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Questions à Gilles Charpentier, p.-d.g. de Meralliance « L’industrie française souffre du manque d’Europe »

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Le patron de Meralliance se déclare pour la TVA sociale. Pour Gilles Charpentier, le grand problème auquel son entreprise doit faire face est celui de la concurrence sur les charges de main-d’œuvre. « Il faut transférer une partie de cette charge sur l’ensemble de la production commercialisée en Europe, dit-il. Le principal est l’absence d’Europe. » Il a été président de la Fédération des entrepreneurs et entreprises de France (FEEF) de mars 2010 à mars 2012.

Agra Alimentation – Le groupe Meralliance a acquis il y a trois mois le producteur écossais de saumon ESCo. Est-ce à dire que votre développement passe par la sécurisation des ressources ?
Ce n’est pas l’objet principal de cette acquisition. Celle-ci a pour but premier d’étendre notre portefeuille de clients. Meralliance produit du poisson fumé frais à marques de distributeurs (MDD). En saurisserie, les détaillants britanniques, comme les français, veulent de la qualité supérieure en flux tendus. Pour pénétrer au Royaume-Uni, il nous fallait donc une implantation locale. ESCo, qui travaille quasi-exclusivement pour Asda ou Wal-Mart, est une porte d’entrée. Le rachat nous permet aussi de diversifier nos métiers car ESCo exploite une activité d’éviscération au service des éleveurs, qui renforce notre savoir-faire amont. Second objectif, élargir nos gammes. La production d’Esco est constituée aux deux-tiers de saumon frais en portions, activité que nous avons déjà déclinée sur notre site polonais pour des raisons logistiques. Nous allons par ailleurs créer une force de vente européenne qui sera chargée de vendre l’ensemble de nos gammes – fumé premier prix, fumé de qualité, frais en portion – dans les différents pays.

Quels sont vos autres leviers de développement ?
Nous testons des techniques d’élevage à la fois plus respectueuses de l’environnement et qui permettent de produire une offre de meilleure qualité. Nous consommons 1,2 kilo de nourritures animales pour un kilo de saumon élevé. On peut ramener ce ratio à 1 kilo en optant pour un élevage en bassins à terre. Ce qui aura pour effet de bonifier notre bilan énergétique, d’éviter de polluer le milieu marin, et d’améliorer le bien-être animal, donc la qualité du poisson transformé.

Comment vous adaptez-vous à la stagnation des MDD dans la consommation ?
Dans le saumon, les MDD ont conservé une part de marché très élevée (66%). Nous avons travaillé avec les enseignes pour maintenir le différentiel prix entre les MDD et les marques de fabricants. Le consommateur s’y retrouve car la distribution continue néanmoins de jouer la qualité.

Quels sont les freins à votre développement ?
Le principal est l’absence d’Europe. Un salarié est payé 5 € de l’heure dans notre usine polonaise, 10 € en Ecosse et 21 € en Bretagne. Les investissements peuvent être subventionnés à 60 % en Pologne, pour combler son retard économique, à 40 % en Ecosse car c’est une région périphérique, alors qu’en Cornouaille, les aides sont réservées au tourisme ! En tant qu’actionnaire, cela ne me pose pas de problème d’investir en Pologne mais en tant que citoyen, je trouve cette situation anormale. La concurrence européenne doit être harmonisée. Malheureusement, aucun homme politique ne revendique la création d’une Europe économique et industrielle.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Qu’ils allègent les prélèvements sur la production ! L’an dernier, 46 % de notre résultat est parti en impôts et taxes, sans compter les charges sociales… Il faut transférer une partie de cette charge sur l’ensemble de la production commercialisée en Europe. Je suis pour la TVA sociale.

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