La dernière session de négociation entre l’UE et le Royaume-Uni sur leur future relation – qui s’est une nouvelle fois achevée sans aucun résultat concret – met dans l’embarras l’industrie et le commerce agroalimentaires de l’UE. Ceux-ci s’inquiètent du risque croissant qu’aucun accord ne soit conclu avant la fin de la période de transition actuelle, le 31 décembre 2020.
La guerre d’usure va-t-elle reprendre entre Londres et Bruxelles ? À l’issue de quatre jours de négociation par visioconférence (2-5 juin), l’UE et le Royaume-Uni semblent en effet exactement au même point qu’avant la pandémie du Covid-19. Et c’est un négociateur européen, Michel Barnier, quelque peu dépité, qui a encore répété une phrase déjà entendue : « Il n’y a eu quasiment aucun progrès" : sur les conditions de concurrence commerciales équitable, sur le mode d’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques ou encore sur la gouvernance générale de la future relation, tout semble opposer les deux partenaires. Le négociateur européen a également rappelé la nécessité de respecter la déclaration politique, négociée et acceptée par le Premier ministre britannique et ses équipes de négociation. Celle-ci reste pour l’UE, a-t-il dit, « la seule référence valable et le seul précédent pertinent ». Pour Michel Barnier, « il s’agit ni plus ni moins que de traduire juridiquement la déclaration politique ». Il a dit attendre de la réunion de haut niveau prévue autour du 19 juin à Bruxelles (Boris Johnson fera le point sur ces négociations avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ndlr) qu’elle donne une impulsion politique « pour confirmer les engagements politiques qui ont été pris par Boris Johnson et les 27 ». Le négociateur européen a également rappelé que pour qu’un texte soit ratifié avant la fin de la période de transition (31 décembre 2020), il faudrait un accord juridique complet d’ici le 31 octobre. Pour cela, il a annoncé que de nouvelles sessions de négociations seraient programmées et commenceraient probablement dès la fin du mois de juin « si le Premier ministre britannique accepte de poursuivre les discussions au-delà de la date butoir du 30 juin 2020 ». En effet, cette quatrième et dernière session planifiée de négociation était particulièrement symbolique dans la mesure où c’est en juin que les deux parties doivent décider si elles se donnent plus de temps pour conclure, en allongeant la période actuelle de transition.
Mise en garde de l’industrie alimentaire
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À la veille de la conclusion du quatrième cycle de négociations sur les futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni, l’industrie alimentaire (FoodDrinkEurope) et le commerce agroalimentaire de l’UE (Celcaa) (1) ont exprimé leurs préoccupations quant à l’absence de progrès au cours de ces négociations et au risque croissant qu’aucun accord ne soit conclu avant la fin de la période de transition actuelle, le 31 décembre 2020. Rappelant que le commerce agroalimentaire de l’UE avec le Royaume-Uni s’est élevé à 58 milliards d’euros en 2019, les deux lobbys considèrent que « l’échec de la conclusion d’un accord de libre-échange à tarif et à quota zéro aurait de graves conséquences pour le secteur agroalimentaire, tant dans l’UE qu’au Royaume-Uni ». Ils soulignent que l’introduction de droits de douane, combinée à la possibilité de divergences réglementaires, « perturberait gravement les chaînes d’approvisionnement intégrées européennes et britanniques ». L’industrie et le commerce agroalimentaires de l’UE se disent particulièrement préoccupés par le peu de temps disponible pour conclure et ratifier un accord commercial. Ils déplorent le fait que le gouvernement britannique soit actuellement opposé à toute prolongation de la période de transition post-Brexit au-delà de 2020. Ils affirment que la période de transition devrait être suffisamment longue pour permettre aux entreprises de planifier et de se préparer à tout accord de libre-échange, et, surtout pour éviter de faire face à l’avenir à une situation très compliquée. Les deux organisations demandent au Royaume-Uni et à l’UE d’envisager des dispositions alternatives et temporaires qui pourraient être mises en œuvre dès le début de 2021 s’il s’avérait impossible de conclure un accord de libre-échange cette année. À leurs yeux, de tels arrangements temporaires seraient en mesure « de préserver le libre-échange en matière de tarifs et de quotas, permettraient de donner plus de temps aux négociateurs tout en minimisant les perturbations pour les opérateurs qui font déjà face aux impacts importants du Covid-19 ». La combinaison de l’absence d’accord et de la non-prolongation des dispositions transitoires aurait, selon les deux lobbys, « des conséquences négatives importantes pour le secteur agroalimentaire de l’UE », lesquelles pourraient se traduire par une diminution importante des volumes d’exportation de l’UE vers le Royaume-Uni, une chute importante des recettes et des pertes d’emplois consécutives. L’impact sur les PME, les agriculteurs et les coopératives agricoles serait particulièrement préjudiciable. En vue de la rencontre au sommet prévue autour du 19 juin à Bruxelles, les deux organisations espèrent que leurs préoccupations seront prises en compte et que le processus de négociation avancera de manière plus rapide et plus constructive.
(1) Le Copa-Cogeca (syndicat agricole et coopératives agricoles de l’UE) se sont également associés à cette prise de position commune.