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L'industrie laitière demande une prise de conscience des distributeurs

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Industriels privés et coopératives du secteur laitier ont critiqué la guerre des prix que se livre la grande distribution, qui nuit aux transformateurs comme aux éleveurs.

L'industrie laitière demande une « prise de conscience » de la grande distribution afin qu'elle cesse sa guerre des prix qui nuit à l'ensemble de la filière. « J'appelle la grande distribution à prendre position », a lancé Olivier Picot, président de la Fédération nationale des industries laitières (Fnil) mercredi 19 février, lors d'une conférence de presse à Paris. Selon lui, les transformateurs sont pris dans un étau entre la hausse du prix du lait et la guerre des prix que se livre les distributeurs. « Ce n'est pas à la portée du secteur de financer la hausse du prix du lait », a prévenu Olivier Picot.

Le même jour, Dominique Chargé, qui préside la fédération des coopératives laitières (FNCL), a estimé que les distributeurs n'étaient pas des acteurs responsables. Il a déclaré son « ras-le-bol » face à des grandes surfaces qui ne veulent pas admettre la moindre hausse des prix du lait. « Les producteurs sont spoliés d'une hausse à laquelle ils ont droit » estime Dominique Chargé. Ceux qui prétendent défendre le pouvoir d'achat des consommateurs ne cessent en fait de détruire des emplois, a t-il regretté à l'occasion d'une présentation de diagnostics des filières agroalimentaires par le ministre Stéphane Le Foll.

Appel à la mobilisation des producteurs

Olivier Picot se félicite que les choses « commencent à bouger », citant le P.D-G de Système U, Serge Papin, qui a récemment dénoncé le « manque de responsabilité » de son secteur. « Il faut que le reste de la grande distribution en prenne conscience », exhorte-t-il. Selon lui, certains partagent ce constat mais pas publiquement, car « ils ne peuvent pas dire qu'ils sont plus chers que les autres ».

Pourtant, « la distribution est la seule à pouvoir prendre des mesures », pense-t-il, car l'État entretient cette guerre des prix, qui a été « organisée par la loi de modernisation économique » et « entérinée » par la loi consommation adoptée la semaine dernière.

Il appelle les producteurs « à prendre la parole », sous-entendant qu'ils peuvent utiliser leurs méthodes de pressions habituelles contre la grande distribution. En clair, si les distributeurs n'augmentent pas leurs tarifs, les industriels n'auront pas les moyens d'augmenter le prix du lait payé aux producteurs.

A l'adresse des éleveurs, Olivier Picot a affirmé qu'« il n'y a pas de différence entre le prix du lait français et allemand. En France, il monte plus lentement et descend moins vite. Mais le prix n'est pas une inconnu, il est inscrit dans les contrats, qui sont respectés ».

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Augmenter les prix à la consommation ?

Franck Riboud, P-D.G de Danone, a regretté qu'il y ait « une guerre des prix terribles » entre les enseignes de la grande distribution, lors d'une conférence de presse consacrée aux résultats annuels de Danone, jeudi 20 février 2014. Il est « évident qu'il faut transférer vers les consommateurs » la hausse du prix des matières premières, a t-il expliqué : « On ne peut pas demander de payer les matières premières plus chères si on ne peux pas augmenter les prix au consommateur ».

En 2013, le prix du lait a augmenté de 9 % tandis que dans les rayons, le prix moyen des produits laitiers a baissé de près de 1 %, selon la FNIL. Les cours du lait flambent en raison de la hausse continue de la demande mondiale et notamment chinoise en produits laitiers. Les éleveurs se plaignent quant à eux de vendre leur lait à un prix nettement inférieur au marché mondial et demandent aux industriels de réévaluer leurs prix d'achat.

Lait : l'Apli demande aux industriels une grève des approvisionnements

L'association des producteurs de lait indépendant (Apli) demande aux industriels de ne plus livrer les grandes surfaces tant qu'elles n'accepteront pas de payer le prix du lait à sa juste valeur.

Lors des négociations en cours sur le prix des produits laitiers pour 2014, les industriels accusent les distributeurs de ne pas accepter de hausses de prix en rapport avec les cours mondiaux et la demande. « Si la véritable raison de cette situation vient du fait que certains distributeurs ne veulent pas appliquer les hausses nécessaires », l'Apli invite les industriels, privés et coopératives, « à engager une grève collégiale des approvisionnements ». Ceux qui ne participeraient pas à ce mouvement avoueraient « leurs ententes secrètes pour prospérer sur le dos des éleveurs, privilégiant les volumes au détriment de la rentabilité », prévient l'Apli.

André Lefranc, président de l'Apli, parle d' « ententes illicites » et « d'arrangements illégaux sur le dos des producteurs qui constituent une véritable déclaration de guerre ».