compétitivité qui était la résultante de cette addition de handicaps : coût de la main d’œuvre, saturation et vétusté des outils, absence de R&D, législation tatillonne, trop grande spécialisation des productions, sous-valorisation des co-produits, taxes élevées, cahier des charges imposées par la grande distribution. L’étude n’en concluait pas moins que si « la France n’effraie plus personne et que les opérateurs européens ne pensent pas que les entreprises françaises puissent y jouer un rôle majeur », la filière française disposait d’assez d’aouts pour y faire face. « La situation est grave, mais pas désespérée mais nécessite la définition d’un projet, d’une politique nationale ».